‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 20 sur 125 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Décret sur les pétitionnaires à main armée. — Entrevue du roi et de Pétion. — Proclamations de la commune et du roi. — Conduite de Lafayette. — Débats a l'Assemblée législative. — Plan de Lafayettc dénoncé par la rrinc elle-même. — Un mannequin du général brûlé au Palais-Royal. — Lafayette ne renonce pas à sauver Louis. — Opérations de nos armées. — Pétition des Vingt- mille. — Pétion suspendu de ses fonctions. — Discours de Chabot.

A l'ouverture de la séance du 21 , lorsqu'une sage politique ordonnait aux amis de la couronne de contenir leur indignation et de rie pas exciter , par d'imprudentes démonstrations, un peuple encore ému décolère, plusieurs membres du côté droit demandèrent à*grands cris une enquête et la punition des coupables. On objecta avec raison qu'il était impossible de sévir contre une cinquantaine de mille hommes $ que les chefs apparens de la journée , tels que Santcrre et Saint - Huruge , n'avaient voulu qu'une démarche légale , et que la faute ne pouvait retomber sur eux s'ils avaient été entraînés par le torrent; que d'ailleurs le peuple même dans sa violence avait montré de la déférence pour ses magistrats en se retirant à leur voix , et que de mauvaises intentions ne régnaient pas parmi les insurgés, puisqu'ils avaient tenu la famille royale entre leurs mains sans lui faire aucun mal. A la vérité, le 20 juin était exempt des excès et des crimes du 6 octobre.

Ceux qui justifiaient ainsi le peuple avaient tort , et faisaient trop ou trop peu. Il fallait reconnaître que la loi était violée et demander réparation pour elle , si Ton croyait pouvoir rétablir ainsi Tordre public au profit de la liberté : ou bien, si Ton avait la conviction contraire, il fallait montrer la généreuse franchise des représentons de la nation après la journée du 14 juillet 1789, et dire sans détour : « Oui, le peuple a raison, et nous sommes trop français pour ne pas ressentir sa colère en face des contre-révolutionnaires qui se plaisent à l'exaspérer, les uns en se réjouissant de nos défaites et de l'approche des ennemis, qu'ils appellent, les autres en refusant obstinément de prendre des mesures toutes puissantes pour notre salut. » Mirabeau, poussé à bout, aurait prononcé ces audacieuses paroles ; et , avocat de rémeute , parce qu'avant tout il voulait la liberté , il eût couvert de la protection de son éloquence l'emportement du peuple , et répandu l'effroi dans une cour conspiratrice. On s'étonne qulsnard , qui semblait quelquefois avoir recueilli sous le ciel de la Provence le souffle de Mirabeau , n'ait pas osé s'élever jusqu'à cette énergie. En effet, un mois avant le 20 juin, et dans le dessein de prévenir l'insurrection, dont il pressentait l'approehe , il avait proposé au Corps législatif d'adresser à Louis XVI une interpellation qui renfermait à la fois les reproches les plus vrais et les plus sévères , des conseils profondément judicieux et des injonctions empreintes de l'autorité d'une nation qui parle à un mandataire qu'elle veut ramener dans la voie du devoir, et avertir une dernière fois avant de lui retirer la couronne. Mais personne n'était à cette hauteur d'idées dans le moment-, le côté gauche, qui attendait , sans doute, une autre journée , et se sentait un peu abattu par l'inutilité de la fausse insurrection à laquelle on avait poussé le peuple, sans avoir un but arrêté , n'opposait qu'une molle défense aux accusateurs de ce même peuple , en sorte que le

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