‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 60 sur 125 · SUPPLICE DE LAP0RTE · texte numérisé non relu

SUPPLICE DE LAP0RTE

trop convaincu de toutes les menées contre-révolutionnaires qui se faisaient autour de Louis XVI, et dont le prince avait la connaissance, perdit la vie en vertu d'un arrêt du même tribunal. Durosoy fut aussi condamné et exécuté. Ce malheureux , jadis enfermé dans la Bastille comme opposé au gouvernement royal, n'avait cessé d'attaquer, de diffamer la révolution et ses défenseurs ; il était l'interprète des sentimens de tous les ennemis de la liberté ; il avait audacieusement publié dans un journal un plan de défense des Tuileries; il ne pouvait échapper à la vindicte publique dans un moment d'effervescence pareil ; elle était extrême; elle s'accrut encore par une circonstance particulière. Avec Laporte, Dângremont et Durosoy on avait mis en jugement plusieurs officiers suisses ; un seul , le major-général Bachmann , avait éprouvé la sévérité du tribunal ; mais , au contraire , le vieux et respectable d'Âffry , commandant-général des Suisses , venait d'être acquitté : il prétendait n'avoir pas paru au. château dans la journée du 10 août; le 2 , malgré les vives sollicitations de la reine, il avait refusé de donner aux Suisses Tordre de tirer sur les citoyens : tels furent les moyens de défense qui le sauvèrent. Malgré ces trois arrêts de mort, le peuple ne cessait d'accuser le tribunal de lenteur et d'une coupable condescendance pour les conspirateurs. L'acquittement de d'Affry donna un nouveau degré de violence à ce reproche ; on criait presque à la trahison : la vengeance voulait et méditait des exemples qui frappassent des coups plus prompts et plus terribles; ils se préparaient.

Roland, comme nous l'avons dit, avait dénoncé à l'assemblée une foule d'actes d'usurpation de la Commune ; Choudieu, le révolutionnaire Ghoudieu lui-même, s'en était indigné. A la suite de plusieurs autres dénonciations qui étaient survenues contre les violences de cette autorité illégale, le président de la Commune, mandé à la barre de l'assemblée, n'avait point paru. Irrité de cette audace,

Henry Larivière déclama contre une autorité rebelle qui méconnaissait les ordres delà représentation nationale-, forcée dans ses dernières limites, la Commune sentit qu'il fallait faire du moins un simulacre d'obéissance, et envoya Pétion et Tallicn pour se justifier, ou plutôt pour braver l'assemblée , et lui déclarer la volonté où Ton était de rester indépendant de son pouvoir. Voici les premières paroles du factieux orateur : rf

« Législateurs, les représentans provisoires de la Commune ont été calomniés-, ils ont été jugés sans avoir été entendus -, ils viennent vous demander justice.

« Appelés par le peuple, dans la nuit du 9 au 10 août , pour sauver la patrie, ils ont dû faire ce qu'ils ont fait. Le peuple n'a pas limité ses pouvoirs ; il leur dit : Allez , agissez en mon nom , et j'approuverai tout ce que vous aurez fait.

(( Nous vous le demandons, messieurs, le Corps législatif n'a-t-il pas été entouré du respect des citoyens de Paris? son enceinte n'a été souillée que par la présence du digne descendant de Louis XI et de l'émule de Marie de Médicis. Si ces tyrans vivent encore, n'est-ce pas au respect du peuple pour l'Assemblée nationale qu'ils en sont redevables? Vous avez applaudi vous-mêmes à nos mesures.

« Vous êtes remontés par nous à la hauteur de représentans d'un peuple libre. . .

«Tout ce que nous avons fait, le peuple l'a approuvé; ce ne sont pas quelques factieux, c'est un million dé citoyens. »

Ici l'orateur , en se vantant de tous les actes de la Commune, ajoute : « Nous avons fait des visites domiciliaires; qui nous les avait ordonnées ?

« Nous avons fait arrêter les prêtres perturbateurs ; ils sont enfermés dans une maison particulière , et sous peu de jours le sol de la liberté sera purgé de leur présence. . .

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