RETRAITE DES FRANÇAIS
derune entrevue. Ne pouvant s'y rendre lui-même, de penr d'éveiller les soupçons, Duntouriez envoya le général Duval, officier d'une figure vénérable, plein de talent, de courage et d'urbanité. Le prince, en parcourant nos avantpostes avec Duval , ne dissimulait pas le sentiment de sur* prise qu'il éprouvait en voyant à la tête des jeunes soldats beaucoup d'officiers instruits et décorés. Hohenlohe ne put soupçonner que nous eussions l'intention de nous retirer; pour le confirmer dans sa sécurité, le général français commit l'adroite indiscrétion de lui avouer que le lendemain , Beumonville faisait sa jonction avec dit mille soldats, et que les trente mille hommes de Rellermann n'étaient pins qu'à deux journées de marche.
Le camp de Grand -Pré fut levé à trois heures du matin; à huit heures les dernières troupes passèrent les ponts de Senucque et de Grand-Pré, et se joignirent à l'armée, qui se rangeait en bataille sur la hauteur, avec tout son matériel de guerre, n'ayant abandonné que quelques tentes à F ennemi.
Cette retraite si habilement exécutée faillit dégénérer en une déroute par suite d'une de ces terreurs paniques qui bouleversent d'une manière incroyable les armées françaises. Le général Ghazot, qui devait partir de Vouziersà minuit, ne s'était mis en marche qu'à la pointe du jour. En arrivant à Vaux , il rencontra la cavalerie légère prussienne. L'apparition subite et inattendue des hussards ennemis répand la terreur 5 la division se croit coupée ; elle se jette sur quelques colonnes de Fanhée auxquelles elle communique Cette frayeur; et voilà dix mille hommes fuyant devant une poignée de hussards ! Le général qui était allé avec Thouvenot visiter tm camp à Dammartin* sur-Hans, voit venir ïes fuyards-, mate il trouve, à sa grande satisfaction, Miranda faisant! bonne contenance avec l'arrière -garde, et forçant bientôt Fennemi à se retirer. Nos troupes entièrement ralliées passèrent la
nuit sons les armes àDammartin; l'avant-garde à Viginy.
Le 17, le général , non sans peine, remit Tordre dans les corps; il franchit la Bionne, et vint occuper le camp de Sainte-Menchould, sans être inquiété par l'armée ennemie, qui s'avançait lentement et à tâtons. Son avant-garde ne parut que le 18 devant les Français.
À peine établi, Dumouriez écrivit au ministre Servan, pour lui faire part de tout ce qui s'était passé. « Soyez sans inquiétude , lui mandait-il ; l'ennemi s'est contenté de recueillir les fruits de l'erreur de l'armée. Aujourd'hui cette erreur est connue : l'armée me témoigne la plus heureuse con6ance , elle est en bon ordre et a bon courage. Ce qui est arrivé n'est point une retraite, c'est une fuite de dix mille hommes devant quinze cents *, encore si les quinze cents eussent poussé leur pointe ils eussent mis la déroute dans l'armée. Gela n'arrivera plus. Beurnonville m'a joint avec dix mille hommes : je puis encore répondre du salut de ma patrie -, je vais faire des punitions terribles. Je vous renverrai les bataillons qui ont abandonné leurs canons ; je préfère avoir mille hommes de moins avec moi et ne point avoir de lâches. »
Dumouriez ne tarda point à punir, suivant sa menace , ceux qui avaient déserté le poste de l'honneur. Dillon lui ramena vingt-huit fuyards. Il leur fit raser les sourcils et les cheveux , leur ôta leurs uniformes , et les renvoya avec opprobre. Ces hommes étaient doublement coupables, car, après la lâcheté de leur conduite, ils avaient, pour excuser leur terreur, répété partout que les généraux avaient passé à l'ennemi. Cet exemple d'une juste sévérité produisit les plus salutaires effets sur l'armée. Cependant , après avoir failli l'entraîner dans une déroute générale , les misérables que Dumouriez venait de renvoyer d'une manière si infamante risquèrent encore de tout perdre en répandant la nouvelle d'une grande déroute , qui avait engagé Beurnonville à se replier sur Châlons , et Kellermann à faire un