LA VILLE DE FARM DEMANDE LA DÉCHÉANCE
« La Commune de Paris nous envoie vers vous. Nous tenons apporter dans le sanctuaire des lois le vœu d'une ville immense. C'est avec douleur qu'elle vous dénonce, par notre organe , le chef du pouvoir exécutif. » Après avoir peint les efforts de la Constituante, les insultes dont elle fut accueillie à son origine , les faiblesses du roi, ses fautes , sa fuite à Varennes, l'indulgence qui Tayait accueilli à son retour, Petion reprit : « Nous avons tu tous les bienfaits de la nation tournés contre elle ! Le pouvoir délégué à Louis XVI, pour maintenir la liberté, s'est armé pour la renverser ! Des ministres sont éloignés par la force irrésistible du mépris public ; ce sont eux que Louis XVI regrette. Leurs successeurs ( le ministère Roland ) avertissent la nation et le roi du danger qui environne la patrie } ils sont cbassés par Louis XVI ; une garde conspiratrice est dissoute en apparence, mais elle subsiste encore , soudoyée par Louis XVI ; elle sème le trouble et mûrit la guerre civile -, des prêtres perturbateurs envoient de nouveaux sot dats sous les drapeaux de la servitude $ des directoires de départemens coalisés osent se constituer arbitres entre l'Assemblée nationale et le roi ; ils forment une espèce de chambre haute éparse , et le roi n'a point désavoué avec indignation deux cents administrateurs stupides ou coupables... Des Français parricides, conduits par les frères, lesparens, les alliés du roi, se préparent à déchirer le sein
de leur patrie, et c'est pour venger Louis XVI Des pa*
triciens commandent les armées de l'égalité ; nos généraux quittent leur poste en face de l'ennemi, laissant délibérer la force armée, et calomnient un peupe libre, que le devoir est de défendre.
« Le chef du pouvoir exécutif est le premier anneau de lachaîne contre-révolutionnaire. . . . Son nom lutte avec celui de la nation ; son nom est un signal de discorde entre le peuple et ses magistrats , entre les soldats et les généraux ; loin de s'être opposé par aucun acte formel aux ennemis
du dehors et de l'intérieur, sa conduite est un acte formel et perpétuel de désobéissance à la constitution. Par nn reste d'indulgence , nous aurions désiré pouvoir vous demander la suspension de Louis XVI, tant qu'existera le danger de la patrie , mais la constitution s'y oppose. Louis XVI invoque sans cesse la constitution ; nous l'invoquons à notre tour, et nous démandons sa déchéance. »
Cette pétition, écoutée en silence parles députés, applaudie avec fureur par les tribunes , fut renvoyée à la commission extraordinaire. La résolution dont le peuple de Paris venait de prendre l'initiative changeait tout à fait l'état de la question , et les esprits éclairés prévirent dès ce jour une Convention , un jugement et nn arrêt de mort. Voilà dans quelle circonstance l'inexorable nécessité imposa au gouvernement le devoir d'annoncer à l'assemblée « que la France ne pouvait plus compter sur la neutralité , jusqu'alors apparente, de l'électeur de Cologne, du margrave de Bade , du duc de Wurtemberg , dont la réunion aux grandes puissances coalisées était décidée. Ainsi, lorsqu'il aurait fallu des garanties de paix, des nouvelles favorables et propres à calmer l'exaspération générale, Louis se trouvait forcé d'avouer à la France que le nombre des ennemis qui s'armait pour lui contre la nation allait sans cesse en augmentant ! Que l'on considère la terrible influence des émigrés et des armées étrangères sur les destinées du petit-fils de Louis XIV, et que l'on dise si ce n'est pas de ce côté qu'est parti le coup fatal qui l'a immolé !
Les royalistes revenus ea France avec les Bourbons , ont amèrement reproché à la Gironde d'avoir enchaîné le malheureux monarque , de l'avoir garrotté pour l'échafaud. Jadis les royalistes élevèrent en Angleterre la même accusation contre les presbytériens, lors du retour de Charles II. Us leur disaient : « C'est vous qui avez joué les quatre premiers actes du drame qui s'est terminé par la mort de Charles !«»'. » En France, les Girondins, du moins ceux qui