‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 86 sur 125 · PREMIÈRE SÉANCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉANCE

ne pouvez rechercher d autres dignités que de vous mêler avec les sans-culottes, qui composent la majorité de la nation. » Par cette vive apostrophe , Chabot songeait à châtier Manuel , qui inclinait vers la Gironde , et faisait une attaque indirecte à Pétion, quelle paraissait compter dans ses rangs. Manuel se justifie; Tallien lui répond en demandant la question préalable sur la proposition ainsi rejetée à une très forte majorité.

Plusieurs orateurs se présentent à la tribune pour rappeler l'urgente nécessité de proclamer les sentimens de la nouvelle assemblée, les bases sur lesquelles on doit élever l'édifice social; Tallien, Gouthon, Bazire, Lasourcc, ouvrent différens avis qui restent sans suite; mais Danton , qui prend la parole , commence par résigner les fonctions de la justice , qu'il avait reçues , dit-il , au bruit du canon dont les citoyens de la capitale foudroyèrent le despotisme. Puis il ajoute :

« Il ne peut exister de constitution que celle qui sera textuellement, universellement acceptée par la majorité des assemblées primaires : voilà ce que vous devez déclarer

au peuple Après cette déclaration vous devez en faire

une autre non moins importante pour la liberté et pour la tranquillité publique. Jusqu'ici on a agité le peuple parce qu'il fallait lui donner l'éveil contre les tyrans; maintenant il faut que les lois soient aussi terribles contre ceux qui y porteraient atteinte que le peuple la été en foudroyant

la tyrannie D'excellens citoyens ont pu présumer que

des amis ardens de la liberté pouvaient nuire à l'état social en exagérant leurs principes. Eh bien ! abjurons toute exagération ; déclarons que toutes les propriétés , individuelles et territoriales , seront éternellement maintenues. » Après avoir donné des applaudissemens unanimes à ce discours qui révélait la pensée de Danton et celle de ses amis , tous animés du même désir de rétablir le règne de l'ordre et des lois , à l'aide du peuple , dont une direction forte et sage

pouvait s'emparer, rassemblée rendit les deux décrets suivans :

1° Il ne peut y avoir de constitution que celle qui est acceptée par le peuple ; 2° les personnes et les propriétés sont sous la sauve-garde de la nation. » Phelipeaux propose : « Que jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné, les lois non abrogées seront provisoirement exécutées, et que les pouvoirs non révoqués ou non suspendus seront provisoirement maintenus. » L'assemblée adopte cette proposition ainsi que celle de Camus , ainsi conçue : « Les contributions publiques existantes continueront à être perçues et payées comme par te passé. »

Manuel demande que Ton aborde franchement la grande question, celle de la royauté. Collot-d'Herbois paraît à la tribune : « Je demande, dit-il, que la base immuable de toutes nos opérations soit l'abolition de la royauté ! » D'unanimes applâudissemens couvrent cette motion. Quinette s'oppose à la prise en considération. Grégoire monte à la tribune , et sans doute tout rempli des avertissemens de la Bible au peuple d'Israël qui demandait un roi, il s'exprime en ces termes :

« Personne ne proposera en France de conserver l'institution funeste des rois; nous savons trop bien que les dynasties n'ont jamais été que' des races dévorantes qui ne vivent que du sang des peuples... Je demande donc que, par une loi solennelle , vous consacriez l'abolition de la royauté. »

D'un mouvement spontané , tous les membres se lèvent; et, par des acclamations unanimes et des cris de liberté, ils protestent de leur haine contre une forme de gouvernement qui a causé tant de maux à la patrie. À peine le calme était-il rétabli que Bazire monte à la tribune pour demander qu'une résolution aussi importante ait les honneurs d'une discussion solennelle. « Eh qu'est-il besoin, s'écrie Grégoire, eh qu'est-il besoin de discuter quand tout

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