‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 36 sur 125 · LE DUC DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

LE DUC DE BRUNSWICK

millions d'hommes, « que les alliés puniront comme rebelles tous les Français, sans distinction, qui combattront les armées étrangères; qu'ils seront individuellement responsables, s ils ne s'opposent pas aux attentais des révolution-* naires contre le roi et sa famille , et que toutes les autorités constituées, tous les citoyens seront punis de mort; et que toutes les villes et villages seront frappés d'exécution militaire et de pillage en cas de résistance et de désordre. . . La ville de Paris sers tenue de se soumettre sans délai au roi, déclarait en outre que s'il est fait à leurs majestés le moindre outrage, s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur Liberty il e& sera tiré une vengeance exemplaire et à jamais mémorable , en livrant la ville de Paris à une exécution miliiaire et h uge subversion totale.... »

On pouvait peut-être surprendre et vaincre la France , mais il ne fallait pp$ l'insulter. A la lecture du manifeste, un cri d# colère et d'indignation fut poussé par le peuple -, la France se leva tout entière comme un seul homme. Il est douloureux de penser que pas un émigré ne protesta contre cet outrage au pays natal > que pas un des prétendus défenseurs de Louis XVI ne trouva dans son cœur des paroles éloquences pou* empêcher une déclaration qui allait mettre les jours même du. prince en péril. Une autre fatalité étonpe ici la pensée * comment le duc de Brunswick , et les rois 4$ l'Europe n eurent-ils pas dans leur conseil un hompiç capable de leur représenter, l'histoire à la. main , combien il est dangereux de & exposer à réduire au désespoir une nation généreuse !

Le jour même où Brunswick publiait un. manifeste si nuisible à la, cause des. rois , et si favorable aux intérêts de la Utoert^, l'Assemblée nationale décréta la permanence des sections de Paris.; c'était mettre le peuple sous, les armes. Les révolutionnaires ,. de leur côté , avaient devancé cette résolution hardie, par des moyens qui devaient la rendre décisive. Nous avons déjà parlé du comité central

des fédérés ; assemblé dans la salle des correspondances des Jacobins, ce comité créa parmi les quarante-quatre membres dont il était composé un directoire d'insurrection , borné d'abord à cinq personnes : c'étaient Vaugeois, grandvicaire de l'évoque de Blois ; Debessé , du département de la Drôme -, Guillaume, professeur à Gaen ; Simon, journaliste à Strasbourg , et Galissot de Langres. A ces chefs , furent adjoints , d'abord le journaliste Carra, ensuite Fourrier l'Américain, révolutionnaire sans scrupule et san$ crainte; le vigoureux Westermann , destiné à devenir la terreur des Vendéens ; Kœcklin , de Strasbourg-, Santerre; Alexandre, commandant du faubourg Saint-Marceau; Lazouski, capitaine des canonnière de cette section ; Antoine, de Metz, ex-constituant -, La Grey et Garin, électeurs.

La première réunion de ce comité eut lieu du 19 au 20 juillet, à Gbarenton, chez un nommé Vilate, révolutionnaire emporté -, c'est là qu'après des délibérations où chacun soutenait son opinion avec chaleur, et quelques uns avec toute la violence des sentimens les plus exaltés , le projet d'insurrection fut arrêté pour le 29 juillet -, mais cette décision devait être sujette encore à beaucoup de difficultés et de retards : rien n'était préparé pour une si hasardeuse entreprise, et cependant quelques hommes tels que Chabot, voulaient tous précipiter l'exécution sans écouter les conseils de la prudence, qu'ils traitaient de pusillanimité. Pétion, qui jouait alors le rôle de médiateur, leur paraissait un homme froid et timide, qui n'avait point la taille d'un révolutionnaire. Il leur fallait un de ces événemens qui entraînent la multitude à des actes après lesquels elle ne peut plus reculer. Un jour, Chabot cherchant de tous côtés un motif d'insurrection, s'écriait avec toute l'ardeur d'un vœu profondément senti : « Ah ! si la cour osait attenter à la vie d'un député ! » Grangeneuve, de la Gironde , homme médiocre par les lumières, mais dévoué à la cause populaire, prêt à tous les sacrifices pour la liberté, saisit au vol ces pa-

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rôles échappées de la bouche de son collègue, et le prenant à part : a Vous avez bien raison ; il faut qu'un député périsse ; mais la cour n'est pas assez maladroite pour nous fournir une occasion aussi favorable. Il faut y suppléer et me tuer aux environs du château. Gardez-moi le secret, et préparez les moyens ! » Chabot, transporté de joie, serre Grangeneuve dans ses bras, le trouve plus grand et plus admirable que les Décius , et veut partager son sort ! Ils s'embrassent , conviennent de l'heure et du jour, et se quittent fiers et heureux du sacrifice qu'il vont faire. Grangeneuve rentre chez lai, bien résolu à mourir. Il règle ses affaires , et, au jour indiqué, il arrive au rendez-vous, et attend : personne ne parait. Lui, toujours décidé à se faire immoler pour le salut de tous, se promène long-temps sous les guichets du Louvre, en attendant toujours le coup mortel. Mais Chabot , revenu d'an moment d'exaltation, avait oublié la résolution prise, et n'avait point osé avouer son inconstance à Grangeneuve, qu'il était loin de croire inébranlable dans sa résolution.

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