LAFAYETTE A PARIS
contre les patriotes le mauvais succès de cette émeute avortée, sans but et sans résultat , qui faillit tout perdre en réunissant autour du prince les ardens ennemis de la révolution , et ces hommes paisibles et craintifs qui , loin du tumulte des affaires, n'étant point initiés aux secrets des gouvernemens, ne voient que les trahisons démontrées et redoutent les agitations populaires.
Cependant les députés ne perdaient pas de vue la situation du pays : dans la séance du 22, Gujton de Moryeaa proposa, et l'assemblée décréta, que les ministres seraient mandés le lendemain, et que le président leur adresserait ces paroles :
« Deux objets urgens et de la plus haute importance excitent en ce moment la sollicitude du Corps législatif.
« Le premier est la nécessité d'arrêter les troubles excités par le fanatisme ; le second est l'intérêt pressant de placer une armée de réserve entre les frontières et Paris.
« Le roi est chargé par la constitution de veiller à la sûreté générale de l'état. L'Assemblée nationale vous ordonne de lui rendre compte par écrit, à sa séance de demain , des mesures qui ont été prises pour y pourvoir. »
Les six ministres se rendirent à l'Assemblée nationale - y mais ils répondirent d'une manière peu satisfaisante, demandant des délais , alléguant qu'ils n'étaient au ministère que depuis quelques jours, -repoussant toute solidarité entre eux et s'appuyant sur le veto , résultat de la volonté seule du roi. L'assemblée prêta peu d'attention à toutes ces insignifiantes paroles, et ordonna au comité des douze de lui faire un rapport sur la véritable position de la France.
Aussitôt que Lafayette eut appris les événemens du 20 juin, il voulut tenter un nouveleffort en faveur de Louis XVI et de la constitutiondeOI. Le 20 juin au soir, après avoir remis le commandement entre les mains de M. Hangest, maréchal de camp, il quitta son camp de Maubeuge. Arrivé i in. 6
Paris le 98 , il demanda et obtint la permission de paraître à la barre de l'assemblée , surprise et ne sachant comment expliquer ce retour brusque et inattendu. Lafayette , à son entrée dans la salle des séances , fut vivement applaudi par les députés de la droite ; la gauche , silencieuse , ne fit entendre ni acclamations ni murmures. Le général , toujours calme, s'inclina respectueusement devant le président , et , debout, à la barre , prononça ces paroles d une voix ferme et d'un ton plein de convenance :
« Messieurs, je dois d'abord vous assurer que, d'après les dispositions concertées entre Luckner et moi, ma présence ici ne compromet aucunement ni le succès de nos armes, ni la sûreté de l'armée que j'ai l'honneur de commander.
« Voici maintenant les motifs qui m'amènent :
« On a dit que ma lettre du 10 à l'Assemblée nationale n était pas de moi} on m'a reproché de l'avoir écrite au milieu d'un camp : je devais peut-être , pour l'avouer, me présenter seul et sortir de cet honorable rempart que l'affection des troupes formait autour de moi.
« Une raison plus puissante m'a forcé , messieurs , à me rendre auprès de vous. Les violences commises le 20 juin aux Tuileries ont excité l'indignation et les alarmes de tous tes bons citoyens , et particulièrement de l'armée : dans celle que je commande, où les officiers , les sous-officiers et les soldats ne font qu'un, j'ai reçu des différens corps des adresses pleines de leur amour pour la constitution, de leur respect pour les autorités qu'elle a établies, et de leur patriotique haine contre les factieux de tous les partis...
« Messieurs , c'est comme citoyen que j'ai l'honneur de vous parler-, mais l'opinion que j'exprime est celle de tous les Français qui aiment le pays, sa liberté, son repos et les lois qu'il s'est données, et je ne crains pas d'être désavoué par aucun d'eux...
« Je supplie l'Assemblée nationale :
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k 1° D'ordonner que les instigateurs et les chefs des violences commises le 20 juin aux Tuileries soient poursuivis et punis comme criminels de lèse-nation ;
« 2° De détruire une secte qui envahit la souveraineté nationale ,' tyrannise les citoyens, dont les débats publics ne laissent aucun doute sur l'atrocité des projets tle ceux qui les dirigent;
« 5o J'ose enfin vous supplier , en mon nom et au nom de tous les honnêtes gens du royaume (murmures) , de prendre des mesures efficaces pour faire respecter toutes les autorités constituées , particulièrement la vôtre et celle du roi, et de donner à l'armée l'assurance que la constitution ne recevra aucune atteinte dans l'intérieur, tandis que de braves Français prodiguent leur sang pour la défendre aux frontières. »
Après l'insignifiante réponse du président Girardin , qui invitale pétitionnaire aux honneurs de la séance, les murmures les plus violens éclatèrent sur les bancs de la gauche. Le général, en quittant la tribune, était allé s'asseoir au côté droit; c'est la seule fois dans sa vie qu'il ait siégé parmi les membres de ce côté, si connus dans nos assemblées législatives par des idées rétrogrades et une constante opposition à tout ce qui était grand, hardi et décisif en faveur de la révolution. Eersaint s'écrie : « C'est au banc ordinaire des pétitionnaires que doit se tenir M. Lafayette ! » Les cris redoublent de part et d'autre-, les constitutionnels veulent retenir le général à la place qu'il occupe. Le général parvient à se lever, malgré les efforts de ses amis , et se di rige vers le siège que lui a indiqué Eersaint. Pendant ce débat , Guadet était monté à la tribune } plusieurs fois il avait voulu parler, sa voix s'était perdue au milieu du tumulte. Enfin, quand le général fut assis : « Messieurs, dit l'orateur, au moment où la présence de Lafayette a été annoncée, une idée bien consolante s'est présentée à mon «sprit : ainsi, me suis-je dit à moi-même, nous n'avons
probablement plus d ennemis extérieurs ! ainsi les Autrichiens sont vaincus!.-. Mais, messieurs, cette illusion n'a pas duré long-temps : nos ennemis sont toujours les mêmes , notre situation extérieure n'a pas changé , et cependant le général d'une de nos armées arrive à Paris ! ... Je n'examinerai pas si celui qui nous a accusés d'avoir vu le peuple français dans ce. qu'il appelle des brigands qui en usurpaient le nom, ne pourrait pas à son tour être accusé d'avoir vu son armée dans l'état-major qui l'entoure et le circonvient-, mais je dis ici, messieurs, que M. Lafayctte oublie lui-même les principes de la constitution qu'il recommande , lorsqu'il s'établit dans le sein du Corps législatif l'organe d'une armée qui n'a pas pu délibérer» l'organe de tous les honnêtes gens du royaume qui ne l'ont chargé d'aucune mission... Je demande que le ministre de la guerre, présent à notre séance, soit interrogé par le président de l'assemblée , pour savoir s'il a accordé à M. Lafayette un congé pour venir à Paris. Je demande que le rapporteur de la commission extraordinaire soit tenu de vous faire un rapport sur le danger de laisser venir à la barre les généraux d'armée en fonctions. »
Ramond, qui répondit àGuadet en opposant l'indulgence de l'assemblée pour les pétitionnaires du 20 juin > à la sévérité que Von voulait déployer eontre le général, ne fut digne ni de son adversaire, ni de Lafoyette, ni de luimême. Il proposa de renvoyer la pétition du général à b commission des douze, pour être l'objet d'un examen attentif et approfondi : « Bien moins , ditàl , pour juger la conduite du général (le vrai civisme l'a déjà jugée), que le mérite de la pétition elle-même. » La motion de Guadet et celle de flamand * mises tour è tour aux voix, excitèrent des débats violens. Les menaces, les imprécations retentissaient dans la salle. Des épreuves douteuses exigèrent l'appel nominal : la proposition la plus menaçante, celle de Guadet, interprète de toute la Giroade, tendantàinterpelter