CHAPITRE XXIII
Telle était la situation de Paris lorsqu'on apprit la nou- Telle du siège de Verdun par l'ennemi ; on disait même que cette ville était prise. Aussitôt le conseil de défense générale appelle dans son sein le conseil exécutif et une foule de députés. Le ministre Servan désespérait de notre position militaire , tout le monde en désespérait comme lui. On proposait d'armer toute la population de Paris, pour arrêter l'ennemi, et de se retirer au besoin sur Saumur. Guadet, Vergniaud, à l'éternel honneur de la Gironde* furent les deux premiers qui s'opposèrent à cette résolution : « Point de fuite , ce serait une lâcheté inutile ; il faut mourir autour du berceau de la liberté. » Danton, qui jusqu'alors ayait gardé le silence , prit la parole : « On vous propose, dit-il, de quitter Paris; vous n'ignorez point que, dans l'opinion des ennemis , Paris représente la France » Leur céder ce point, c'est leur abandonner la révolution* Reculer, c'est nous perdre ; il faut donc nous maintenir ici par tous les moyens et nous sauver par l'audace. » On s'attendait ici à
un ensemble de mesures enfantées par le génie révolutionnaire du tribun; il n'en avait qu'une seule, mais grande, terrible et salutaire suivant lui , qu'il laissa entrevoir sans déchirer tout à fait le voile qui la couvrait. « Il est un directoire royal qui siège secrètement à Paris , et correspond avec l'armée prussienne. Vous dire où il se réunit est impossible aux ministres. Mais pour le déconcerter et empêcher sa funeste correspondance avec l'étranger, il faut... il faut faire peur aux royalistes, » A ces mots, accompagnés d'un geste de mort, chacun frissonne, « II faut, vous dis-je, leur faire peur. » Tout le monde sentit qu'il -y avait du sang dans la pensée du ministre , et se retira dans la consternation sans oser l'interroger -, Roland même garda le silence \ mais il avait conservé un souvenir profond de cette séance , où Danton était apparu comme le démon de la révolution.
Dans la ville, tout le monde était épouvanté ou en fureur. Un aristocrate s'était évadé de prison-, on l'apprend , et il semble que cette évasion soit le signal de la délivrance de tous ses pareils prêts à exécuter le complot révélé par un condamné , et qui ne tendait à rien moins qu'à la destruction des patriotes. Les députés éclatent en menaces contre les traîtres. Gambon avait demandé vengeance contre les geôliers-, Henri Larivière , le même qui venait de tonner contre les usurpations et les violences de la Commune , se ralliant à elle tout à coup , annonce d'une manière vague , mais qui n'en était pas moins effrayante , que les patriotes ont résolu d'en finir.
Le 2, à neuf heures du matin, Thuriot soutient qu'il faut agrandir le pouvoir de la Commune, et propose de composer cette terrible autorité de trois cents membres élus par le peuple. À cet orateur véhément succède le conseil de la Commune lui-même; il vient faire part d'un plan de défense , et annonce que la poclamation suivante allait être affichée :