MOUVEMENS MILITAIRES
pafgae , tandis que les Autrichiens entraient eux-mêmes en France, le roi de Sardaigne, qui avait long-temps hésité, venait de se joindre à la coalition , malgré la présence du général Montesquiou, envoyé depuis long-temps dans le midi , pour surveiller les mouvemens d'un voisin inquiet. Le général français était ambitieux, avide de gloire; Une pouvait trouver une occasion plus favorable d'en acquérir que la guerre avec une puissance militaire, mais qui peut* être ne se trouvait pas bien sur ses gardes. Le conseil exécutif, que Montesquiou pressait de demandes pour l'armée , l'avait nommé , suspendu , puis réintégré avec Tordre positif de tenter la conquête de la Savoie , comme il lavait médité. Montesquiou n'attendait que cette autorisation ; il se hâta de transférer, le il septembre, son camp de Gessieux aux Àbrestes.
Victor- Amédée , prince assez bon , mais faible et dévot, surnommé par ses flatteurs le Nestor des rois, agissait contre les conseils dune sage politique , en concourant au déchirement de notre pays , pour se mettre à la merci des Autrichiens 5 mais on le savait dominé, avant tout , par la crainte de voir les idées françaises entrer dans ses états. Montesquiou, qui était instruit de cette disposition du roi, et comprenait le danger d'une invasion du midi de la France , ne manqua point d'attaquer l'ennemi avec les armes qui lui causaient un si grand effroi. En conséquence, il se fit précéder dans sa marche par des proclamations propres à agir sur l'esprit des troupes qu'Amédée lui opposait. Ces proclamations devaient produire d'autant plus d'effet que les Savoyards étaient mécontens de la cour de Turin, et que ces braves montagnards appelaient de leurs vœux nos soldats , et les attendaient comme des libérateurs.
La Savoie forme un massif lié à la crête des Hautes- Alpes , depuis les montagnes de Bardonache, situées audessus de Briançon , jusqu'au Mont-Blanc j elle ne com-
mimique avec le Piémont que par les routes du Mont-Cenis et du petit Saint-Bernard, alors impraticable dans la moitié de Tannée, ou par quelques mauvais cols plus difficiles encore, et fréquentés parjjuelques muletiers. Cette province est encore divisée par trois grandes chaînes qui dessinent pour ainsi dire les quatre vallées parallèles de l'Arve, des Bauges , de l'Isère et de l'Arc. La première , ou le Faucigny, part du Mont-Blanc, prèsdeGhamouny, et débouche sur Genève ; elle est séparée des autres par des monts impraticables où courent quelques sentiers connus des gens du pays seulement. La Maurienne, ou vallée de l'Arc, se réunit, entre Gonflans et Montmélian, à celle de l'Isère, qui forme la Tarentaise. Au-dessous de cette ville, elle se divise et va du côté de Ghambéry et à Genève , et de l'autre au Fort-Barraux , réuni à la France par Lesdiguières. D après cette description topographique , il est facile de juger que la position stratégique est Montmélian. Un corps de huit à dix mille soldats piémontais occupait cette province y mais ces troupes disséminées formaient un cordon trop faible dans toute la longueur de la frontière.
De son camp des Abrestes , Montesquiou ordonna au général Anselme , qui commandait sous lui un corps d'armée dans le département du Var, de faire ses dispositions pour entrer dans le comté de Nice du 25 au 30, en combinant , s'il le pouvait , ses opérations avec celles de la flotte que l'amiral Truguet préparait dans le port de Toulon.
Le général Gasabianca, avec lavant-garde de l'armée de Montesquiou, se dirigea, à gauche, sur Saint-Genis, pour donner le change à l'ennemi et inquiéter Ghambéry, tandis que le général Laroche , avec quelques bataillons d'élite, enveloppait les redoutes de Ghampareillan , dont l'ennemi parvint pourtant à se retirer. Le gros de l'armée, composé de seize bataillons, divisé en deux divisions, se porta rapidement sur le château des Marches et sur Mont-
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mélian. Le général Lazary ne défendit même pas celte dernière position , fit sauter le pont sur l'Isère, et se replia sans ordre vers Villars. Le 83 , les députés de Chambéry arrivèrent au quartier-général français, et l'invitèrent à prendre possession de leur ville; il s y rendit le lendemain, avec une escorte de cent chevaux, de huit compagnies de grenadiers et quatre pièces de canon. Le corps municipal lui remit les clés de la ville, avec les plus grandes démonstrations de joie; Les officiers et les soldats, invités à un grand repas , s'y trouvèrent mêlés avec les principaux habitans du pays ; tous ensemble, et de la manière la plus franche, portèrent des toasts à la liberté triomphante. Montesquiou , touché d'une conduite aussi cordiale, voulut confier à la bourgeoisie la garde de l'hôtel-de- ville , et laisser un libre cours aux fonctions des magistrats , ainsi qu'aux lois du pays.
Tandis que la Savoie était conquise, et. qu'en suivant les ordres de Montesquiou , Anselme se préparait à l'invasion du comtat de Nice , Lille se couvrait d'une gloire impérissable , et présentait l'héroïque spectacle de ce que le courage civique a de plus grand et de plus généreux. Le duc de Saxe-Taschen fit attaquer le bataillon belge qui gardait le faubourg de Fives, et pendant que l'on se battait pour la possession de ce faubourg, le duc faisait ouvrir la tranchée : les travaux furent conduits avec tant de rapidité que , le lendemain matin , ils étaient presque complètement terminés. La tranchée partait du village d'Helemne , sur la route de Tournay, et , cheminant en zig-zags , elle gagnait les derrières du village de Fives. La parallèle courait dans la rue de ce faubourg, et bientôt elle comprit tout l'espace entre le faubourg de Fives et celui des Malades.
Le général Duhoux voulut d'abord ruiner les travaux par des sorties qu'il fit faire sous les ordres des lieutenanscolonels Valhubert et Depierre; mais les faibles troupes
qu'il commandait rendirent ces tentatives du courage inutiles : en sorte que les Autrichiens , malgré le feu terrible des remparts , avaient fini tous les préparatifs d'attaque le 29 septembre. Ce jour, à onze heures du matin, un major autrichien s'étant présenté à une des portes, fut introduit les yeux, bandés au conseil de guerre, et remit au commandant militaire et à la municipalité de Lille deux sommations dans lesquelles le duc promettait aux Lillois de les traiter avec douceur s'ils voulaient embrasser la cause de la coalition. Le général français répondit : « La garnison que j'ai l'honneur de commander, et moi, sommes résolus de nous ensevelir sous les ruines de cette place plutôt que de nous rendre à nos ennemis -, et les citoyens, fidèles à leurs sermens de vivre libres ou de mourir, partagent nos sentimens et nous seconderont de tous leurs efforts. » Plus énergique et plus laconique encore, le maire de Lille, le brave André, fit cette réponse : « Nous venons de renouveler notre serment d'être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l'égalité, ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures. »
Le parlementaire fut reconduit aux portes de la ville par un peuple plein d'enthousiasme , qui jurait de mourir ou de vaincre, en mêlant à ce serment les cris mille fois répétés de vive la république ! vive la liberté ! Le feu de l'ennemi , à la nouvelle du rejet de ses propositions , s'ouvrit avec violence : les bombes et les boulets commencèrent à lancer la mort et l'incendie dans l'héroïque cité. Mais en vain les pans de murs s'écroulent , en vain les flammes brillent sur plusieurs points ; l'artillerie de la place répond avec fureur aux décharges des Autrichiens , et Ton n'entend plus qu'un vacarme épouvantable de canons , de mortiers et de bombes : le quartier de Saint-Laurent est surtout dévasté par le feu de l'ennemi. Deux magistrats et l'adjudant du génie Hayelle pénètrent momentanément dans ce théâtre de désolation ; ils n'en sortent qu'à travers mille