PRISE DE LA CROIX-AUX-BOIS
et à l'artillerie de le suivre. Sur la prompte nouvelle de l'occupation de ce poste important par l'ennemi, Dumouriez ordonna au général Gbazot de prendre avec lui deux brigades et six escadrons ainsi que de l'artillerie, et d'enlever sur-le-champ , à la baïonnette, la position qu avait prise le prince de Ligne , qu'il fallait absolument rejeter hors du défilé si malencontreusement abandonné. Gbazot , retenu et arrêté, on ne sait par quel motif, laissa passer toute la journée du 14 sans attaquer. Le £S, du camp de Grand-Pré, on entendit un feu très violent; enfin, à onze heures du matin, un aide-de-camp du général Ghazot vint annoncer que les Autrichiens avaient été forcés de se retirer et le général de Ligne tué. Mais quelque temps après, attaqué par des forces supérieures avant d'avoir eu le temps de se retrancher, Ghazot fut contraint de se replier sur Vouziers en laissant ses canops au pouvoir du vainqueur.
Dumouriez reçut cette fatale nouvelle à cinq heures du soir. Les choses allaient mieux d'un autre côté : le général Dubouquet, pendant l'affaire de la Groix-aux-Bois , avait été attaqué par le corps des émigrés , qu'il avait vivement repoussé ; il était dans la joie de ce succès, lorsque, instruit tout à coup du malheur du général Ghazot, réduit à reculer sur Vouziers, il résolut de profiter de la nuit pour se retirer par Âttigny et Somme, puis sur Châlons. Ainsi les Autrichiens se trouvèrent maîtres des trouées de la forêt de l'Argonne, du Chêne Populeux et de la Croix -aux- Bois.
La position de Dumouriez devenait déplorable : le camp de Grand-Pré, abandonné à lui-même, avait en face la grande armée prussienne, tandis que Clairfayt et Kalkreuth pouvaient marcher rapidement sur Brecy , se placer à Senucque, enfermer ainsi l'armée nationale, et la forcer à déposer les armes, car il lui aurait été impossible de se faire jour sur l'Aisne.
Plein de confiance dans ses troupes, le général français m. 19
ne désespéra pas de tout réparer. Enflammé par «ne pensée heureuse et sagement téméraire, il résolut de tenir ferme à Sainte-Menehould -, lors même que les alliés feraient mine de le tourner et de vouloir lui barrer la route de Paris , ne lui resterait-il pas celles de Metz et de Vhry ? Jamais un homme vulgaire, et même un général habile, mais sans audace politique et sans quelque chose d'aventureux dans le caractère , n'aurait pu adopter un pareil projet , et trouver en lui la force de braver la responsabilité qui pouvait tomber comme la foudre sur la tête de son auteur, s'il était trahi par la fortune, ou seulement si, avant l'exécution, Paris, instruit delà situation critique des affaires, et surpris par l'effroi du danger, venait & pousser le cri fatal de trahison.
Conformément au nouveau plan de Dumouriez , Beurnonville , qui se trouvait à Rhétel , reçut Tordre de gagner Sainte-Menehould; les généraux Dubouquet et Chazot suivirent ce mouvement; Kellermann fut supplié, au nom du salut de l'état, d'arriver, en toute hâte, pour opérer la jonction des deux armées. Dillon dut se charger de défendre jusqu'à la dernière extrémité les trouées de la Chalade et des Mettes, et de jeter de nombreux éclaireurs sur l'aile gauche de l'ennemi afin d'inquiéter et de gêner sa marche.
Le général en chef, avant de commencer son mouvement, se hâta de placer sur les hauteurs d'Olizy , de Termes et de Beauregard , six bataillons et autant d'escadrons, avec quelques pièces de position , faisant face à la Croixaux-Bois , pour arrêter l'ennemi dans le cas où il voudrait se porter surSenucqué. Ces dispositions faites, Dumouriez s'empressa de faire filer son parc d'artillerie par les deux ponts dont nous avons parlé , qui lui permettaient de se porter sur les hauteurs d'Àutry , de l'autre côté de l'Aisne.
Un temps épouvantable favorisait Dumouriez, qui du reste ne laissait voir aucun projet de retraite ; il la préparait en secret , lorsque le prince Hohenlohe lui fit deman-