‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 71 sur 125 · ÉLECTIONS · texte numérisé non relu

ÉLECTIONS

décret , les assemblées primaires se réunirent le 86 août , les assemblées électorales procédèrent ensuite à la nomination des députés à la Convention nationale , convoquée pour le 2i septembre suivant. Paris , qui n'était plus le Paris de 1790 ou de 1791 , mais le foyer brûlant d'où la révolution se répandait sur la France, choisit des hommes de révolution indiqués, présentés, soutenus par les Jacobins, et les Cordeliers. Les souvenirs et les mémoires du temps s accordent à dire que Robespierre exerça sur les choix une influence plus grande que celle de Danton lui-même. A la tête de la députation du département de la Seine paraissaient Camiile-Desmoulins, le premier insurreeteurde juillet 1789 , homme de peu d'apparence et d'un si beau talent d'écrivain-, Maximilien Robespierre, le favori du peuple et décoré du nom d'incorruptible -, Danton , le ministre de la justice qui , par penchant et par pudeur, prenait le nom de ministre de la révolution; Legendre ,' le Rlossius de cet autre Gracehus ; le trop célèbre Billaud-Varenuèsj le révolutionnaire Manuel, qui auprès de lui n'était qu'un modéré ; Collot-d'Herbois , homme à la tête exaltée, dont la personne , l'attitude et les gestes laissaient deviner les habitudes d'un comédien déclamateur, mais quelquefois entraîné par une chaleur communicative ; le terrible Ma rat, l'épouvantai! de presque tous les partis. Venaient ensuite l'avocat Panis , prosterné par l'admiration aux pieds de Maximilien-, le graveur Sergent, membre influent de la Commune du fO août -, le cynique et impétueux. Chabot ; le journaliste Fréron, peu régulier dans ses mœurs, élevé à l'école de son père , comme lui écrivain sans retenue , et devenu tout à coup révolutionnaire fougueux par entraînement et par faiblesse -, Robespierre jeune , homme d'un cœur ferme, et porteur d'un nom auquel semblait attaché la réputation d'un patriotisme sévère et sans tache ; Laignelot , auteur de quelques tragédies oubliées , esprit cultivé, tête ardente et mobile ; le duc d'Orléans, que Ma-

nuel avait fait baptiser du nom d'Egalité par le peuple , et dont on commençait à oublier les services peut-être parce que son nom n'avait été prononcé ni au f août ni au 2 septembre , car les partis veulent surtout que leurs chefe se compromettent. On comptait encore dans la députatton le célèbre peintre David , exalté par le génie de son art , caractère sombre , et marchant dans la révolution comme dans un vaste pérystile qui devait conduire à un temple antique, où l'on retrouverait la statue de la liberté, telle quelle était adorée dans Rome et dans Athènes. Après lui, venaient Fabre d'Églantine, écrivain spirituel, étincelant de verve comique, mais adonné à l'intrigue, et véritable Figaro politique; Lavicomtrie, homme de lettres sans talent, et quelques autres assez obscurs. Au milieu de cette députation, s'élevait, comme une 6gure & part, le vieux-Dussault, traducteur du Juvénal, philosophe pratique , qui avait embrassé la révolution par un désir ardent de la félicité générale , homme de bien , dont toute la personne représentait fidèlement l'élite de l'ancienne bourgeoisie avec sa simplicité héréditaire, avec sa haute probité, avec le sentiment d'une certaine dignité personnelle , et ses mœurs polies, élégantes et pures.

Gomme on le voit , Paris n'avait pas nommé un seul Girondin. L'ardente opposition de Louvet , dans son journal de la Sentinelle , ta probité courageuse de Roland , les harangues tribuniciennes d'Isnard, les attaques mortelles de Brissot contre la royauté, personnifiée en Louis XVI, le courage indompté de Barbaroux à la tête des Marseillais, les violentes poursuites de Guadet contre Lafayette , l'admirable éloquence de Vcrgniaud, dont on aimait en outre le caractère, n'avaient pu leur obtenir les suffrages du corps électoral de Paris, placé sous l'influence toute puissante des circonstances , exploitées avec autant d'ardeur que d'énergie par les Jacobins et les Cordeliers. Ceux-ci multipliaient leurs efforts pour écarter de la Con-

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