SIEGE DE LILLE
baissé , par une défaite , les insolentes menaces de l'ennemi. Notre histoire doit garder un éternel souvenir aux martyrs qui défendirent avec tant de gloire Fun des boulevards de b France , à ses femmes héroïques, à ses vieillards clignes d elles , à ses enfans qui se jouèrent avec les péril, à la population tout entière qui donna la première un si admirable exempte.
Si les ennemis avaient commis une double faute en se détournant pour attaquer Lille., sans être certains de s'en rendre maîtres, ils furent bien punis par l'effet moral de la levée du siège sur toute la France. En apprenant la victoire des Lillois , elle releva la tête avec un sentiment d'orgueil qui agrandit son courage et enflamma le cœur des soldats et des citoyens. Après la canonnade de Valmy, on se sentait soulagé du poids d'une horrible inquiétude ; après la victoire des Lillois, on se disait avec une confiance sans réserve : « Non seulement la république ne périra pas , mais encore elle est appelée à une suite de triomphes. La gloire vient d'adopter nos drapeaux. » Les hommes qui étaient à la tête de la France ne manquèrent pas cette occasion d'électriser le peuple et de l'enivrer des plus brillantes espérances -, il n'y eut pas une ville, un bourg, un village , un hameau qui ne retentît de cet heureux événement. Dans aucun pays , dans aucun temps on ne sut mieux manier le ressort de l'enthousiasme et en faire jaillir des prodiges. Les Girondins , dont l'éloquence était si propre à les inspirer, avaient malheureusement une idée fixe et dominante , qui les. empêchait de sentir profondément la nécessité d'être tout entiers au salut de la France.
Les Girondins étaient tout puissans dans la législature avant le 10 août : ils obtenaient aussi une grande influence aux Jacobins. Après cette journée , qu'ils n'avaient point faite, ils se laissèrent dépasser, parce qu'ils se montrèrent au-dessous de la grandeur des circonstances : la popularité leur échappa; cependant ils espérèrent encore régner sur m. 21
la Convention nationale, où, dès le principe, la majorité parut décidée en leur faveur; mais tourmentés du désir de reconquérir leur ascendant, qu'ils se voyaient menacés de perdre, ils avaient résolu de renverser à tout prix l'influence de la Commune de Paris et des Jacobins , dont ils étaient devenus les ennemis après avoir long-temps rivalisé avec eux d'audace et de violence contre Louis XVI et sa. cour de conspirateurs. Cet intérêt passionné, fermentant dans leur cœur avec des sentimens généreux, leur inspira la fatale pensée de poursuivre avec acharnement les auteurs du 2 septembre , c'est-à-dire de mettre un abîme entre eux et leurs adversaires. L'aveuglement qui fermait les yeux des Girondins aux conséquences inévitables d'une démarche qprès laquelle ils ne pouvaient plus s'arrêter qu'à la mort , peut à peine se concevoir. Et d'abord comment ces hommes, qui se vantaient si hautement de leur courage, ne pressentaient-ils pas le compte que V opinion publique et leur propre conscience auraient à leur demander au sujet des journées de septembre? Qu'avaient- ils fait pour prévenir ou arrêter les assassinats? Quels actes de dévouement , quelles sublimes paroles attestaient à la France la constance de ceux qui prétendaient être l'élite de ses mandataires? Pourquoi Vergniaud, pourquoi Isnard, pourquoi Gensonné ou Guadet, ne s'étaient-ils pas jetés entre les victimes et les bourreaux , sauf à être arrachés du théâtre de leur vertu comme le maire de Versailles, si prodigue de sa vie pour le salut des prisonniers d'Orléans? S'ils avaient été émus jusqu'aux entrailles par la seule pensée des massacres , est-ce que leur voix . éloquente n'aurait pas eu autant de pouvoir que celle de deux faibles femmes qui arrachèrent leurs pères à la mort? Les Girondins n'osèrent ou ne voulurent point aller aux prisons . Ce fait accusateur devait leur inspirer de la retenue. Combien d'autres considérations de l'ordre le plus çlçv£ leur imposait le parti du silence! Le mal était fait , il était irréparable ; la