‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 78 sur 125 · BATAILLE DE VALMY · texte numérisé non relu

BATAILLE DE VALMY

motivemens, tandis que les Prussiens se déployaient lentement sur la Lune , dans l'alignement de Felcour a Sommç Bionne : cinquante-huit bouches à feu protégeaient leur front. Aussitôt qu'elles furent découvertes par la disparition du brouillard , il s'engagea une vive canonnade. Les Prussiens , écrasés par notre artillerie, démasquent de nouvelles batteries; Dumouriez, à son tour, fait serrer la seconde, ligne sur la première , et redouble son feu. La victoire va pencher de notre côté, lorsque l'ennemi, changeant tout à coup la position de ses obusiers, porte le désordre et la mort dans les rangs des troupes de Kellermann, qui, s 1 étant imprudemment avancé , voit tomber mort son aide-decamp et a son cheval tué sous lui. Au même instant, des obus éclatent au milieu des caissons français, en font sauter deux avec une détonation épouvantable. La première ligne rétrograde, les conducteurs des charrois s'enfuient et brisent les lignes; le feu meurt faute de munitions. 11 était temps d'agir, ou l'armée allait être perdue. La réserve d artillerie achevai, aux ordres du général d'Abo ville , se précipite près du moulin de Valmy ; elle vomit une grêle de boulets, rétablit le combat, et Dumouriez rallie les troupes. Brunswick , qui veut profiter du désordre que les batteries ont jeté dans l'armée française, dispose trois colonnes d'attaque : celle de gauche se dirigeait sur le village, la colonne du centre sur le moulin, la troisième, de droite, était en échelon plus en arrière, suivant les mouvemens progressifs des deux premières colonnes. Les Prussiens marchaient sous le feu de notre artillerie avec cet aplomb et ce calme qui ne quittent que rarement des troupes manœuvrières ; Kellermann avait formé son armée en colonne par bataillon. La vue de ses masses profondes d'infanterie, du sang-froid intrépide des artilleurs, électrisent le général Kellermann. « Camarades, s'écrie-t-il, le moment de la victoire est venu , laissons arriver l'ennemi sans tirer un seul coup, et chargeons-le à la baïonnette ! » Puis, met-

tant son chapeau au bout de son épée : Vive ht nation ! allons vaincre pour elle !

La ligne française se raffermit. Un cri immense : Vive la nation ! s'élève sur tout notre front , et porte l'étonnement chez les Prussiens. Ils hésitent, et semblent s'arrêter devant la clameur inattendue qui leur annonce que cette France insultée par le mépris des émigrés , possède, sur le plateau de Valmy , des enfans prêts à mourir ou à vaincre pour elle t L'artillerie redouble d'efforts, elle déchire avec ses boulets les colonnes ennemies. Brunswick comprend que ce n'est pas la victoire mais la ruine qui l'attend*, il donne le signal de la retraite-, les colonnes d'attaque rétrogradent lentement et en bon ordre.

Pendant cette canonnade, Glairfayt, après avoir passé la BionneàHans, avait vainement tenté d'entamer l'extrême droite de Kellermann, cest-à-dire les troupes sous les ordres du général Stengcl ; toujours repoussé , l'ennemi ne put pas tourner la position de Valmy.

A quatre heures du soir, Brunswick et Clairfayt voulurent tenter de nouvelles attaques contre Kellermann et Stengel; reçus de la même manière, ils furent obligés de battre de nouveau en retraite. A sept heures du soir, le feu cessa de part et d'autre. Les troupes de Dumouriez rentrèrent dans leur camp, celles de Kellermann bivouaquèrent sur le champ de bataille. Telle fut la canonnade de Valmy. L'armée française eut de sept à huit cents morts ou blessés -, les pertes des Prussiens durent être beaucoup plus considérables -, mais, sans compter la perte numérique, la possession du champ de bataille de Valmy qu'en vain Brunswick, ou plutôt le roi de Prusse, avait tenté d'occuper, était pour de jeunes soldats un encouragement, un prélude de triomphes. Les officiers ennemis sentirent la faute qu'ils avaient faite ; ils accusèrent avec aigreur les émigrés de les avoir trompés; les émigrés, à leur tour, auraient pu reprocher aux alliés une lenteur et une indc-

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