DÉCRET SUR LES PÉTITIONNAIRES A MAIN ARMÉE
côté droit obtint, sans beaucoup de peine, après un discours de Bigot de Préamencu, la résolution proposée la veille, par Vergniaud, au moment où Ton discutait la question de savoir si les pétitionnaires seraient admis à défiler dans la salle du Corps législatif.
« L'Assemblée nationale , considérant que tout ce qui a l'appareil de la force doit être écarté des corps délibérans , et qu'il est instant de rappeler ce principe essentiellement lié aux bases de la constitution et de Tordre social , décrète qu il y a urgence.
« L'Assemblée nationale, après avoir décrété qu'il y a urgence , décrète que désormais, sous aucun prétexte que ce paisse être, aucune réunion de citoyens armés ne pourra se présenter à la barre, défiler dans la salle de ses séances, ni se présenter à aucune autorité constituée. »
A peine les députés venaient-ils de voter ce décret que le président donna lecture d une lettre écrite par sa majesté, et apportée par le ministre de la justice, « Messieurs, disait le roi, l'Assemblée nationale a déjà connaissance des événemens de la journée d'hier ; Paris est, sans doute, dans la consternation; la France les apprendra avec un sentiment mêlé de douleur, l'ai été très sensible au zèle que l'Assemblée nationale ma témoigné dans cette circonstance. J'ai laissé à sa prudence de rechercher les causes de cet événement , d'en peser la gravité et de prendre les mesures nécessaires pour maintenir là constitution et assurer l'inviolabilité et la liberté du représentant héréditaire de la nation. Pour moi, rien ne peut m'empêcher de faire , en tout temps et dans toutes les circonstances, ce qu'exigent les devoirs qu'imposent la constitution que j'ai acceptée et les vrais intérêts de la nation française. » Contre-signe Duranthon. Le roi n'avait rien cédé au peuple et à l'assemblée. Terrier fit un rapport détaillé sur les événemens de la journée précédente-, le ministre disait de Pétion : « Monsieur le maire
est arrivé à six heures. Le reste de la séance se passa à discuter une proposition faite par Gouthon , et relative au veto. Ce député voulait que rassemblée examinât si les décrets de circonstance étaient sujets à la sanction. Les violens discours de Ramond , de Théodore Lameth , de Girardin , firent repousser cette proposition, dont l'effet eût été d'enlever toute autorité au roi , et de renvoyer Faction du pouvoir exécutif à des temps plus éloignés. On eut encore quelques craintes ce jour-là; le peuple menaçait de revenir, comme il lavait promis, mais le mouvement fut arrêté sans peine. L'Assemblée nationale envoya même une députation auprès du roi, malgré les efforts de Lacroix , de Cambon , de Thuriot et de Guadet. Une lettre de Rœderer rassura les députés. Pétion se rendit sur les 8 heures du soir au château, et il annonça à Louis que toute alarme était sans fondement. « Eh bien ! monsieur le maire, le calme est-il rétabli? dit le roi. — Sire , le peuple vous a fait ses représentations -, il est tranquille et satisfait. — Avouez , monsieur, que la journée d'hier a été d'un grand scandale , et que la municipalité n'a pas fait, pour la prévenir, tout ce qu'elle aurait pu faire î — Sire , la municipalité a fait tout ce qu'elle a pu et dû faire ; elle mettra sa conduite au grand jour, et l'opinion publique la jugera. — Dites la nation entière. — La municipalité ne craint pas plus le jugement de la nation, entière. — Dans quelle situation se trouve en ce moment la capitale? — Sire , tout est calme. — Cela n'est pas vrai.
— Sire — Taisez-vous! — Le magistrat du peuple
n'a point à se taire quand il a fait son devoir et dit la vérité. — - La tranquillité de Paris repose sur votre responsabilité. — Sire , la municipalité — C'est bon : retirezvous. — La municipalité connaît ses devoirs , elle n'attend pas pour les remplir qu'on les lui rappelle. »
Cette conversation fut pleine d'aigreur et de colère. Louis XVI , sous cet aspect nouveau, est bien éloigné de la