LA REPUBLIQUE
terminaiion , capables d'imposer à tous nos ennemis. Ils furent effectivement frappés de surprise et presqne de terreur à la nouvelle du décret de la Convention , et parmi les ministres des rois de l'époque, les plus habiles prévirent une lutte redoutable, dans. laquelle les Français finiraient par triompher de toutes les puissances de l'Europe.
L'enthousiasme de la Convention et des tribunes n'était qu une faible image de celui que fit naître en France la proclamation de la république. Pour trouver le décret sage et politique, il ne fallait que voir ses merveilleux effets sur les citoyens : les jeunes gens se crurent transportés aux plus beaux temps d'Athènes et de Rome ; orgueilleux d'euxmêmes et des sentimens généreux qu'ils trouvaient dans leurs cœurs , ils regardaient le ciel avec plus de fierté , ils se juraient de tout entreprendre pour le salut de la patrie ; un avenir immense de gloire et de grandeur pour la république naissante apparaissait à leurs regards ; les hommes faits saluaient en elle un nom revêtu dune espèce de magie attachée à de grands souvenirs imprimés en nous dès l'enfance par le commerce presque exclusif des écrivains de deux républiques*, les vieillards eux-mêmes se laissaient entraîner aux illusions d'une ambitieuse espérance , et croyaient déjà voir leur pays renouvelé par une forme de gouvernement qui rajeunirait la France en la séparant de la royauté parvenue à son terme , comme il arrive à toutes les institutions d'ici-bas. Entre toutes les choses admirables que j'ai vues alors, l'une des plus touchantes est le patriotisme uni à la vieillesse en des hommes qui , retirés de la scène du monde et n'ayant presque plus rien à prétendre, ne pensaient qu'à leur pays et au bonheur des autres. Le peuple tout entier, abjurant la monarchie qu'il accusait de tous ses maux, embrassait la république comme le gage d'un bonheur attendu de race en race depuis des siècles. Un si grand changement s'opéra tout à coup , que les sujets d'un roi parurent transformés en citoyens dignes de porter
ce beau titre. Les femmes accueillirent aussi avec transport la jeune république -, elles avaient été préparées à ce changement. La révolution de 1789, qui parut d'abord diminuer leur empire et leur enlever des hommages, avait amené par degrés, avec une heureuse réforme dans les mœurs, une politesse plus franche et pluà sièiple, dont les femmes avaient fini par sentir le prix. Epouses et mères des défenseurs de la patrie, pénétrées de la dignité de ces deux titres, environnées d'estime et de confiance, leurs sentimens et leurs pensées les mettaient en harmonie avec les graves préoccupations des hommes. Leurs parures étaient plus modestes sans manquer d'élégance -, leur société avait plus de charme, parce que le mensonge obligé de la galanterie d'autrefois avait disparu pour faire place au langage de l'affection naturelle que leur sexe inspire : elles assistaient avec empressement aux délibérations politiques , elles prenaient plaisir à embellir les fêtes nationales, où elles trouvaient toujours, au milieu des citoyens, une place honorable. Voilà leur disposition d'esprit, lorsqu'on les vit s'associer avec toute l'ardeur de leur caractère mobile et passionné à l'inauguration de la république. Sous le rapport moral , cette époque mérite une attention particulière. Heureuse la France, si une réaction déplorable ne vient pas quelque jour ramener parmi les femmes les mœurs frivoles et les vices de l'ancienne société , recouverts, comme autrefois, du brillant vernis d'une trompeuse élégance qui en cache la laideur!
La nouvelle de la victoire de Valmy, qui couronnait d'une auréole de gloire l'inauguration de la république , imprima un nouveau degré d'énergie à l'enthousiasme public, et fit du jour de ces deux événemens une fête nationale qui réunit tous les cœurs.
Il nous faut maintenant revenir un peu sur nos pas , pour nous mettre au courant des événemens militaires.
Au moment où les Prussiens envahissaient la Cham-