‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 44 sur 125 · REJET DU DÉCRET CONTEE LAFAYETTE · texte numérisé non relu

REJET DU DÉCRET CONTEE LAFAYETTE

n est que rassemblée prendra leur demande en considération. Le président fait droit à cette réclamation fondée sur la loi. Un très grand nombre de membres s'écrient : « Pourquoi n admettez- vous pas les pétitionnaires à la séance?» Une voix répond : « Parce qu'ils sont parjures à leur serment. » Mais l'assemblée ne pense pas ainsi ; elle décrète l'admission des pétitionnaires ; ils sont introduits au milieu des acclamations des tribunes. Elles avaient déjà beaucoup d'influence , elles allaient en obtenir davantage , grâce à une étrange décision.

Pendant la séance du 7, un commissaire de la salle rapporte à rassemblée que plusieurs citoyens qui suivent exactement les séances sont venus se plaindre de ce qu'on mit retranché quelques places dans les tribunes*, ils ont proposé de nommer entre eux quatre commissaires pour y maintenir la police -, le député ajoute : Ils ont demandé que les commissaires fussent autorisés à requérir les sentinelles pour faire sortir les perturbateurs.ee Je convertis cette demande en motion ; » l'assemblée autorise les quatre commissaires choisis par le peuple à indiquer les perturbateurs. On ne conçoit pas un pareil oubli des plus simples règles de la prudence. Abandonner la police des tribunes au peuple , c'était presque abdiquer la police de la salle , et même la liberté des délibérations de l'Assemblée nationale. Elle ne tardera pas à sentir les conséquences d'une telle concession.

On se rappelle le renvoi de la pétition de Lafayette à la commission extraordinaire des douze. Dans le cours du mois de juillet, on avait vu s'élever, à ce sujet, des discassions qui semblaient encore avoir aggravé la position du général, car on ne doutait pas alors , et l'on peut encore moins douter aujourd'hui, qu'il n'eût proposé au maréchal Lukner, sinon de marcher sur Paris pour en arracher le r oî, au moins d'envoyer son armée contre Y Assemblée législative et contre la capitale. Le 8 août suivant , Jean

Debry, au nom de la commission , vint, après un discours véhément et sévère, proposer le décret d'accusation contre Lafayette. Vaublanc le défendit avec éloquence, et trouva dans Brissot un adversaire d'autant plus dangereux qu'il parlait de conviction , et qu'en effet le général ne pouvait être en ce moment , aux yeux des défenseurs de la cause nationale, qu'un conspirateur et un apostat, qui touchait au rôle d'un révolté. EnBn on met aux voix le décret d'accusation ; la première épreuve est douteuse ; on procède à l'appel nominal, et l'Assemblée nationale, à le majorité de quatre cent six voix , contre deux cent vingt-quatre , décrète qu'il n'y a pas lieu à accusation. Ce décret, couvert d'applaudissemens dans le sein de l'assemblée, excita au plus haut degré les murmures du peuple, et prouva combien cette assemblée était encore loin des résolutions hardies qu'elle devait sanctionner deux jours après. Rien n'atteste que la cour et Louis XVI aient tenté la moindre démarche tendant à protéger l'accusé ou à obtenir des suffragesen faveur d'un homme qui venait déjouer sa tête pour sauver le roi et la royauté. Cette ingratitude et cette lâcheté ne sont pas seulement un crime, elles sont encore la plus grave des fautes. Dans tous les temps, et surtout en révolution, il faut soutenir ses amis , sous peine de ne trouver aucun appui dans les jours de péril. Un mauvais génie ne donnait du courage à Louis XVI que par instans, et presque toujours pour refuser ce qu'il aurait fallu accorder, ou pour défendre ceux qui avaient démérité complètement du pays.

Le même jour, sur les places et dans les rues, le peuple se réunissait plein d'émotion ; des orateurs , détachés des clubs et enflammés par la passion , échauffaient sa colère en accusant de faiblesse et de lâcheté les représentansdela nation. Le lendemain 9, l'assemblée apprend avec douleur, par une vingtaine de lettres, que plusieurs de ses membres, qui arrivent successivement dans son sein, ont été maltraités, battus, menacésdemort pour avoir prononcé en leurame

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