MESURES REVOLUTIONNAIRES
u Hier les citoyens , dans un tribunal , nous ont reconnus pour leurs représentais; ils nous ont juré qu'ils nous conservaient leur confiance.
« Vous nous avez entendus , nous sommes là ; prononcez. Les hommes du 10 août ne veulent que la justice , et qu'or béir à la volonté du peuple. »
On ne peut douter que des hommes qui étaient capables de tenir un pareil langage ne fussent déterminés aux plus redoutables résolutions ; on va voir <quel projet couvait dans le sein des membres de la Commune.
Non seulement le peuple, toujours agité de l'esprit d'insurrection, poussait des cris affreux contre les aristocrates, contre les traîtres, contre Louis XVI et Marie-Antoinette; mais encore la plus grande fermentation régnait parmi les volontaires qui s'apprêtaient à voler aux frontières. Les cinq ou six mille hommes que chaque jour voyait partir pour l'armée voulaient toujours se porter aux prisons, et répétaient sans cesse : « Oui , nous irons aux frontières ! oui, nous le jurons! puisque des traîtres livrent nos places , nos poitrines serviront de remparts à la patrie ; mais avant que de partir , avant de quitter nos foyers, il faut en unir avec les conspirateurs ; nous ne voulons pas que des malheureux , indignes du nom de Français , égorgent nos enfans et nos femmes pendant notre absence ; nous ne voulons pas mourir seuls ! que les lâches qui ont osé appeler des armées impies contre nous, périssent ! qu'il ne reste pas un Français capable , en nous survivant , de se réjouir de notre défaite , et d'insulter à notre mort ! » Le peuple qui environnait ces volontaires applaudissait à leur courage, et répétait leurs paroles de vengeance : « Il faut aller aux prisons, il faut exterminer nos ennemis de l'intérieur, avant d'aller combattre nos ennemis du dehors » , était le cri général.
En voyant cette fureur croissante de moment en moment, le conseil de la Commune, et surtout le comité de in. 10
surveillance où siégeaient Panis, Sergent, Jourdeuil, Duplain, Lefort etLenfant, sous la présidence de Marrât, plus révolutionnaire à lui seul qu'eux tous, et que Danton lui-même, comprirent tout ce que pouvait avoir de terrible et d'illimité la vengeance du peuple. Effectivement , abandonné à lui-même , il pouvait entrer au hasard dans les maisons, immoler tout ce qui se présenterait, sans qu'on eût alors aucun moyen d arrêter le cours de ses vengeances. Tourmentée de cette épouvantable idée, la Commune arrêta le projet de vider les prisons et de régulariser les massacres ; on nomma soixante commissaires ou juges qui s'assemblaient dans une des salles de l'hôtel-deville , où Ton vérifia les écrous sur les registres des prisons : ce sont ces commissaires qui devaient siéger et qui siégèrent effectivement à la Force, à l'Abbaye et ailleurs. Le choix du moyen de se défaire des prisonniers fut délibéré d'avance. On avait proposé d'employer le feu pour les étouffer dans la fumée, à l'exemple de la faction des Bourguignons , sous Charles VI ; mais on avait été retenu par les inconvéniens de la réunion d'une multitude immense sur les différens points menacés. On décida définitivement que les prisonniers seraient immolés par le glaive-, et l'effroyable Maillard reçut en détail toutes les instructions nécessaires à la mission dont il était chargé. Cet homme, qui avait seul désarmé la fureur des femmes , au B octobre, et empêché d'affreux excès , va devenir un chef de bourreaux, et acquérir une éternelle et horrible célébrité. H sort de l'urne des révolutions de grands hommes et des monstres !