PROJET D'ADRESSE PROPOSÉ PAR GUADET
des mesures sévères contre le prince. La plupart des adresses voulaient et ordonnaient la déchéance, ou du moins la suspension du pouvoir exécutif. Plusieurs sections de Paris, avec le maire Pétion, devenu l'irréconciliable ennemi de la couronne, parce qu'il n'attendait plus rien de la bonne foi du chef de l'état, feront bientôt entendre le même vœu.
C'est au milieu de cette insurrection morale que Guadet vint, au nom de la commission extraordinaire, tenter un dernier effort pour rappeler au prince les dangers de la patrie et lui indiquer les seuls moyens qui lui restassent pour sauver sa vie , sa famille et la royauté. «Sire , disait Guadet dans son adresse , par quelle fatalité n avons- nous pour ennemis que des hommes qui prétendent vous servir? Par quelle fatalité sommes-nous obligés de douter si ces ennemis de la France vous servent ou vous trahissent?.... Vous vous plaignez, sire, de la défiance du
peuple Mais qu'avez-vous fait pour la détruire? Les
familles des rebelles de Goblentz remplissent votre palais-, les ennemis connus de l'égalité et de la constitution forment seuls: votre cour, et l'on chercherait en vain auprès de vous un homme qui eût servi la cause de la liberté, ou qui ne L'eût pas trahie ! . . Tous vos intérêts se réunissent à l'intérêt de la patrie. Toute connivence, toute faiblesse, quand même elle serait suivie de ce succès impossible, que cependant peut-être de lâches conspirateurs osent vous promettre, serait pour vous le plus grand malheur. Jamais les peuples, qui pardonnent tant, n'ont pardonné le crime de les avoir avilis devant un joug étranger !..
a La nation seule saura sans doute défendre et conserver sa liberté -, mais elle vous demande, sire , une dernière fois, de vous unir pour défendre la constitution et le tr&ne. »
Ces nobles paroles trouvèrent peu d'écho au milieu des représentons, qui déjà avaient fait tant d'efforts pour convertir le monarque. On applaudit au talent de l'orateur -, mais la demande en déchéance fut remise en discussion.
152 aivoLimoN française.
Brissot prit la parole, et combattit cette mesure arec un rare talent. Pour la première fois, le côté droit l'applaudit ; pour la première foi9 il fat poursuivi par les huées de la gauche et de9 tribunes. Il demandait :
1° Qu'une commission extraordinaire fût tenue d'examiner les actes qui pouvaient entraîner la déchéance du trône , si ces actes ont été commis par le roi, et de présenter un rapport incessamment.
8<> Qu'il fût fait une adresse au peuple français, pour le prémunir contre les mesures qui pourraient ruiner la cause de la liberté.
On conçoit difficilement la tardive prudence de Brissot; cet orateur avait tout fait pour provoquer la guerre ; de son propre aveu, il avait voulu, par une résolution si hardie , amener la chute de la monarchie et la fondation de la république. Poursuivi de cette idée fixe, tourmenté par elle comme par une passion ardente et insatiable jusqu'à l'accomplissement de ses désirs, il avait , le surlendemain même d'une scène de réconciliation , porté les coups les plus violens à Loui9 XVI; il avait même (on s'en souvient) presque provoqué la mise en jugement du prince, et , maintenant , après avoir incendié la France avec ses fougueuses harangues , après avoir allumé dans les cœurs ces transports de colère qui produisent les insurrections des peuples et la chute ou la mort des rois , il venait combattre , avec les argumens de la peur et les raisons d'une politique méticuleuse , la proposition de la déchéance ! Un changement aussi complet d'opinion, en quinze jours (du 9 au 20 juillet) , suffisait pour dépopulariser un homme. Toutefois Brissot ne perdit pas encore la confiance de tous les patriotes ; mais il devint suspect à beaucoup d'entre eux, et l'ombrageux Robespierre, qui notait dans sa pensée toutes les infidélités ou toutes les erreurs qui pouvaient porter quelque préjudice aux intérêts de la cause populaire, ne manqua pas d'incriminer Brissot, comme cou-