PRÉLUDES D'INSURRECTION
montre comme une divinité tutélaire à quelques hommes qui n'attendent plus que le moment de la proclamer. Elle apparaît comme un fantôme à Louis XVI, qui lavait souvent entrevue dans les songes de sa terreur. Tout le peuple s'émeut-, les députés se rendent à leur poste; la séance est reprise sous la présidence de Pastoret, qui cède bientôt le fauteuil au président Merle t. Les amis de la couronne volent aux Tuileries ! Le rappel est battu dans toutes les rues, et les gardes nationaux se réunissent lentement. Rœderer est appelé par le roi. Mandat, chef pour ce jour de la garde nationale, arrive au palais avec Boubé , secrétaire général de l' état-major. Pétion, mandé par la cour, ne tarde pas à venir auprès de la famille royale , il avait avec lui Brûlé et Dufourni, membres de la Commune. L'intention de la cour était de retenir et de garder auprès d'elle, comme un otage cher au peuple, le maire de Paris, que l'on soupçonnait avec raison de prêter la main aux insurgés , ou du moins de n'avoir rien fait pour empêcher l'événement qui allait avoir lieu. Pétion s'aperçut bien qu'il était surveillé; il devina les projets des courtisans; et sans rien perdre de son sang-froid, ni paraître inquiet, il sut faire prévenir la Gironde de la dangereuse situation où il se trouvait.
Un événement sinistre avait donné en quelque sorte le signal de la terrible action qui allait marquer en caractères de sang sa place dans la révolution. A l'aube du jour, on avait arrêté dans les Champs-Elysées , et conduit au corps-de-garde des Feuillans, un groupe de dix-sept personnes armées de pistolets et d'épées. Tout devient sujet d'alarmes et cause de malheur dans des momens pareils ; aussitôt le bruit se répand parmi le peuple qu'on a surpris une fausse patrouille composée de sicaires apostés par le château. La nouvelle vole de bouche en bouche ; le peuple accourt, des cris d'extermination se font entendre; un officier municipal survient, et demande qu'on
laisse aux tribunaux le soin de punir les coupables. Onze de ces infortunés perviennent h s'échapper. La rage des assiégeans redouble. Arrive la fille Théroigne de Méricourt, pythonisse de carrefour, assez belle de sa personne, douée d une certaine éloquence populaire, presque toujours ivre de vin, d'eau-de-vie et de révolution. En habit d'amazone, deux pistolets à la ceinture , un sabre en baudrier , cette furie pénètre au comité , où Ton interrogeait les six personnes qui restaient de la patrouille suspecte , et les demande au nom du peuple. En même temps la foule envahit le comité , arrache les victimes, les conduit dans la cour, et les massacre sans pitié : leurs cadavres sont traînés jusque sur la place Vendôme, leurs têtes, placées au bout d'une pique , et leurs corps abandonnés à la rage des femmes qui composaient la plus grande partie de cet amas de meurtriers. Suleau, condisciple de Camille Desmoulins et de Robespierre , pour lesquels il conserva toujours de l'amitié, malgré ses dissentimens d'opinions avec eux, écrivain royaliste , acharné contre le duc d'Orléans , et l'un des plus imprudens séides de la cour, était au nombre des victimes par lesquelles la fureur populaire préluda aux terribles exécutions de la journée.