‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 93 sur 125 · RAPPORT DE ROLAND · texte numérisé non relu

RAPPORT DE ROLAND

udc loi forte, capable seule de sauver le pays. La veiHe, dans an rapport sur la situation de l'esprit public en France, le ministre de l'intérieur avait dit : « Ce n'est qu'avec un gouvernement vigoureux que les états libres se soutiennent. Cette vérité est surtout applicable à un peuple de vingtcinq millions d'hommes , à un temps de dangers publics et à une époque où toutes les ressources nationales doivent se déployer pour terrasser à la fois la fureur de l'anarchie et la coalition des despotes. » Il ajouta : « Autour de la Convention nationale Brunswick étend son influence; il produit des mouvemens sur lesquels là confiance est impuissante : il faut de la force ; elle seule peut confondre les trahisons. Je crois donc que la Convention doit s'environner dune force armée imposante; je crois que cette force doit être composée d'hommes qui n'aient d'autre destination que le service militaire , et qui le fassent avec une constante régularité : une troupe soldée peut seule atteindre ce but. » La proposition d'une loi répressive fut soutenue avec énergie par Kersaint. A peine cet orateur avait-il fini son éloquent plaidoyer en faveur de Tordre et de la liberté, que Collot-d Herbois , Sergent; Tallien , Fabre d'Eglantiné , s'empressèrent de le réfuter , en accusant Roland d'exagérer par faiblesse les troubles et les embarras de notre position à l'intérieur.

Vergniaud, Lanjuinais et Buzot répondirent aux Montagnards \ et après de violens débats où ces derniers se défendirent en hommes qui se sentaient frappés au cœur, la Convention décréta que six commissaires choisis dans son sein seraient chargés , i° de prendre les informations nécessaires pour lui rendre compte de la situation de la république, et notamment de la ville de Paris 5 2° de rédiger un projet de loi contre les provocateurs au meurtre et à l'assassinat ; ô° de présenter les moyens de donner à la Convention nationale une force publique à sa disposition et prise dans les quatre-vingt-trois départemens. Cette

580 RÉVOLUTION FBANÇAME.

discussion uétait que le prélude d'une attaque plus sérieuse et plus directe de la part de la Gironde irritée, et fière de la première victoire qu'elle venait de remporter. Les Jacobios étaient furieux; ils insistaient avec force sur l'outrage que Ton faisait à la ville de Paris, en la présentant comme un repaire d agitateurs et de meurtriers ; le décret de la Convention sur la garde départementale leur paraissait tyrannique, contraire à l'esprit républicain. « Ils veulent qn'on les garde, allait sans cesse répétant Robespierre; quel crime veulent* ils donc commettre? » A l'ouverture de la séance du SUS, plusieurs membres de l'assemblée, pénétrés du même esprit, demandent le rapport des mesures prises la veille, comme injurieuses à la France et surtout à là ville de Paris. Merlin prend la parole, et revenant sur les accusations lancées par Buzot contre les Jacobins , il s'écrie : « J'invite Lasource, qui m'a dit hier qu'il existait dans l'assemblée un parti dictatorial, à me l'indiquer, et je déclare que je suis prêt à poignarder le premier qui voudrait s'arroger un pouvoir de dictateur. » Lasource, en précisant son entretien avec Merlin, commença par accuser vaguement quelques hommes; il signala, sans les nommer, les membres de la Convention qui aspiraient au pouvoir suprême ; il les accusa de protéger les assassins et les désorganisateurs. « Voulez -vous, répondit Osselin, faire cesser ces malheureuses dissensions? faites que chacun s'exprime librement, et je ne doute pas que chacun de nous ne soit prêt à le faire. Je suis né à Paris, je suis député de cette ville. On annonce un parti élevé dans son teinqui veut la dictature, des triumvirs, des tribuns : je déclare , moi , qu'il faut être ou profondément ignare ou profondément scélérat, pour avoir conçu un semblable projet.. Qu'anathème soit prononcé contre celui des membres de la députation de Paris qui osera avoir une semblable idée! Voilà ce que je dis pour ma pari , que chacun en fasse autant. — Oui, s'écrie avec violence le député de

Page 1