TRIBUNAL EXTRAORDINAIRE
les membres les plus ardens de rassemblée, obtint enfin la majorité des suffrages. Ce décret ordonnait la formation d'un tribunal extraordinaire, pour juger les crimes du 10 août, et les autres crimes y relatifs, circonstances et dépendances.
Le tribunal, nouvellement institué, fut divisé en deux sections, qui jugeaient sans appel et en dernier ressort ; mais il ne s'appela pas encore le tribunal révolutionnaire : quand il aura pris ce nom, il sera, jusqu'à la chute de Robespierre, et même encore quelque temps après, la haute justice des Jacobins, également redoutable à tous, même à ses fondateurs ; il immolera tour à tour l'éloquente Gironde, Danton, et Robespierre lui-même avec la Commune de Paris , qui toutefois ne sera plus celle du 10 août. Cette institution , dont personne ne soupçonnait alors le terrible avenir , ne causa point de grandes alarmes, les citoyens, occupés de la présence de l'ennerai sur nos frontières, considéraient comme utiles et nécessaires toutes les mesures de rigueur qui tendaient à prévenir ou réprimer les conspirateurs du dedans, regardés par tout le monde comme des auxiliaires prêts à seconder les armées étrangères.
Ces armées resserraient sans cesse le cercle qu elles avaient formé autour de la France, et s'avançaient avec d'autant plus de confiance que nos généraux, Lafayette à leur tète, perdaient un temps précieux en intrigues politiques, et semblaient donner plus d'attention aux événemens de Paris qu aux mouvemens des camps ennemis.
Malgré l'influence de leurs généraux , tous dévoués à Tordre constitutionnel, les armées, fortement imprégnées de l'esprit de la révolution, et remplies des accusations sans cesse renouvelées contre Louis XVI et sa cour , ne tenaient que par des liens très faibles à ce prince , qui d'ailleurs n'avait aucune des qualités nécessaires pour exciter l'enthousiasme du soldat. L'événement du 10 août ne
fit pas sur eux l'impression défavorable à laquelle s'attendait Lafayette : les uns le Tirent avec indifférence , les autres l'adoptèrent' avec empressement ; an camp de Lauterbourg , commandé par Kellermann , officiers et soldats jurèrent à l'envi une obéissance aveugle aux décrets de l'assemblée. A Strasbourg, les députés commissaires trouvèrent d'abord quelques difficultés. Le général Biron s'était empressé de déclarer sa soumission, mais le maire Dietricb , Cafarelli-Dufalga , Victor de Broglie et Desaix voulurent organiser une espèce d'opposition : elle n'obtint pas l'assentiment de l'armée. Cafarelli-Dufalga ira mourir en Egypte , sous un chef dont la France ignorait encore le nom ; Dietricb et Victor de Broglie périront sur l'échafaud -, Desaix vivra pour illustrer son pays et recevoir des Arabes le nom de Sultan- Juste.
Pendant les adhésions données par les autres armées , de graves événemens agitaient celle qui obéissait aux ordres de Lafayette, encore tout émue des souvenirs du 20 juin et de la tentative infructueuse de son chef pour venger et sauver le roi. Forte d'à peu près vingt-huit mille hommes, cette armée occupait une assez bonne position entre Sedan et Mou son. C'est dans son quartier-général , qui touchait à la première de ces villes, que Lafayette avait appris l'insurrection du 10 août. Il comptait sur son état-major, sur l'affection des soldats , sur leur serment d'obéissance à la constitution de 1791 , qui pourtant n'était pas sacrée pour eux comme pour lui -, il espérait rallier soixante-quinze départemens, dont les conseils généraux avaient adhéré à sa lettre du 16 juin $ il osa lever l'étendard contre la législation , par une première proclamation , en date du 15. Bientôt instruit de l'envoi de trois commissaires par cette assemblée , il se hâta d'appeler à lui la municipalité de Sedan -, dans leur réunion on décida que les trois envoyés du Corps législatif seraient arrêtés. Une délibération de la Commune, délibération motivée sur