DÉCRET DE DÉPORTATION CONTRE LES PRÊTRES
rassemblée rendit un décret de colère qui autorisait les autorités locales à déporter dans vingt-quatre heures, hors des limites du district, dans trois jours hors du département, et dans un mois hors du royaume, les membres de l'ancien clergé qui ne s'étaient pas conformés à la loi sur sa constitution civile.
Ce décret était d'un effrayant arbitraire ; il blessait le principe de la liberté de conscience, il violait la charte et la déclaration des droits*, mais nous étions déjà sortis du régime constitutionnel pour entrer dans le gouvernement révolutionnaire, et dans les résolutions que l'esprit de parti et la nécessité suggérèrent à un peuple assiégé de tous côtés , voilà sous quel point de vue il faut considérer désormais les lois de l'assemblée qui va être entraînée à s'emparer de tout le pouvoir exécutif, et à prendre toutes les mesures propres à désarmer un ennemi.
La garde royale, qui aurait dû être d'une rare circonspection et fuir tous les moyens d'éveiller contre elle des soupçons qui ne pouvaient que retomber sur le roi, foulait aux pieds tous les conseils de la prudence , et semblait prendre à tâche d'exciter la méfiance des citoyens. Cette méfiance, après avoir éclaté aux Jacobins, aux Gordeliers, dans toutes les sections de Paris, s'empara de l'Assemblée nationale, irritée encore par d'autres causes. Douze Suisses eurent l'audace d'arborer la cocarde blanche à Neuilly -, des révélations avaient appris aux députés . que des dépôts considérables de papier venaient d'être brûlés à Sèvres, et l'opinion publique n'avait pu manquer défaire, de cette circonstance, un grave sujet d'alarme et d'accusation. JLa section du Théâtre-Français, éveillée par les craintes généralement répandues , et par un rapport du comité des douze à l'assemblée sur les dangers de la chose publique, s'était déclarée en permanence \ d'autres sections en l'imitant étaient venues en armes offrir leur appui aux mandataires de la nation , et leur demander le licenciement
de la garde royale. L'assemblée, à son tour, frappée de 1 émotion et des vœux. do peuple, se mit en permanence, et après avoir entendu sur la maison militaire du roi, sur le moral, le choix et la conduite des hommes dont elle se composait, un rapport de son comité , rapport suivi d'une orageuse discussion , elle rendit enfin un décret d'urgence qui prononçait le licenciement de cette troupe séditieuse, et en ordonnait le renouvellement. Stanislas Girardin, alors aussi dévoué à la dynastie qu'il lui sera hostile sous la restauration , s'efforça vainement de conjurer une résolution qu'il regardait comme le gage de la perte de Louis XVI. Ce député ne se trompait pas , mais sa vigoureuse résistance et ses sinistres prédictions ne purent ébranler la résolution de l'assemblée, que les Girondins avaient convaincue de la nécessité de détruire un foyer de contrerévolution. Louis XVI voulait paralyser ce décret par le veto; mais Dumouriez , en rappelant au roi le renvoi de ses gardes-du-corps, le décida trop facilement peut-être à exécuter le décret. Le ministre voulait en même temps qu'une nouvelle maison succédât à celle qui venait d'être licenciée ; le prince qui comptait sur cette troupe , à laquelle il conservait ses appointemens , refusa de la remplacer. Le trop fameux repas des gardes-du-corps avait produit les journées des 8 et 6 octobre et la première captivité de Louis XVI à Paris ; l'insolence et les fautes de sa garde constitutionnelle le livrèrent sans protection aux emportemens du peuple.
Dans cette circonstance, Dumouriez était d'accord avec la Gironde, évidemment animée du désir de s'emparer du roi en l'arrachant à l'influence des contre-révolutionnaires ; mais les Guadet, les Vergniaud, avaient espéré régner absolument dans le conseil sur Roland ot Dumouriez -, lé premier acceptait leur direction , mais ils s'aperçurent bientôt que son adroit et ambitieux collègue voulait marcher seul et se rangeait souvent du côté du roi dans