‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 13 sur 125 · CAUSES DE NOS DÉFAITES · texte numérisé non relu

CAUSES DE NOS DÉFAITES

nistres. De leur côté , les Feuillans et les Jacobins se renvoyaient tour à tour la responsabilité des cruels évcnemens qui ravivaient les espérances royalistes. Personne pourtant n'était coupable. Les ministres, malgré les reproches qu'on leur adressait avec violence, n'avaient point manqué à leurs devoirs; les généraux avaient rempli les leurs. Mais la pénurie du trésor, la difficulté d'assurer les divers services , firent éprouver des besoins aux troupes dans les marches. D'un autre côté, les soldats étaient remplis de soupçons et d'alarmes, comme le peuple luimême ; ils n'avaient point dans leurs chefs cette confiance nécessaire au succès des opérations militaires : on trouvait dans les corps, outre les séditieux par occasion et par entraînement, des caractères brouillons, et enfin de ce& mauvaises têtes qui prennent feu , et suffisent pour incendier tout un régiment. À des troupes dans de telles dispositions, il fallait, pour se mettre en train de la victoire, des épreuves, des périls, des revers même qui leur fissent sentir la nécessité de la discipline ; il leur fallait ou des généraux entourés d'une grande renommée , ou des chefs qui eussent grandi tout à coup sur le champ de bataille , en présence du soldat; les maréchaux Luckner et Rochambeau n'avaient point le premier de ces avantages; le second manquait à Lafayette. D'ailleurs ces trois commandans , divisés d'opinions, obligés d'obéir à des plans qui arrivaient tout tracés de Paris, se trouvaient enchaînés dans des liens trop étroits dont les circonstances ne permettaient pas de s'affranchir. Enfin l'expérience a démontré qu'il ne fallait qu'un général sur cette frontière , et qu'une seule volonté pour imprimer le mouvement à de grandes opérations.

Les émigrés se réjouirent de cet échec , et ebansonnerent la lâcheté plébéienne. La noblesse , restée en France , applaudissait tout bas à ces insultes -, elle secondait, par ses intelligences, les efforts des étrangers ; mais, retenue

parla crainte des émeutes populaires, elle réprimait soigneusement toute démonstration indiscrète. En ce moment on s'occupait^ dans l'ombre , à composer la garde constitutionnelle du roi; où, au mépris des dispositions précises de la loi (i) , on faisait entrer tous les coupejarrets et tous les chevaliers d'industrie de Paris ! Celte garde , ainsi composée , ne tarda point a se signaler par le plus mauvais esprit. En effet, les officiers de ce corps poussèrent l'audace et le délire jusqu'à insulter la garde nationale, et même à se déclarer ouvertement les ennemis de la constitution. Aux yeux de ces suppôts de l'ancienne aristocratie 9 de ces satellites du pouvoir absolu , lesFeuillans eux-mêmes étaient des révolutionnaires qu'on ne jpouvait fréquenter.

Les Jacobins, qui, cqrmne toutes les assemblées populaires, manquaient de patience, ne tardèrent point à accuser ces imprudens amis de la royauté , et ne cessèrent de poursuivre la garde royale ; mais Louis la défendait toujours, et quand Dumouriez lui faisait part des craintes des patriotes , il se contentait de répondre au ministre : « Ah! pardi, s'ils soupçonnent le duc de brissac d'être un chef de conjuration, ils ont grand tort!... »

Ce n'est point par de semblables paroles que l'on dissuade un peuple si souvent trompé , on ne fait au contraire que l'irriter -, Louis, mieux inspiré, se serait hâté d'arrêter le mal dans sa source ; puisqu'il trouvait en lui la force de s'opposer par le veto à la volonté nationale , il devait, au moins , avoir le courage de réprimer les excès déplorables de quelques étourdis de sa maison qui ne Élisaient que le compromettre et lui aliéner des cœurs ,

(i) Titre III , chap. II , art. 12. « Le roi ne pourra choisir les hommes de sa garde qne parmi ceux qui sont en activité de service dans les troupes de ligne ou parmi les citoyens qui ont fait , depuis un an , le service des gardes nationales, pourvu qu'ils soient résidens dans le» royaume et qu'ils aient prêté le serinent civique. »

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dans un moment où les dissensions entre lui et le peuple pouvaient devenir si funestes à la couronne.

La guerre était commencée, il fallait pourvoir aux dépenses qu'elle nécessitait ; (assemblée rendit un décret portant eréation de trois cents millions d'assignats , création qui élevait la somme totale de cette monnaie fictive à dixneuf cents millions. Ainsi le terme de douze cents millions prescrit par la constituante à l'émission des assignats était dépassé , et les prévisions de Talleyrand se réalisaient. Mais on n avait point d'autres ressources , il fallait bien user de celle-ci. D'ailleurs, avant de périr, elle rendra d'immenses services. Les assignats vaincront l'Europe , sauveront la France , et serviront à fonder la liberté : on peut acheter de tels bienfaits même par de très grands sacrifices.

Dans la crise où nous nous trouvions , la confiance était un des plus grands besoins de l'époque , soit pour soutenir le crédit public et avec lui la valeur des assignats , soit pour favoriser le développement de nos forces , et accroître la puissance du gouvernement chargé de les diriger ; mais tout tendait au contraire à répandre le découragement dans la nation et le trouble dans nos camps. Royou, Ton des zoïles de Voltaire, auteur de lAmi du roi , le plus audacieux et le plus cynique calomniateur de la révolution et de ses chefs, disait ouvertement que le dernier jour de la révolte avait paru , que l'heure du réveil était sonnée pour les royalistes, auxquels il donnait ainsi l'avantgoût d'une Saint-Barthélémy des patriotes. D'une autre part,Marat, rédacteur de t Ami du peuple, Marat, qui n'était encore que le plus terrible des proscripteurs en paroles , dénonçait avec une espèce de fureur l'Assemblée législative à la France entière , et allait jusqu'à dire que, puisque nos généraux , bas valets de la cour, livraient les frontières aux ennemis , notre armée n'avait rien de mieux à faire , pour commencer , que de massacrer ses

chefs. Certes, les deux écrivains étaient bien coupable?, et Ton ne doit pas s'étonner de voir l'Assemblée législative, moins indulgente que l 1 Assemblée constituante, et placée d'ailleurs dans des circonstances bien plus orageuses, lancer un double décret d'accusation contre les deux journalistes. H est curieux d'observer comment les écrivains périodiques, entre autres l'auteur des Révolutions de Paris, en soutenant les vrais principes sur la liberté de la presse , ne craignaient pas d'excuser Marat et d'innocenter ses violentes provocations. Au reste, même au milieu des plus étranges apologies , ils disaient vrai sous un certain rapport. Et quelque influence que des craintes exaltées , les unes toutes personnelles , le» autres inspirées par une véritable sollicitude pour la chose publique, pussent attribuer à la licence des écrits, d autres causes, plus graves et plus réelles, entretenaient 1 effervescence générale. Sur le Rhin , les armées de l'Europe nous menaçaient, et la guerre avait été inaugurée par une défaite qui passait aux yeux de tous pour une trahison; à l'intérieur une aristocratie dévouée à l'étranger, puissante encore dans quelques provinces de l'ouest et du midi, prête à réagir contre la révolution : des prêtres dissidens et rebelles qui préparaient la guerre civile. De tous nos ennemis du dedans, les prêtres passaient avec raison pour les plus dangereux. Cette conviction générale amena des mesures sévères. Le 24 mai , François de Neufchàteau , homme attaché aux principes de la révolution , mais modéré par caractère , fit néanmoins , au nom du comité des douze , un rapport dans lequel il proposait un décret des plus rigoureux contre les prêtres non assermentés. La discussion s'ouvrit, plusieurs projets se succédèrent à la place de celui du comité , qui parut insuffisant. Guadet ayant demandé la déportation pour les prêtres réfractaircs , son avis, encore plus vivement appuyé que combattu, réunit les suffrages. Le .87 mai.

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