LA SECTION MAUCONSEIL
en petit nombre avaient échappé au temps et à la Montagne , pouvaient, en changeant quelques mots, répondre aux émigrés eeque les presbytériens anglais, et entre autres Vanc, disaient à leurs accusateurs : « Si nous avons voulu enchaîner la puissance executive, c'est que vous la rejetiez sans cesse dans les voies de l absolutisme ; si nous avons sanscesse restreint le pouvoir du roi, c'est que vous lui disiez sans cesse que sa volonté devait être la loi suprême. Nous faisions retentir à ses oreilles des vérités fortes et salutaires ; vous le gâtiez par des mensonges ; vous le poussiez sans cesse à sa perte , et tous nos efforts conspiraient à l'empêcher de tomber dans l'abîme. Louis s'est montré sourd à nos avis ; il s'est obstiné à conjurer avec vous et les étrangers. Dès ce moment nous avons dû nous rappeler que nous étions des sentinelles placées à lavant-garde par le peuple, et nous écrier comme d'Âssas : « Français, voilà l'ennemi! » La démarche de Pétion , d'accord avec l'un des précédons de la Gironde, était une de ces démarches contagieuses et décisives qui tranchent une grande question. Le lendemain 4 , la section Mauconseil déclare de la manière la plus solennelle « qu'elle ne reconnaît plus Louis XVI pour roi des Français ; qu'elle abjure le serment qu'elle lui a prêté , comme surpris à la foi publique-, qu'elle se portera tout entière au Corps législatif et lui demandera s'il veut enfin sauver la patrie, se réservant de prendre sur sa réponse une détermination ultérieure -, qu'elle s'ensevelira plutôt sous les ruines de la liberté que de souscrire au despotisme des rois. Elle invitait « toutes les sections dé Paris et toutes les communes du département à se réunir à elle le 5 à onze heures du matin , pour se porter au Corps législatif. » Le rendez-vous général était indiqué au boulevard de la Madeleine. Cet arrêté fut communiqué à l'assemblée par un secrétaire, il en lut ensuite un autre de la section du Jardin des Plantes, qui avait refusé de délibérer sur la résolution des sectionnaires de la rue Mauconseil. Mais la section des
Gravilliers, plus violente et encore plus emportée que tontes les autres qui s'étaient réunies à la demande de déchéance, après avoir déclaré dans une adresse à la représentation nationale, que trente mille hommes qui la composent Tenaient de voter en connaissance de cause, et à trois reprises différentes, toujours à l'unanimité, la déchéance de Louis , voulait qu'on déclarât qu'il y avait lieu k dresser sur-lechamp un acte d'accusation contre lui. « Nous vous laissons, disaient ces révolutionnaires, l'honneur de sauver la patrie ; mais si vous refusez de le faire , il faudra bien que nous prenions le parti de la sauver nous-mêmes, » Les Jacobins et les tribunes applaudirent à grands cris; la Gironde, effrayée, voulut arrêter ces menaces de la part des sections, et Vergniaud, rapporteur de la commission, proposa le décret suivant : « L'Assemblée nationale , considérant que la souveraineté appartient au peuple tout entier, et non à une section du peuple, etc. , annuité comme inconstitutionnelle la délibération de la section Mauconseil; invite les citoyens à renfermer leur zèle dans les limites de la loi. »
L'assemblée adopta ce décret 5 mab la première pierre avait été lancée contre l'idole royale, et le peuple ne voulait plus s'arrêter avant de l'avoir jetée à terre. Au reste , les conseils modérés n'étaient plus de saison en présence de l'invasion formidable des étrangers. Une armée de cent cinquante mille Autrichiens s'avançait lentement contre la France sur toute la ligne de ses frontières, comprises depuis Dunkerque jusqu'à la Suisse. A cette masse imposante , il fallait encore joindre vingt mille émigrés français > dont six mille de cavalerie. Le roi de Prusse s'était rendu à Bingen, où se trouvait son armée, qu'il passa en revue le 3 août, ainsi que le corps des émigrés français commandés par le comte d'Artois.
Après différentes marches et contre-marches , le duc de Brunswick s'était tout à coup rapproché de l'Alsace,
PÉTITION DU CHAMP DE MARS. 14g
qu'il menaçait. Ces nouvelles répandues dans le peuple et commentées aux Jacobins par l'éloquence des patriotes les plus ardens , exaspéraient les esprits et les portaient bien au-delà des demandes des sections de Paris et de plusieurs grandes villes du royaume, unanimes pour demander la déchéance du roi. Ces mots : Louis XFl a cessé cfêtre leroides Français : nous ne reconnaissons plus Louis XVI pour roi y retentissaient dans tous les groupes. Le peuple, inquiet , tourmenté , furieux , n'attendait plus son salut que de quelques mesures énergiques, que de quelques résolutions grandes comme le péril. Tout faisait prévoir un orage prochain qui emporterait la royauté. Dans ce péril, Louis XVI essaya une dernière fois de toucher et de ramener ce même peuple dont on lui avait fait perdre l'estime et l'amour. Au moment où il délibérait encore sur les propositions d'imprudens et d'inhabiles conseillers qui préparaient la guerre civile, soit en lui ménageant des moyens de résistance contre les attaques populaires , soit en le pressant une dernière fois de choisir pour retraite une ville où il espérât reconquérir son pouvoir absolu, au milieu d'une armée soulevée par ses coupables chefs , il fit paraître une proclamation destinée à le purger de tous les reproches accumulés sur sa tête par l'éloquence de Vergniaud. Il faut être réduit à de cruelles extrémités pour oser se disculper à Faide de mensonges aussi patens que ceux de Louis XVI dans cette circonstance. Sa proclamation ne contenait pas un mot de vérité , aussi n'obtint- elle aucun crédit ; elle ne fit au contraire qu'ajouter au mépris que beaucoup de citoyens avaient conçu pour le caractère du prince, et à leur inimitié pour sa personne.
Le 6 août, des fédérés des diverses départemens, et des citoyens de Paris rassemblés au Champ de Mars, envoyèrent quatre-vingts députés lire à la barre de la législature une pétition bien autrement subersive que les précédentes ; «lie était à celle des Marseillais ce qu'un tremblement de m. 10
terre est au eanon d'alarme ou au tocsin. *La patrie est en danger, disaient-ils. Ces paroles terribles signifiaient : « Nous sommes trahis ! Plus de composition avec un roi faussaire, notre irréconciliable ennemi. Mais ce n'est pas tout *, il siège parmi vous des favoris de la cour ; périsse leur inviolabilité !.... Nous arguons de nullité tous les décrets rendus par le corps constituant depuis le 2i juin £791.
« Nous demandons
« Que Ton jette un voile sur la déclaration des droits de l'homme ;
« Qu'il soit fait un relevé des griefs dont on s'est rendu coupable au nom du roi. . .
« Que les assemblées primaires soient soudain convoquées pour confirmer la déchéance , et de suite nommer les membres d'une convention nationale.
« Que tous les états-majors des armées soient licenciés; que Lafayette soit décrété d'accusation et jugé immédiatement par la cour d'Orléans ; que sa lettre dictatoriale , que sa comparution à la barre , soient des preuves matérielles suffisantes; que le jugement et l'exécution suivent de près l'arrestation.
ce Nous demandons :
« Une levée d'un Français sur dix, la réintégration par l'assemblée des ministres patriotes ; le renouvellement de tous les directoires de département ; le rappel de tous les ambassadeurs -, des lois sévères contre l'usure et le monopole , la destitution de tous les commandans des places fortes et villes frontières ! »
Sur cette notification de puissance à puissance , le président répond : « Les représentons du peuple n'ont d'autres pouvoirs que ceux que leur donne la constitution. » A ces mots, des murmures éclatent dans l'assemblée ; un membre accuse le président de ne s'être pas conformé au décret qui défend de faire d'autres réponses aux pétitionnaires , si ce