DELESSART ACCISE
j'espère que je serai content de votre travail. On m avait
dit bien du mal contre vous! Le lendemain. Du-
mouriez se présente an conseil avec quatre dépêches pour Vienne , pour la Prusse , pour Londres , et enfin pour Madrid} le texte en était clair et précis. Le ministre parlait au nom du roi , mais dans le sens de la constitution. On loua beaucoup cette nouvelle manière d établir des relations diplomatiques. Cahier de Gervillc, Bertrand de Molleville, avaient donné leur démission $ Duport du Tertre et Tarbé firent de même quelques jours plus tard. Ainsi tombait le ministère donné par les Feuillans. La gironde , qui avait fait déjà nommer Dumouriez , allait présider aux autres choix. On consulta Brissot et Condorcet, et, d'après leurs avis, le ministère fut ainsi organisé : à la marine, Lacoste, ancien commissaire ordonnateur ; à la justice, Duranthon \ aux contributions, Glavières; Roland à l'intérieur, Dcgraves à la guerre, comme nous l'avons dit , et Dumouriez aux affaires étrangères.
Ce cabinet mérite de nous une attention toute particulière; il est presque totalement composé d'hommes que nous devons faire connaître , car c'est pendant le temps qu'ils vont être au timon des affaires que les résolutions les plus graves seront prises, et que va commencer une autre guerre de trente ans auprès de laquelle la première ne paraîtra plus qu'un jeu d'enfans. Quoique les nouveaux élus du pouvoir ne fussent pas tous plébéiens, et que parmi eux le seul Dumouriez eût fréquenté la société mère , le peuple désignait leur réunion par le titre de ministère sans-culotte ; les journaux aux gages de la cour et de l'aristocratie désignaient les ministres comme des bonnets rouges , parce que Dumouriez , immédiatement après sa nomii nation, avait paru aux Jacobins avec cette coiffure sur la tête. Alors lebonnel rouge, auquel ne se rattachaient que de nobles souvenirs, avait été adopté pour signe de ralliement des patriotes. Pétion, à l'instigation des Girondins, écri-
vit aux clubs pour leur faire sentir que cette distinction rappelait la rose rouge et la rose blanche, ainsi que les chaperons du temps du roi Jean , et pourrait avoir des résultats fâcheux : en conséquence et pour quelque temps, le bonnet , qui déplaisait peut-être à la belle madame Roland, fut abandonné. Dumouriez connaissait les courtisans, leurs préventions incurables, leurs haines acharnées, leur influence sur les princes, influence d autant plus dangereuse quelle est de tous les moraens; il voulut donc se préserver des' coups funestes que leur inimitié déclarée pourrait porter aux ministres-, et pour parvenir plus sûrement à ce but , il résolut de détacher de la coalition formée contre eux dans le palais, la fière Marie- Antoinette, dont le premier accueil lui avait paru froid et gêné. Quelques jours après sa présentation, introduit dans la chambre de la reine, il la trouva seule, très rouge , se promenant à grands pas avec une agitation qui présageait une explication très vive-, il alla se placer au coin de la cheminée, douloureusement affecté du sort malheureux de cette princesse, et des sensations terribles qu'elle éprouvait. Elle vint à lui d'un air majestueux et irrité, et elle lui dit: « Monsieur, vous êtes tout puissant aujourd'hui ; mais c'est par la faveur du peuple, qui brise bien vite ses idoles. Votre existence dépend de votre conduite : on dit que vous avez beaucoup de talent, vous devez juger que ni le roi ni moi ne pouvons souffrir toutes ces nouveautés ni la constitution. — Je suis désolé do la pénible confidence que vient de me faire votre majesté, répondit le ministre $ je ne la trahirai point , mais je suis entre le roi et la nation, et j'appartiens à ma pajric. Permettez-moi de vous représenter que le salut du roi , le vôtre, celui de vos augustes enfans, est attaché à la constitution, ainsi que le rétablissement de son autorité légitime. Je vous servirais mal et lui aussi, si je vous parlais différemment. Vous êtes tous deux entourés d'ennemis