MENEES DES GIRONDINS
vitesse , elle avait une foi si grande dans les succès de l'ennemi, qu'elle venait de refuser une dernière proposition de Lafayette, qui voulait encore sauver le roi et sa famille. Cependant tout Paris s'agitait. Chez Gçisas et chez Carra, les fédérés se réunissaient à la moindre nouvelle fâcheuse du dedans ou du dehors. Les Jacobins formaient un comité central , et déclaraient hautement qu'il fallait en finir. Louvet , aidé de Roland , se prononçait ouvertement dans le journal la Sentinelle, feuille mieux écrite et avec moins de cynisme que celles de Camille Desmoulins. D'un autre côté, quelques royalistes soutenaient la querelle dans leurs journaux, tandis que des braves du parti s'attiraient de fréquentes disputes qui se terminaient souvent par du sang répandu. Ces imprudens provocateurs semblaient avoir pris à tâche de ne jamais laisser rendormir le lion populaire qui n'avait pas besoin d'être irrité.
Nous avons dit le mouvement rétrograde qu'avaient fait les corps de Luckner, de Lafayette et de Rochambeau. Le général autrichien, duc de Saxe-Teschen , campé près de Mous, avec environ vingt mille hommes, ayant eu connaissance des opérations de l'armée française r détacha , dans la nuit du 15 au 14, cinq mille hommes > et les envoya s'emparer d'Orchies. À la pointe du jour, cette ville se trouva investie avant que Desmarets, qui y commandait , s'en fût aperçu. Il n'avait avec lui que six cents hommes, et cependant on ne put les chasser de la ville qu'après avoir éprouvé de leur part une résistance qui fait le plus grand honneur à un bataillon de la Somme, commandé par le capitaine Dutay. Dès le lendemain, Orchies fut repris par le général Marassé. En ce moment, le général Alvinzy ▼int occuper Oudîng avec quinze mille hommes , menaçant le camp de Maulde , qu'occupait Dumouriez avec huit raille soldats seulement ; mais Dillon protégea ce corps , eu réunissant cinq mille hommes vers le Quesnoy. De son côté, le général Lanoue se plaça sous le canon de
Maubetige,avec huit mille combattans; le camp de Maulde fut renforcé par quatre mille hommes. Dumouricz, outre sa position à garder, eut ordre de couvrir, avec des corps volans , Qrchies et Marchienne.
Sur ces entrefaites , quinze mille soldats détachés avec Clairfayt, pour se joindre au duc de Brunswick, qui armait à Coblentz avec l'armée prussienne , forcèrent les troupes de l' Autriche à se remettre sur la défensive en Belgique , et à se replier sur Mons.
La nation française , quoique avertie par tant de voix qui lui donnaient l'éveil , semblait ne pas comprendre encore la grandeur des périls qu'elle allait courir. Ses armées étaient peu nombreuses, sans discipline et sans confiance ; ses moyens de défense incomplets, ses impôts insuffisans et mal assurés, son crédit presque perdu. Une division extrême régnait dans les esprits $ le parti patriote lui-même renfermait beaucoup d'élémens de discorde -, le pouvoir exécutif attendait l'ennemi; l'Assemblée nationale n'avait pu encore saisir d'une main forte le timon des affaires ^ si la Prusse et l'Autriche 'eussent agi de concert et avec vigueur, sans perdre un seul moment, elles pouvaient tout espérer peut-être. Leurs armées avaient pour chef suprême Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick, élève du grand Frédéric, qui avait dit de lui : « La nature le destine à devenir un héros. » En effet, jusqu'à sa campagne de France, c'était lui qui , parmi les généraux étrangers , comptait le plus de succès et le moins de revers. Au commencement de la révolution , personne ne lui disputait la réputation de premier capitaine de l'Europe. Malheureusement pour sa gloire , il avait prêté l'oreille aux déclamations des émigrés , qui lui peignaient les Français comme une poignée de rebelles , un ramassis de brigands, que la peur du châtiment aurait bientôt mis à la raison : de là cet insolent manifeste dans lequel , après la plus amère censure de toute la révolution , il ose dire à vingt-cinq