LAFAYETTE
le défaut de liberté de l'Assemblée nationale consacra cette résolution -, en conséquence , et aussitôt après leur arrivée, les commissaires furent conduits à l'hôtel-de- ville, où le maire Desrousseaux les interrogea et leur dit : « Je tous demande , messieurs , si , lorsque l'assemblée a rendu le décret dont tous êtes porteurs, elle était parfaitement libre? » Kersaint répondit que Paris était armé , et que l'assemblée siégait au sein d'un orage menaçant pour ellemême. Alors le maire reprit : « Tous n'êtes point les députés du Corps législatif, vous êtes les députés d'un parti qui vous tient captifs , et force l'assemblée à voter la destruction des lois que nous avons tous jurées.. Le quartiergénéral est hors la ville ; ainsi nous ne sommes pas forcés par Lafayette -, mais depuis votre entrée dans cette commune , vous cherchez à soulever le peuple. . . Nous devons vous considérer comme des otages qui nous répondront de lasûretéde nos députés. » Après cette allocution , le maire prit les voix du conseil général et de la municipalité -, l'unanimité décida de faire conduire les commissaires au château de Sedan , et de requérir le général de leur donner une garde. Les commissaires cherchèrent à gagner Lafayette ; ils lui firent demander une conférence qu'il refusa-, c'était la première résistance armée et un peu sérieuse qu'éprouvait la représentation nationale. Néanmoins, on s'étonne , et l'on a droit de s'étonner du manque d'audace des trois députés dans cette circonstance. Gomment le courageux Kersaint, comment surtout le fameux maire d'Arles, qui avait joué un si grand rôle dans le midi, cet Antonelle, que Marseille nous avait envoyé comme un second Mirabeau, ne surent-ils pas imposer à une municipalité rebelle et soutenir avec plusde fierté l'honneur de la représentation nationale outragée dans leurs personnes?
Fort de leur faiblesse, abusé par des illusions, Lafayette essaya réellement de soulever son armée en faveur de Louis XVI et contre la journée du 10 août. La proclamant 1 4
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lion dans laquelle il disait à ses compagnons d'armes : ((Ainsi, chers camarades, l'armée n'a plus de chef, la nation n'a plus de représentant héréditaire , l'Assemblée nationale est esclave à Paris, Pétion règne avec ses satellites, » produisit une fermentation extrême parmi les soldats. Violateurs delà loi, qui défend les délibérations à laforce armée, ils s'assemblèrent à leur tour, et vinrent déclarer à Lafayette que, pénétrés d'indignation pour les crimes atroces dont les factieuxvenaient de souiller la capitale, ne reconnaissant plus V Assemblée législative actuelle, depuis qu'au mépris de toutes les lois , elle avait renversé la constitution; pleins de confiance en leur général, ils étaient prêts à marcher partout où il voudrait lesconduire, et le priaient instamment de prendre avec les départemens , seules autorités constituées existantes , tous les moyens de rendre aux lois leur force, à la nation et au roi la liberté que la tyrannie et le crime leur avaient ôtée.
Ce triomphe de Lafayette fut de courte durée. L'assemblée envoya de nouveaux commissaires; une proclamation pleine d'adresse et de dignité, flatteuse pour les défenseurs de la patrie, qu'elle séparait habilement de leur chef, allait ramener les esprits ; mais elle n'était pas nécessaire : déjà les canonniers, qui, au dedans comme au dehors, n'ont cessé de manifester à toutes les époques leur penchant pour la révolution et la liberté, avaient refusé d'adhérer à la protestation contre les décrets de l'assemblée. Une revue passée par Lafayette, à l'effet d'obtenir de chacun le serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi, lui montra des dispositions défavorables dans l'armée. D'un autre côté , Dumouriez , dont il avait ordonné l'arrestation dans son camp de Maulde, avait refusé de prêter l'ancien serment, et Dillon, d'abord entraîné dans le parti de la résistance , avait promptement changé d'avis. D'autres défections, l'opposition formelle des membres du département de l'Aisne qui ordonnait à tous les citoyens d'arrêter le général