DÉPART DES VOLONTAIRES
leur route le plus touchant accueil ; on allait au devant deux, tm se les disputait:, chaque famille les traitait comme des enfans de la maison ; la foule les entourait sur les places publiques, et ne pouvait se lasser de les voir. A leur départ on les comblait de caresses, on les reconduisait eu faisant des vœux pour leur prompt retour et pour le triomphe de la cause nationale. Oh ! qu'elle était belle cette époque d'enthousiasme et de patriotisme, où tout conspirait au salut de la France! Pendant que ses fils couraient embrasser le drapeau de la liberté , les administrateurs , les magistrats , les simples citoyens ne se montraient pas moins dignes de l'admiration par leur zèle, par leurs travaux, parleurs sacrifices, par une abnégation absolue de l'intérêt personnel. Un sentiment unique et profond, l'amour de la patrie , réveillé dans tous les cœurs où le despotisme semblait lavoir éteint, avait en quelque sorte fait une nouvelle France digne de l'ancienne Gaule, aux temps qui la virent déployer tant d'héroïsme pour défendre son indépendance contre les Romains et César. Un décret de T Assemblée nationale, en accordant à tous les Français , presque sans exception , l'exercice des droits du citoyen , avait singulièrement relevé le peuple à ses propres yeux -, il se montrait fier de posséder la liberté. Il sentait par luimême que ses législateurs, ses magistrats , s'occupaient de lui, voulaient son bonheur et sa gloire, et il bénissait la révolution. Avec de telles convictions, répandues dans les masses, on peut tout attendre d'un pays .-aussi la France était -elle grosse de prodiges.
Mais malgré ces belles apparences, malgré cet élan général, la révolution n'en était pas moins exposée à de grands périls au dedans et au dehors, si une autorité puissante ne venait saisir le timon des affaires et imprimer une direction unique à la France pour l'empêcher de disséminer ses forces , et de s'épuiser par la multiplicité des efforts privés d'ensemble et de direction. Le ministère faisait tout
ce qu'on devait attendre de son zèle et de sa capacité ; il rendait de véritables services , il administrait avec soin au milieu des obstacles immenses qui embarrassaient sa marche , mais il ne gouvernait pas. Il renfermait pourtant dans son sein un être extraordinaire : Danton pouvait enflammer un peuple , soutenir son énergie , rassurer une grande capitale ébranlée h l'approche des ennemis, la sauver même; il pouvait se former promptement aux grandes affaires , mais il n'avait ni la constance , ni l'esprit de suite , ni l'amour du travail avec lesquels on gouverne. La nation ne se serait point ralliée à la Commune , composée d'hommes d'une portée ordinaire, à l'exception de Robespierre, qui avait de l'avenir, mais qui manquait d'audace et d'expérience , et n'était propre qu aux combats de la tribune. L'Assemblée nationale , convaincue elle-même de son insuf fisance et n'ayant osé s'emparer de l'autorité suprême , allait disparaître de la scène : il fallait une création nouvelle; nous allions la demander au peuple; le sort de la France dépendait des citoyens que son vœu allait mettre à la tête des affaires.
Deux classes paraissaient presque entièrement exclues des élections par l'esprit même de la révolution. Aux yeux du peuple, les nobles et les prêtres étaient en quelque sorte comme deux tribus d'ilotes. L'aristocratie des richesses , qui tremblait de se montrer-, l'aristocratie bourgeoise, qui avait paru vouloir surgir de la garde nationale, se trouvaient en état de suspicion; les supériorités scientifiques et littéraires ne comptaient pour rien , à moins qu'elles n'eussent pour titre de faveur une réputation de patriotisme. Il ne restait donc que la classe moyenne, rapprochée du peuple par la conformité dessentimens et parle besoin d'assurer et d'étendre leurs communes conquêtes sur le despotisme et les privilégiés. Le peuple devait nécessairement incliner pour des hommes sortis de son sein ou qui n'étaient séparés de lui que par le moins d'intervalle possible. Aux termes d'un