‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 17 sur 125 · BENVOI DU MINISTÈRE. SI · texte numérisé non relu

BENVOI DU MINISTÈRE. SI

sincère à leur personne qu'à cause des conséquences naturelles et trop bien prévues de cette mesure hardie, ne dis* simulaient pas leurs projets hostiles. Dumouriez, justement accusé de la disgrâce de ses collègues et maintenant trompé par le roi, aux dépens duquel il n'osait ie justifier, était exposé aux attaques les plus violentes et les plus dangereuses. La haine s'attachait au fond des cœurs. Le peuple laissait échapper des paroles menaçantes contre Louis XVI et Marie-Antoinette, trop convaincue du crime de tramer la contre-révolution dans l'intérieur, au moment où des colonnes autrichiennes débouchaient sur nos frontières. Les orateurs du peuple entretenaient sa colère dont on pouvait avoir besoin. Pétion , chéri de la Gironde , estimé des Jacobins, ne se montrait point éloigné d aider un mouvement décisif qui remettrait le sceptre dans les mains de Théritier présomptif, sauf à embrasser ensuite la république , À l'essai d'une nouvelle royauté ne réussissait pas.

Dumouriez fut averti par plusieurs billets que des rassemblemens nombreux avaient lieu dans le faubourg Saint- Antoine; il écrivit de suite au roi pour lui annoncer cette nouvelle de la plus grande gravité. Louis regarda cet avis comme l'effet d'un calcul poStique et du dessein de lui inspirer des craintes pour lui arracher des concessions. Il répondit , avec une assurance qui contrastait avec son caractère connu jusqu'alors : « Ne croyez pas, monsieur, qu'on parvienne à m' effrayer par des menaces; mon parti est pris! » Dumouriez demanda une audience pour le lendemain à dix heures \ Louis lui envoya sa réponse par une seconde lettre non moins sèche que la première : « Je verrai demain mes ministres à dix heures, et nous parlerons de ce que tous m'écrivez ! »

Les FeuHlans, mal inspirés, comptaient beaucoup sur cette vigueur de Louis XVI , et l'encourageaient. Le lendemain à l'heure convenue , les ministres se rendirent aux

Tuileries. Ils trouvèrent le roi très agité. Tous refusèrent de contresigner la lettre au président , contenant le veto sur le décret des prêtres. « Etes-voos toujours dans les mêmes sentimens de votre lettre d'hier ? dit le prince à Dumouriei. — Oui, sire. — Eh bien ! j'accepte votre démission ; je pourvoirai à votre remplacement. » De Mourgues présenta aussi sa démission. Lacoste et Duranthon conservèrent la marine et la justice par intérim; Chambonas fut destiné au ministère des affaires étrangères, Lajard à celui de la guerre. Terrier Monciel obtint Tintérieur, et Beaulieu les contributions.

Rempli de terreur par les nouvelles de l'irritation populaire, qui se manifestait de toutes parts, l'ambitieux Dumouriez , qui songeait à l'avenir, écrivit le lendemain au roi de hâter son remplacement. Il ne reçut pas de réponse ; il fit avertir la reine de Forage qui se formait ; la reine s'offensa de ce message, et ne daigna pas même faire savoir à l'ex-ministre qu'elle avait reçu son avis. Ce fut le 18 que le ministère se trouva constitué tel que nous l'avons dit plus haut; peu de jours après, Dumouriez partit pour l'armée de Luckner. Sa dernière entrevue avec Louis fut douloureuse et dominée par la situation. Dumouriez supplia le roi d'accepter le décret : tout fut inutile 5 et le général se retira après avoir prédit à Louis le sort qui l'attendait.

Depuis le commencement de la révolution , on ne cessait de répéter qu'il existait à Paris un comité autrichien ; l'Assemblée nationale, les sections, les Jacobins, lesGordeliers retentissaient de cette accusation -, et suivant l'usage des révolutions de rattacher tout à une même cause quand une fois l'opinion s'est emparée d'un fait primitif, faux ou vrai, on rejetait sur ce comité tous les sujets de plainte. C'était lui qui avait préparé le blocus de Paris, la séance du 25 juin , le fameux repas des gardes-du-corps , et le projet d'affamer la capitale. On devait au comité autrichien la

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