‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 72 sur 125 · ÉLECTIONS · texte numérisé non relu

ÉLECTIONS

vention tout le côté droit. Ib avaient fait imprimer la liste de tous les votes émis dans la législature, et , joignant à ce document trop significatif toutes les accusations contre les députés anti-populaires, ils désignaient particulièrement à l'exclusion les membres qui avaient absous Lafayctte et combattu la déchéance. Les Jacobins apportaient encore le plus grand soin & traverser la candidature des amis de Vergniaud, suspects à leurs yeux comme des hommes qui avaient voulu traiter avec le roi la veille du 10 août, comme de beaux parleurs incapables de s'élever à la hauteur révolutionnaire. Cette dernière conviction avait aussi écarté Pétion , jacobin par la pensée , girondin par caractère , et qu'il fallait toujours mettre aux arrêts le matin ou la veille d'une révolution. Mais on gardait cette opinion au fond du cœur, et voici sous quelle couleur le parti déguisait la vérité : a Nous avons besoin de Pétion à la municipalité \ laissons-le à son poste où il nous rend d'immenses services. » Dans le fait, Pétion n'était déjà plus l'idole du peuple. Pétion descendait, et Robespierre montait. Cependant le premier de ces députés avait encore un rôle important à remplir avant de céder entièrement la place & son antagoniste. Malgré tous les efforts du parti jacobin, les membres de la Gironde furent réélus dans les départemens, et virait arriver à la Convention des collègues qui devaient y former avec eux un côté droit, et soutenir contre les Jacobins une querelle terrible, qui finira par la mort ou l'exclusion des imprudens provocateurs. En face de ces modérés dont les chefs auraient paru les plus violens des tribuns aux Dumas, aux Vaublanc et à leurs amis, venaient siéger, comme députés du peuple , des hommes simples dans leurs mœurs, modestes dans leurs habitudes, énergiques dans leurs sentimens; ennemis jurés de tous les privilèges, partisans déclarés de l'égalité , révolutionnaires par conviction , ne connaissant de moyen de salut que dans l'intervention du peuple , et jaloux de l'attacher invinci-

bleraent à la cause de la liberté par des bienfaits réels , qui rendraient sa condition meilleure , et par des lois qui mettraient au premier rang la dignité de citoyen. Aucun de ces séides du peuple ne saurait prévoir ce qui va sortir du milieu d'eux, mais chacun arrive avec le pressentiment de quelque chose d'extraordinaire , et se promet de ne reculer devant aucune des résolutions que la fatalité des circonstances pourra lui imposer. Fautes ou mesures habiles , crimes ou vertus, tout sera extrême dans ces hommes dont les pareils ne se retrouveront plus , et qui amènent avec eux, sans le savoir, la république, la mort de Louis XVI et de Marie-Antoinette, la guerre civile , la ruine des Girei* ëins, des arrêts de proscription , des lois sages et vraiment populaires, le comité de salut public, la terreur, la victoire et enfin le triomphe de la république , que les envoyés des rois viendront reconnaître dans la capitale de notre France, à la barre de rassemblée, qui aura menacé leurs trônes et fait trembler le sol sous leurs pas.

La Commune de Paris , qui venait de faire les élections, avait achevé , depuis le 2 septembre , de s'emparer de l'autorité absolue ; elle disposait de tout au gré de ses volontés et des besoins du service public -, elle s'était procuré des valeurs immenses dans les visites faites chez les employés de la maison du roi, particulièrement chez Septeuil, trésorier de la liste civile ; elle avait confisqué l'argenterie des églises -, elle se faisait délivrer des sommes considérables par le trésor, sous le prétexte de soutenir la caisse de secours , si utile au peuple, et de faire achever les travaux du camp sous Paris. Tous les effets, toutes les choses précieuses, saisis sur les malheureux Français immolés, soit au 10 août, soit au 2 septembre, étaient déposés dans les vastes salles du comité de surveillance, qui en disposait à volonté, et mettait encore en vente le mobilier des grands hôtels , sur lesquels étaient apposés les scellés depuis le départ des propriétaires. Aussi ennemi du désordre et du

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vol qoe des crimes sanglans, Roland, avec sa probité incommode, et au risque d'amener les pies violentes haines sur sa tête , demandait chaque jour des comptes & la Commune , qui , soutenue des Jacobins, refusait de répondre et de se justifier. Ce n'est pas que les membres eussent détourné & Heur profit l'argent ou les autres valeurs déposés à la mairie; mais ils avaient employé au service public et au maintien de la révolution tout ce qui se trouvait sous leurs mains : après avoir renversé un trône au nom du peuple , ils croyaient pouvoir disposer, au nom du peuple, de toutes les propriétés mobilières que la victoire ellemême avait remises en dépôt & ses magistrats. On a bien cité quelques larcins obscurs. Les journaux du temps ont nommé un Vilain d'Aubigny, accusé de soustractions honteuses , à plusieurs reprises, et que l'incorruptible Maximilien défendit & la tribune par ces mots remarquables : « Non, celui qui a contribué au 10 août n'a point volé. » Mais, excepté cet homme sur lequel une tache semble être restée, et quelques autres collègues dignes de l'imiter, le désintéressement parait avoir régné parmi les membres de la Commune-, tous ou presque tous sont sortis de fonctions aussi pauvres ou plus pauvres qu'ils n'étaient en y entrant. Cependant le ministre de l'intérieur et ses amis, ardens à saisir une occasion de flétrir leurs adversaires , et de faire tomber la Commune sous le poids du mépris public, ne leur épargnaient pas les reproches de dilapidation. On était au fort des dissensions occasionées par ces reproches, lorsque Roland , le 17 septembre , vint dénoncer la spoliation du garde-meuble et (enlèvement d'une partie des diamans de la couronne. A cet égard, les soupçons s'élevèrent jusque sur l'archiviste Camus , l'un des hommes les plus probes de France ; mais la faction de la Gironde et, d'accord avec elle en ce point, tous les ennemis de la révolution s'accordèrent pour accuser la Commune de Paris, et Manuel particulièrement.

Ces imputations, qui obtenaient alors tant de crédit, et qu'on a répétées avec complaisance dans plusieurs ouvrages sur la révolution, devaient s'évanouir au grand jour de la vérité. Un écrit récemment publié par Sergent , l'un des administrateurs du comité de surveillance ( i) , qui , à laide d'une révélation presque miraculeusement obtenue, fit rétablir dans le trésor les diamans volés , prouve jusqu'à l'évidence que la prétendue manœuvre criminelle du parti révolutionnaire n'était que le coup de main habile de quelques brigands de profession , tentés par l'appât d'un gain immense. Quel nouvel exemple du danger de ces accusations imprudentes et mensongères avec lesquelles des hommes du même parti se font une guerre à mort, et se détruisent tour à tour au grand préjudice de la liberté qui se plaint de leur coupable acharnement !

Le lendemain de la dénonciation faite par Roland, le député Gohier, jadis acteur célèbre dans la résistance opposée par la jeunesse de Rennes , avocat distingué au barreau de cette ville , compagnon de périls politiques avec Lanjuinais, plus révolutionnaire que lui, mais bien moins ferme de caractère , vint , au nom des comités de l'Assemblée nationale , faire à la tribune un rapport sur les papiers trouvés et inventoriés dans les bureaux de la liste civile. Ce rapport jeta un jour funeste sur la cour et sur Louis $ il prouva que le roi , aussi bien que sa famille et ses courtisans , ne regardaient la constitution que comme une nécessité qu'il fallait subir jusqu'à ce que l'on pût s'en affranchir ; il prouva que si , d'une part , les révolutionnaires les plus exaltés avaient poussé avec violence le char de la révolution , Louis aussi y avait mis la main pour précipiter sa course et le pousser dans l'abîme. On acquit alors la certitude que le monarque , entraîné par de mauvais conseils et par la pente de son cœur, avait payé les gardes du corps

(i) Revue rétrospective , n° 20, juillet i834* Voir les détails historiques sur les diamans de la couronne , volés et recouvrés en 1792.

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