‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 92 sur 125 · LA GIRONDE. 5S · texte numérisé non relu

LA GIRONDE. 5S

France, occupée de son immense danger, détournait leâ yeux du spectacle qu on essayait de lui présenter, et réclamait tous les secours de ses enfans. À quoi pouvait loi servir, en des extrémités pareilles, la poursuite! des attentats de septembre? A intimider les étrangers? Au contraire elle annonçait des déchiremens qui devaient augmenter leur audace. Continuons. Attaquer les hommes du 2 septembre, c'était aussi attaquer les hommes du 10 août. Voilà Danton, Billaud-Yarennes , la Commune, les Jacobins et le peuple lui-même en cause. Quel procès! quels seront les juges? où trouveront-ils la force de condamner? Ils lont fait pourtant , je le suppose $ Danton et tous les siens marchent à Téchafaud? Y arriveront-ils? le peuple ne les en lèvera- 1 -il pas du fatal tombereau pour les porter en triomphe ? Mais , non ; il laissera périr ses amis. Soit ; alors que deviendront les vainqueurs? que feront-ils de leur dangereux succès ? comment arrêter la réaction dont ils auront donné le signal par des supplices? Le 9 septembre puni , le 10 août devient un crime ; des accusateurs qui prennent le titre de vengeurs de l'humanité offensée trouvent , dans les massacres populaires de cette journée, aussi cruelle envers les vaincus que le 2 septembre envers les prisonniers, des sources de nouveaux procès suivis 1 leur tour par des arrêts de mort; Pétion, Barbaroux, Bebecqui et leurs complices tombent aussi sous le glaive de la loi ; car le propre des réactions d'un parti contre ses membres est de susciter , pour la ruine des uns et des autres, des vainqueurs, du parti opposé, qui les enveloppe dans la même proscription ; et au milieu de tous ces orages, de toutes ces divisions, que devenait la patrie oubliée par ses enfans pour de fatales querelles qui ne tendaient qu'à la couvrir de honte, et à glacer l'enthousiasme dans le cœur de ses défenseurs? Au lieu de dérouler aux regards de la France et de l'Europe les horreurs du 2 septembre, comme Antoine exposa aux yeux des Romain*

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3ft4 IlÉVOLUTION FRANÇAISE.

la robe sanglante de César pour perdre les meurtriers du dictateur; au lieu de réveiller de cruels souvenirs, que la raison ordonnait d'ensevelir dans les ténèbres du plus profond oubli, il ne fallait parler aux Français que de vertu, de gloire, de liberté, comme on faisait à Rome, où toutes les divisions du sénat, des tribuns et du peuple étaient suspendues au moment même par la voix du dictateur, qui criait : « Aux armes I voilà les Gaulois! aux armes ! Annibal est à vos portes l » Telle était la pensée de tous les bommes profondément pénétrés de ce que demandait l'intérêt du pays. Leur opinion était unanime, et s'exprimait avec la plus franche énergie. Les Girondins, renfermés dans leur cercle , séparés du peuple , n'entendirent pas la voix de l'opinion, et se précipitèrent dans une route fausse sans même avoir pesé les difficultés insurmontables du projet-, plus que téméraire, de décimer et terrasser un parti qui s'appuyait sur le peuple tout entier de la capitale, et qui tenait encore par des liens intimes à tous les patriotes les plus prononcés de France répandus dans les tribunaux, dans les administrations, dans les sociétés populaires. Vainement Danton, élevé au-dessus de ses insultes personnelles , par des pensées d'homme d'état et par les inspirations d'un patriotisme ardent et éclairé , tendait-il aux Girondins le rameau d'olivier, ils le repoussèrent pour se livrer à tout l'emportement de leur passion contre la Commune et contre la députation de Paris, que leur jalousie et leur implacable haine poursuivaient surtout dans la personne de Robespierre , cent fois plus détesté par eux que ce Danton lui-même , qu'ils regardaient pourtant comme le moteur et le directeur des journées de septembre. A la séance du 25 ^septembre, le ministre Roland , qui ne voyait et ne pensait que par ses amis de la Gironde, vint dénoncer à la Convention des troubles civils qui désolaient les départemens; il en accusa les agitateurs du peuple , les provocateurs au crime , et demanda contre eux

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