AOUVEAU PLAN DE CAMPAGNE
des revers, nos généraux par des défaites ; nos officiers improvisés apprennent à vaincre par le rude apprentissage des fautes et des revers. Après être resté quelque temps dans son camp de la Madeleine , Lnckner s était présenté devant Gourtray , le 17 juin , avec dix mille hommes. La ville était occupée par quinze cents Autrichiens, qui la défendirent avec beaucoup de vigueur, et finirent par l'évacuer. Le 18 juin , Luckner rentra dans Courtray, où il resta jusqu'au 50. A cette époque, il fut forcé de quitter cette place pour couvrir les frontières menacées. La marche des armées prussiennes , qui s approchaient des bords du Rhin; les nouvelles troupes.de l'Autriche, commandées par le prince Hohcnlohe-Kirschberg, à Spire; d autres corps, sous les ordres du prince Esterhazy, dans le Brisgau , décidèrent le gouvernement français à garder la défensive.
Des arrangemens conformes à la circonstance furent pris entre les généraux-, un plan d'opérations fut conçu. Lafayette, d'après la nouvelle position de l'armée française, eut à garder tout l'espace depuis la mer jusqu'à Loogwy. Luckner se chargea de la droite, depuis la Moselle jusqu'au Jura : ce maréchal s'établit à Metz , Lafayette à Sedan. Deux lieutenans de ces deux généraux commandèrent les deux extrémités de la ligne de défense : Dillon à l'ouest, et Biron sur le Rhin.
Dumouriez servait à l'armée du Nord comme lieutenant-général. Nous le verrons bientôt occuper un poste plus élevé , dont il était digne par ses talens. A Paris, la cour s'efforçait de profiter de la faute du 20 juin ; elle fit adresser à l'assemblée une pétition de vingt mille citoyens de la capitale qui exprimaient toute l'indignation qu'ils avaient éprouvée en apprenant les outrages faits à Louis XVI et à sa famille; mais, à son tour, le parti des révolutionnaires ne s'endormait point dans une dangereuse sécurité. Ils avaient résolu de se débarrasser de l 1 état-major de la
garde parisienne , composé par Lafayette -, ils arrivèrent à leur but par un détour adroit , en obtenant de rassemblée le licenciement et la réélection des états-majors dans les villes au-dessus de cinquante mille âmes. Les compagnies de grenadiers et de chasseurs qui appartenaient à ce parti modéré , vraiment ami de Tordre , mais singulièrement enclin à excuser Louis XVI , malgré ses fautes, et & conserver son gouvernement, furent cassées : les Jacobins ne pouvaient pardonner à cette élite de la garde nationale ni la journée du Champ de Mars , où le sang de leurs amis avait été répandu , ni les dernières manifestations d'adhésion aux opinions de Lafayette , le mai planté devant sa porte, ainsi que la garde d'honneur offerte à ce général -, convaincus que l'alliance de la liberté avec la dynastie était impossible , ils détestaient et tendaient à renverser tous ceux qui voulaient la soutenir et qu'ils regardaient comme des complices de la duplicité de Louis et de sa cour.
Tandis que les Jacobins enlevaient ces deux résolutions, si utiles pour leurs projets ultérieurs, les Feuillans, qui étaient encore en majorité dans l'administration de la ville de Paris , après avoir déclaré que Pétion n'avait pas fait son devoir pendant la journée du 20 juin , le suspendirent de ses fonctions le 6 juillet. Cette décision juste et loyale, mais hardie jusqu'à la témérité dans la circonstance, exaspéra les patriotes. Pour se former une idée exacte de l'état des esprits , il faut lire ce fragment d'un discours prononcé aux Jacobins par Chabot : « Mais, ajoute-t-on , tous les remèdes à nos maux sont dans l'énergie de l'Assemblée nationale. J'entends dire tous les jours à d'excellens patriotes que l'assemblée se monte à une certaine élévation , le peuple s'élèvera -, que l'assemblée soit digne de nous, nous serons dignes d'elle. J'observe à ceux qui tiennent ce langage que ce n'est pas l'assemblée qui a favorisé le fanatisme des prêtres sedi-