‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 39 sur 125 · CONDUITS DES GIRONDINS · texte numérisé non relu

CONDUITS DES GIRONDINS

pable d'avoir voulu sauver le roi et la royauté. Nul doute que Brissot ne fût pas un traître ; mais nul doute aussi que l'ami des Girondins , engagé avec eux dans une transaction avec Louis XVI, ne fit en ce moment une capitulation de conscience qui ne pouvait que le rendre suspect aux yeux de ceux qui l'opposaient à lui-même. Pour repousser les accusations élevées contre lui et les siens , Brissot se plaignant du rejet de leurs propositions par le roi , s'exprime ainsi : « Des hommes qui, la plupart, avaient une forte prédilection pour le républicanisme, ne faisaient-ils pas preuve du civisme le. plus vrai , en renonçant à leur espoir de démonarckiser la France? Certes, leur penchant démocratique n'en subsistait pas moins ; mais dans des âmes pures, un pareil penchant s'allie très bien avec une soumission réelle et franche au vœu de la majorité ; et comme le vœu de la nation avait formé et accepté la constitution, les Girondins pouvaient se croire obligés de la soutenir, plutôt que d'en hasarder une autre dont le succès était problématique. La royauté muselée de Louis leur paraissait une heureuse transition pour arriver, sans secousse trop violente, aux institutions qu'ils désiraient donner à leur pays, et pour lesquelles le grand nombre n était pas encore mûr. Cette royauté, je pensais aussi qu'il fallait l'user doucement-, voilà pourquoi, le 86 juillet, je m'attachai à prouver que la déchéance était prématurée. » Les lecteurs trouveront sans doute cette justification bien faible , même aujourd'hui que le silence des passions nous permet de tout peser au poids de la raison. Qu'on juge de l'effet que dut produire sur les hommes du temps la découverte de ces ménagemens, de cette faiblesse, de cette politique indécise et sans caractère. En résumé, la Gironde, malgré toutes les leçons du passé, cédait au chimérique espoir de ramener Louis XVI par un service immense, celui de le sauver sur le bord de l'abîme. Mais Brissot nous fait encore une bien plus triste révélation. La Gironde était

profondément effrayée de l'ascendant et des projets des Jacobins. Plein de ce sentiment exagéré, auquel ne se mêlait pondant rien de lâche , Vergniaud , dans une entrevue avec le roi , lui fit une peinture telle de ce parti , que les plus effrénés contre-révolutionnaires ne l'auraient pas représenté sous d'aussi horribles couleurs. Vergniaud avait espéré déterminer le roi, avec cette peinture, à se jeter dans les bras des Girondins, qui ne croyaient pouvoir sauver Louis, k France et eux-mêmes, qu'à l'aide de l'autorité royale remise entre leurs mains : le calcul de ce parti d'orateurs qui ne savaient faire d'insurrection qn'à la tribune, était aussi faux que leur position aurait été difficile, même en cas de succès. Louis admira le talent, la facilité, l'ame, l'éloquence et l'énergie de Vergniaud 5 mais il rejeta l'idée d'associer les Girondins au gouvernement. Ces politiques échappèrent ainsi à la plus dangereuse des épreuves ; en effet , cent fois plus passionnés encore que Lafayette contre le parti populaire , et frappés devant lui d'une inconcevable frayeur, ils ne pouvaient que dévier de la route de la révolution , comme le général qu'ils venaient d'accuser avec tant de violence , et se perdre eux-mêmes dans une lutte inégale , après avoir jeté Louis XVI dans des périls au milieu desquels aucun moyen humain n'était capable de le sauver;

L'assemblée ajourna la décision relative à la déchéance ; cette mesure dilatoire augmenta encore l'irritation excitée par la proclamation de Brunswick , qui, datée de Coblentz le 25 juillet , fut répandue à profusion dans la capitale. Nous avons déjà dit l'effet qu'avait produit ce manifeste ; Paris tout entier rugissait de colère , et redoublant de méfiance contre la cour, la menaçait de quelque dangereuse entreprise. Déjà , le 26 , à la suite d'un repas donné aux fédérés par les plus chauds révolutionnaires des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau sur le terrain de la Bastille, on avait dû partir à minuit, sur trois colonnes pré-

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