LAFAYETTE A PARIS
le ministre de la guerre, pour savoir s'il avait permis au général Lafayette de quitter son armée , fut rejetée à une majorité de trois cent trente-neuf voix contre deux cent trente-quatre. L'assemblée décréta la motion de Ramond , c est-à-dire le renvoi de la pétition à la commission dés douze, non pour y examiner la conduite du général, mais la pétition en elle-même. La plupart des membres qui venaient de former la majorité avaient voté ainsi plutôt par reconnaissance pour les anciens services qu'avait rendus le général, que par approbation de sa dernière démarche. En quittant l'assemblée, Lafayette se rendit chez le roi; l'inquiétude des uns, l'espoir des autres, la curiosité, précipitèrent sur ses pas une grande foule, qui criait : Five Lafayette! vive la liberté! L'ancien commandant de la garde nationale se concerta avec La Rochefoucauld , président du département. Il résolut de profiter de la revue delà première division de la garde nationale , commandée par Acloque , qui devait avoir lieu le lendemain , à la pointe du jour. Le roi aurait passé cette revue ; Lafayette se proposait d'y paraître, de prendre la parole et d'entraîner ces citoyens armés à une démarche décisive , la fermeture des Jacobins. Pétion fat averti de ce projet par la reine, qui craignait plus un triomphe de Lafayette qu'une victoire des clubistes. Le maire de Paris donba contre-ordre à la section de la garde nationale qui devait prendre les armes. Si Lafayette était arrivé avec cent mille Autrichiens , il eût été bien reçu par la cour. Pourtant le hardi pétitionnaire ne désespéra point encore du succès de son entreprise j il indiqua aux Champs-Elysées un rendez- vous , où devait se trouver un certain nombre de gardes nationaux > et annonça la résolution d'agir vigoureusement, pourvu qu'il eût trois cents hommes armés, prêts à le seconder. On fournit ube garde d'honneur au général -, un mai , paré des couleurs de la liberté , fut planté à sa porte ; on promit de se réunir k lui , mais à peine trente gardes nationaux vinrent-ils au lieu
indiqué. Lafayette, le cœur navré, se rendit auprès Se Louis, qui le remercia avec beaucoup de froideur.
Le 50 juin, avant son départ, Lafayette adressa aux représentons de la nation une seconde lettre que nous allons citer, et qui n'était pas dans un meilleur esprit que la première ; on y remarquait seulement quelques traits contre ceux qui invoquaient le secours des étrangers.
« Messieurs, en retournant au poste où de braves soldats se dévouent à mourir pour la constitution, mais ne veulent ni ne doivent prodiguer leur sang que pour elle , j'emporte un regret vif et profond de ne pouvoir apprendre à l'armée que l'Assemblée nationale a déjà daigné
statuer sur ma pétition Quant à moi, je ne changerai
jamais ni de principes, ni de sentimens, ni de langage; j'ai pensé que l'Assemblée nationale, ayant égard à l'urgence et au danger des circonstances , permettrait que je joignisse la nouvelle expression de mes regrets et de mes vœux à Tbommage de mon'profond respect. »
Cette lettre ne fit aucun effet sur la majorité de l'Assemblée nationale, qui, disposée favorablement pour lui, aurait voulu trouver plus d'audace et de ressources dans le général qui avait osé sortir ainsi des bornes constitutionnelle». La garde nationale , en le voyant quitter la partie , ne laissa paraître que des regrets stériles ; la cour prit un plaisir insensé à voir la popularité de Lafayette détruite à jamais. Les Jacobins triomphans brûlèrent, le soir même, au Palais-Royal un mannequin qui représentait le héros de la première fédération , confondu par cet indigne traitement avec l'archevêque de Brienne et le garde-des-sceaux Lamoi* gnon, accusés de manœuvres contre la liberté. Si Lafayette fût resté à Paris, une horrible catastrophe lui aurait bientôt prouvé la vérité de ces paroles de Mirabeau : « Dans les révolutions , il n'y a qu'un pas du Gapitole à la roche Tarpéienne. » Déchu de toutes ses espérances, il remporta dans «on camp, avec un profond sentiment de regret , et