‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 57 sur 125 · LAFAYETTE · texte numérisé non relu

LAFAYETTE

leur vengeance l'auteur de la proclamation des droits de l'homme. On promena les captifs de Wesel à Magdebourg, h Reisse , et enfin de Reisse à Olmutz. C'est là que d'affreux cachots les attendaient. Tout le génie inquisiteur et malfaisant y toute la froide barbarie de la police autrichienne, qui ressemble beaucoup à celle de Venise au temps du règne de fer de son conseil des dix , épuisèrent leur funeste science pour torturer et désespérer Lafa jette. Il aurait pu voir tomber ses fers en rétractant une seule de ses opinions, celle , par exemple, qui était relative à la suppression de la noblesse ; jamais il ne consentit au plus léger désaveu de ses principes et de ses actions politiques. Il fut long-temps seul dans son cachot , privé du commerce de ses compagnons, dont il ignorait la vie ou la mort, sevré du plaisir d'entretenir quelque correspondance avec ses amis de France. Tant de malheurs et de privations ne purent abattre son courage et troubler un moment la sérénité de son ame. Enfin l'ange de la tendresse conjugale , sous les traits de madame Lafayette, descendit dans la prison du martyr de la liberté ; il y eut là de célestes consolations, Lafayette était admirable à les raconter -, il en parlait bien plus que de ses souffrances ; elles avaient pourtant été bien cruelles, mais il aurait cru , en se plaisant aies retracer avec un trop vif souvenir, perdre quelque chose du calme avec lequel il les avait supportées. On pourra juger de l'état de cette ame aux prises avec l'adversité par une lettre que le prisonnier écrivit à M. d'Archenbolz à Hambourg : elle est datée de Magdebourg, le 27 mars 1795 ( i ). La conduite du gouvernement autrichien envers un tel homme, trouva de nombreux censeurs, « Cette extraordinaire sévérité, dit Bigland en parlant de la captivité de Lafayette , envers des hommes dont l'opinion était suivie par la majorité et la plus estimable partie de la nation française , fut une erreur

(i) Voyez la note 3 'à la fin de ce volume.

funeste, dans an moment où ils n'étaient proscrits que parce qu'ils avaient tenté d'appuyer nn trOne que, sans doute, ils affaiblirent trop d'abord, mais qu'en dernier lien ils voulaient préserver. L'absurde politique qui décida les souverains à les traiter avec une si grande dureté produisit bientôt de f&cheux résultats pour la coalition, montrant ainsi à quelle vengeance on était réservé si la contre-révolution s'effectuait. Cette politique ainsi que le manifeste du duc de Brunswick conduisit à l'union générale pour défendre le territoire. »

Un incendie plus redoutable que cette révolte éphémère du seul défenseur de la constitution de 1791 commençait à s'allumer dans la Vendée , où le système des imprudentes persécutions adoptées contre les prêtres, la chute du trône et la destruction imminente de la royauté agitaient violemment un peuple auquel on pouvait appliquer ce que Montaigne dit des habitans de 111e des Dioscorides : « Peuple chrétien ayant des églises et des autels, au demeurant, si simple que de la religion qu'il observe si scrupuleusement, il n'entend un seul mot.» La superstition, le fanatisme, un immense besoin d'indépendance et de liberté , un inviolable respeet du passé, caractérisaient et caractérisent encore les habitans de certains département de l'ouest. Le soldat vendéen portera un scapulaire sur le champ de bataille -, il se prosternera devant la vieille statue d'un saint, mais non devant la nouvelle ; on le verra tomber à genoux pour prier avant de combattre , mais il n'obéira qu'à des commandans de son choix. Un garde-chasse, un charretier, un homme du peuple enfin, sera son chef de préférence i un duc ou un comte, si le roturier a plus de cœur et de talent que le duc ou le comte.

Les nobles vendéens avaient formé plusieurs projets en faveur de Louis XVI avant la fuite de Varennes ; mais les fautes et l'arrestation de ce prince infidèle à toutes ses promesses et toujours au - dessous des circonstances avaient

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suspendu l'effet de leurs bonnes intentions. Depuis , ia plus grande partie d'entre eux s'était jetée dans le parti de 1 émigration -, les autres s'étaient réfugiés dans le pays après le iO août : ainsi Lescure et La Rochejaquelain se trouvaient au château de Glisson ; le brave et généreux Bonchamp habitait son château de La Baronnière'; dlïlbée , que sa vertu et ses sentimens religieux avaient rendu si cher aux paysans , vivait tranquillement à la Loge ; Gharette , de retour d'un voyage à Goblentz , Gharette homme de plaisir , intrigant habile , et d'un esprit délié , tenait une cour de galanterie dans son habitation de Fonte-Clause , au fond du Bas-Poitou. Malgré cette espèce dé dispersion et cette attitude calme des chefs qu'attend à leur insu une si grande célébrité , pourtant une correspondance régulière s'était établie entre quelques Vendéens , l'armée autrichienne et les émigrés. La proclamation du duc de Brunswick fut répandue avec profusion dans tous les départemens de l'ouest; en même temps M. de Galonné , l'ame damnée des princes et surtout du comte d'Artois , envoya des commissions signées , ainsi que de faux assignats à M. delaRouairie, en lui disant : Euge, macte cftiimo, vir generose. Le correspondant que choisissait Calonne, au milieu de tant de braves gens et d'hommes de cœur prêts à se dévouer pour la cause royale, était digne de lui. Ancien officier aux gardes françaises, perdu, de réputation et de dettes , mais actif et brave , ce premier agent de la contre-révolution dans la Vendée avait assez habilement formé un projet de fédération pour réunir tout le pays dans une croisade contre l'Assemblée législative. Tout semblait préparé pour une explosion, il ne fallait plus que donner le signal ; ce furent Delouche, maire de Châtillon, et Baudry d'Asson, gentilhomme poitevin, qui se chargèrent de ce funeste prélude. Le tocsin sonna, le 24 août, dans plusieurs communes ; un attroupement considérable se porta sur Châtillon, et mit le feu à la maison du dis-

trict , dont les administrateurs se virent contraints de se réfugier à Bressuire. Cette ville fut attaquée le lendemain ; mais des gardes nationaux, accourus pour la défendre , repoussèrent les insurgés , et firent des prisonniers que le tribunal de Niort, indulgent par politique r ne voulut point condamner. Tous les torts furent rejetés sur les absens ou sur les morts. Delouche se sauva d'abord; mais depuis il fut arrêté à Nantes. Baudry parvint à se dérober aux poursuites; nous le verrons figurer dans les guerres de la Vendée, où il trouvera une mort honorable.

Ce mouvement n'était dû qu'à une exaltation imprudente et irréfléchie, à un bouillonnement de colère de Baudry ; il ne fut point soutenu par le pays, et la levée de boucliers qu'il avait faite ne pouvait avoir aucune conséquence grave. Cependant l'assemblée, qui avait conçu des alarmes et qui trouvait les prêtres dans toutes les manœuvres contre-révolutionnaires , eut la fatale inspiration de passer à un excès de sévérité contre une caste d'hommes qu'elle regardait comme les plus dangereux fauteurs d'une guerre civile dont elle pressentait les immenses dangers. Le 26 août, elle* adopta une loi portant que tous les ecclésiastiques qui étaient assujétis au serment par la loi du 26 novembre 1790 et celle du 29 novembre 1791, et qui ne l'auraient pas prêté, ou qui l'auraient rétracté, sortiraient sous huit jours de leurs départemens -, dans quinze du royaume, sous peine de déportation à la Guiane. Ils devaient recevoir six sous (assignats) par lieue jusqu'à la frontière.

Ce décret , et tous les autres rendus dans le même esprit contre les ministres de la religion , qui étaient , il est vrai , des ennemis jurés de la liberté , allaient directement contre leur but, et ne firent que susciter à la république , des embarras et des dangers plus redoutables que toutes les autres épreuves par lesquelles nous devions passer dans le cours de la lutte révolutionnaire.

Rien de plus sage , au contraire , que le décret du même

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