ABOLITION DE LA ROYAUTÉ
le monde est d'accord? Les rois sont, dans Tordre moral, ce que les monstres sont dans l'ordre physique -, les cours sont Fatelier du crime , le foyer de la corruption ; l'histoire des rois est le martyrologe des nations : dès que nous sommes tous pénétrés de ces vérités, qu est-il besoin de discuter? Je demande que ma proposition soit mise aux voix , sauf à la rédiger arec un considérant digne de la solennité du décret. »
Manuel prend de nouveau la parole , et propose à rassemblée de déclarer qu'elle ne reconnaît pas de royauté. On ferme la discussion $ le président met aux voix la question principale, et bientôt il prononce au milieu d'un silence profond le décret suivant , adopté k l'unanimité par l'assemblée :
« La Convention nationale décrète que la royauté est abolie en France. »
Ce déci*et est salué par une explosion d'applaudisseimns qui partent en même temps de l'Assemblée nationale et des tribunes publiques. Les témoignages de la joie la plus expansive, les cris de vive la nation ! se prolongent pendant plusieurs minutes , et sont bientôt répétés de toutes parts. La Convention nationale ordonne immédiatement la publication du décret qu'elle vient de rendre, et l'envoi du pfoeès- verbal de la séance à toutes les municipalités.
Le lendemain de l'abolition de la royauté, Billaud- Varennes demande que dorénavant , au lieu de dater de Tan 4 de la liberté, on date de l'an 1er de la république française. Salles s'oppose à cette proposition , parce que la France a vraiment obtenu la liberté en 1789. La source lui répond avec chaleur : « Nous ne sommes libres que depuis que nous n'avons plus de rois ! » On applaudit , et la Convention décrète que tous les actes publics porteraient désormais la date de l'an l** de la république.
Camus fit aussi décréter que le sceau des archives et celui de tous les corps administratifs auraient pour type
une femme appuyée d'une main sur un faisceau , tenant de l'autre une lance surmontée du bonnet de la liberté, et pour légende ces mots : République française. Le même jour, l'assemblée décrète que les membres du conseil exécutif tiendront le lendemain lui rendre compte de leur gestion.
Qa a blâmé la proclamation de la république comme I acte d'un véritable délire , ou tout au moins comme une haute imprudence -, loin que ce reproche soit mérité , la sagesse et la profonde politique d'un homme d'état n'auraient pas pu prendre un parti plus grand ou plus utile. A la place de la Convention , Ghatam y Pitt ou Mirabeau auraient agi comme elle(i). En effet, depuis le retour de Varennes, la royauté avait perdu toute sa magie; au 10 août, elle avait achevé de perdre son autorité ; la couronne tombée de la tête de Louis XVI sur la place du Carrousel avait été foulée aux pieds du peuple : personne ne pouvait la relever ni la mettre sur sa tête. L'Assemblée législative venait de disparaître de la scène où son rôle était fini.. Plus de gouvernement; car on ne pouvait donner ce nom à un ministère plein de bonnes intentions, mais sans autorité, surtout depuis que Danton avait opté pour les fonctions de représentant du peuple. Il fallait quelque chose d'inattendu , d'extraordinaire, pour s'emparer du peuple français, et l'élever au-dessus de luimême. Etablir la république, c'était le rassurer contre la crainte des trahisons d'un roi qu'il croyait perfide et parjure; c'était annoncer aux princes coalisés contre nous un divorce solennel entre la France résolue à maintenir son indépendance et la royauté sur laquelle ils comptaient pour les aider à nous remettre en esclavage ; la proclamation de la république révélait encore dans ses auteurs une audace, un sentiment de leur force, une énergie de dé-
(i) On se rappelle que Mirabeau se proposait , dans le cas où le roi partirait > de faire déclarer le trôg« tacant et de proclamer la république»