‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 90 sur 125 · SIEGE DE LILLE · texte numérisé non relu

SIEGE DE LILLE

périls et saos avoir pu faire la pari des flammes. Pendant cinq jours et cinq nuits, la rage autrichienne sembla vouloir se surpasser. Pas une maison qui ne fût atteinte , et l'incendie , naissant et grandissant sans cesse sous le feu des boulets rouges , éclairait une population en larmes et errante dans les rues, les carrefours et sur les places publiques.

La terreur, le premier jour, fut portée au comble -, mais à ce sentiment inévitable pour le cœur d'hommes qui n'ont jamais vu les horreurs d'une bataille ou d'un siège, pour de faibles femmes , épouvantées encore par les cris de leurs enfans, succède un héroïsme digne de Sparte, ou plutôt de ce que la France offre de plus sublime. Sous une voûte de projectiles meurtriers chaque Lillois jure dans son coeur de mourir plutôt que de se rendre. Un ordre parfait s'établit partout. Dans chaque rue , dans chaque quartier , les citoyens conviennent qu'un certain nombre d'entre eux resteront toujours sur pied pour surveiller les points sur lesquels tombent les bombes : des vases d'eau , placés dans les rues , servaient à les éteindre ; des enfans , de jeunes femmes se disputaient l'honneur d'arracher la mèche du projectile. Malgré toute cette vigilance, l'incendie durait toujours, sans intimider les hahitans ou les détourner de leurs devoirs de citoyens ou de soldats, Un canon» tuer bourgeois , occupé à servir une pièce , voit sa maison en flammes-, on l'engage à voler au secours de sa famille; il continue de charger. « J'ai des frères là-bas pour secourir ma femme. Je suis à mon poste, et voilà l'ennemi. Rendons-lui feu pour feu ! » s'écrie-t-il. Chaque habitant plus aisé que les autres nourrissait et logeait ses voisins dont les foyers étaient dévastés : « Buvez, mangez, mes *TOÎ9 , l'avenir pourvoira ! »

Le feu des Autrichiens parut se ralentir dans la journée du 3 octobre -, mais ce ne fut que pour recommencer le lendemain avec une plus épouvantable violence. On attribua,

dans le temps, ce redoublement de rage à l'arrivée, dans le camp autrichienne l'archiduchesse Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas. On accusa même cette princesse d'avoir donné le signal de la nouvelle attaque en mettant elle-même le feu à une pièce de canon : aucun témoignage authentique n'appuie ce fait odieux, que notre raison se refuse à croire comme indigne du cœur d'une femme; mais ce bruit répandu dans Lille excita des transports d'indignation et de mépris que la sagesse des chefs sut faire concourir au salut de la ville dont la patrie leur avait confié la défense. L'héroïsme des Lillois ne devait pas être perdu pour leur cause. Les secours arrivaient de toutes parts': Béthune, Dunkerque, Saint-Omer, faisaient pénétrer dans la place, dont le blocus n'était point complet, des vivres, des pompes et quelques hommes de cœur. Lamariière s'introduisit dans Lille avec dix bataillons enthousiasmés encore par la vue de tant de courage. Les commissaires de la Convention suivirent ce général-, ils annoncèrent à la ville que la nation avançait un secours de deux millions , et que Labourdonnaye , à la tête des armées du Nord , arrivait pour faire lever le siège et cesser un bombardement qui, du reste,' tirait à sa fin. Les Autrichiens avaient épuisé leurs munitions -, ils étaient réduits à charger leurs canons et leurs mortiers avec des barres de fer, des chaînes, des pierres , signal des derniers efforts d'un courroux impuissant. Le 8, (e duc de Saxe plia ses tentes et battit en retraite, après avoir brûlé deux cents milliers de poudre et lancé sur la place soixante mille boulets rouges et un nombre proportionné de bombes et d'obus. Deux mille hommes avaient péri dans Lille ; sept cents maisons avaient été la proie des flammes. Le faubourg dé Fives était rasé; presque tous les édifices , encore debout , paraissaient chancelans. L'aspect de la ville était horrible; mais rien dç plus admirable à voir que la garnison et les habitans , également satisfaits les uns des autres , et fiers d'avoir ra-

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