CONVENTION
ner, auraient fléchi Tune et l'autre sous le poids des événemens. La Convention nationale seule renfermait dans son sein la race d'hommes nécessaires pour sauver la révolution avec le secours du peuple ; et encore faut-il reconnaître hautement que sans la violence que lui firent souvent les Jacobins et la Commune de Paris, plus intimement liés avec ce même peuple que ses représentais eux-mêmes, la Convention n'aurait pu remplir la mission qu'elle avait reçue de la plus impérieuse des fatalités. Ces idées doivent dominer tout le tableau que nous allons tracer dans toute son effrayante vérité.
La législature suivit la députation que la Convention nationale lui avait envoyée, comme nous l'avons vu. Introduite dans la salle provisoire où siégeait le grand congrès national, les derniers députés adressèrent à leurs successeurs, par l'organe de leur président François de Neuehâteau , un discours de félicitation peu digne des circonstances. On eût dit qu'étranger aux grandes inspirations du sujet, l'orateur s'était appliqué soigneusement à ne pas se compromettre. Il ne parlait ni de la guerre , ni du 10 août , ni de la déchéance , ni du S septembre , ni des dangers publics, ni de la mission terrible imposée à la nouvelle assemblée. Il obtint pourtant des applaudissemens , peut-être parce qu'il n'avait offensé personne?: Pétion , président de la Convention , répondit en ces termes :
« Vous avez avancé le terme de votre pénible carrière; vous avez eu à lutter sans relâche contre un pouvoir investi de tous les moyens de force et de corruption , qui n'a cessé d'entraver votre marche, de paralyser vos opérations et de pervertir l'esprit public : on n'a pas remarqué combien votre impuissance enchaînait votre zèle; établis gardiens d'un dépôt que la superstition nationale rendait sacré, que vous avie? juré de remettre intact, vous vous trouviez sans autorité pour le défendre. Lorsque vous avez vu que ce dépôt courait des dangers immiqens, et qpe h
ao.
liberté allait périr avec lai, vous avez pris un parti noble, courageux , le seul qui pût sauver la chose publique ; vous avez averti la nation : à votre voix elle s'est levée tout entière ; elle nous a envoyés pour assurer ses droits et son bonheur sur des bases plus solides. . . Nous n'oublierons jamais que nous tenons dans nos mains les destinées d'un grand peuple. Ces idées élèveront notre ame, soutiendront notre courage , feront disparaître toutes ces petites passions qui dégradent f homme, toutes ces prétentions méprisables de la jalousie et de l'orgueil : lorsqu'on travaille pour le genre humain , la seule ambition est de faire son bonheur. »
Les membres delà Convention , accompagnés de leurs prédécesseurs, quittèrent leur salle provisoire j et se rendirent au lieu ordinaire des délibérations de la représentation nationale , dans cette enceinte où Vergniaud avait prononcé la déchéance du roi.
A peine la Convention est-elle assise que Manuel, debout, s'exprime en ces termes : « Citoyens représentai, il faut que tout respire ici un caractère de dignité et de prudence qui en impose à l'univers. Je demande que le président de la France soit logé aux Tuileries; qu'il soit précédé de la force publique et des signes de la loi, et que les citoyens se lèvent à son aspect. Cet hommage rendu à la souveraineté du peuple nous rappellera sans cesse nos droits et nos devoirs. » Gn homme d'esprit et de sens tel que Manuel devait comprendre combien sa proposition emportait de défaveur dans un moment où l'on avait horreur de tout ce qui ressemblait à la royauté. Chabot s'élance à la tribune : « Défiez-vous, dit-il, de ce penchant aux idées aristocratiques; gardez-vous d'ériger en idole ou en sultan le simple officier des mandataires du peuple ! Ainsi, il n y aura point de président de la France ; vous n'environnerez pas des attributs abhorrés de la royauté ceux que l'amour du peuple doit seul investir et honorer. Vous