‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 119 sur 125 · MARAT ET DUMOURIEZ · texte numérisé non relu

MARAT ET DUMOURIEZ

À Paris, les Jacobins et les Girondins, animés des mêmes scntimens de patriotisme et de nationalité , se réunirent pour applaudir le général qui faisait triompher la ré* publique. Marat seul jeta des paroles de doute sur la victoire. Il soutenait, non sans apparence de raison, que le succès n'était pas décisif, que les Autrichiens se retiraient tranquillement sans avoir perdu ni artillerie ni bagages, que leur revers était une retraite et non une défaite. Selon le fougueux dénonciateur , Dumouriez avait fait pour le duc Albert comme pour le duc de Brunswick qu'il avait ramené le chapeau à la main jusqu'aux frontières. Puis , le journaliste gourmandait le peuple français , et lui reprochait la facilité avec laquelle il se laissait emporter par un premier succès. « Pour moi, ajoutait-il, je me défie et j'accuse toujours , et quant aux inconvéniens de cette disposition, ils sont incomparablement moindres que ceux de la disposition contraire , car jamais ils ne compromettront le salut public. Sans doute ils peuvent m'cxposer à me méprendre sur le compte de quelques individus; mais, vu la corruption du siècle, et la multitude d'ennemis par éducation , par principe et par intérêt, de toute liberté , il y a mille à parier contre un que je ne prendrai pas le change , en les considérant d'emblée comme des intrigans et des fripons publics tout prêts à machiner. Je suis donc mille fois moins exposé à être trompé sur le compte des fonctionnaires publics , et, tandis que la funeste confiance que Ton a en eux les met à même de tramer contre la patrie avec autant d'audace que de sécurité, la défiance éternelle dont le public les environnerait d'après mes principes ne leur permettrait pas de faire un pas sans être démasqués et punis.

il aurait adressé justement les plus graves reproches au général qui aurait pu battre les ennemis sans prodiguer avec tant d'imprudence et de dangers la vie des premiers défen-

scurs de la liberté. Il faut pourtant avouer que Dumouriez avait bien connu le génie des Français en donnant à leur audace la matière d'an exploit pareil à celui de l'enlèvement des redoutes autrichiennes, abordées en face et sous une pluie de feu : avec les Français, demandez des prodiges, et ils en feront ; pour eux rien d'impossible quand on sait échauffer leur imagination ; alors le péril ne leur parait jamais aussi grand qu'ils lavaient cru , et les obstacles diminuent à leur» yeux à cause de la facilité avec laquelle ils s'élèvent an~dessu* d'eux-mQmespour les surmonter.

Intapable de la bonne fol qui aurait aypué et consenti à présenter cette justification de la témérité de Dumouriez, l'ami du peuple pressentait, par un instinct de la haine, qu'ob'dvait commis une gtande faute, mais quoi qu'il eût dit alors» sa voix solitaire, méconnue , méprisée même , n'aurait pu parvenir à arrêter l'élan et repthousiasroe d'une nation reconnaissante, chez laquelle la vertu guerrière jouit delà plus haute estime. La Convention nationale partageait à cet égard les sentimens du peuple français : le jeune et courageux Baptiste Renard , admis par elle apx honneurs de la séance, reçut une couronne civique en même temps que l'épauleUe d'officier. Cette première récompense , solennellement accordée à un plébéien delà dernière condition, puisqu'il était au seryiçe d'un autre hqmme , disait aux masses que désormais les grades se conquéraient sur le champ de bataille, et que la carrière des honneurs comme celle de la gloire étaii oufertei tous les hommes, de coeur, <f*el$ que fos£eût 1 éclat pu 1 obscurité de leur naissance. Les éloges décernés par Up représentant d$ peuple retentissaient dans les villes et da*s les cafnpagRes, daps les sociétés populaires , dans nos camps , enflammaient lardear des soldats et des citoyens qui attelaient le moment de voler aux frontières. A cette époque on «aurait pas. trouvé un Français qui eut refusé de donner son sang wr le seul espoir que ces mots y « un tel ^ : We«.mërité de

Page 1