‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 94 sur 125 · DENONCIATIONS DE LA GIRONDE · texte numérisé non relu

DENONCIATIONS DE LA GIRONDE

Marseille, Rebecqui, l'un des grands insurrecteurs du 10 août, oui , il existe dans cette assemblée un parti qui rêve la dictature , et le chef de ce parti , je le nomme , c'est Robespierre •' Voilà l'homme que je vous dénonce ! — •• C'est un beau jour pour la république, s'écrie Danton, que celui qni amène entre nous des explications fraternelles ! S'il existe un homme pervers qui veuille dominer despotiquement les représentons du peuple, sa tête tombera aussitôt qu'il sera démasqué ! » Puis , détournant l'orage qui planait sur lui et sur Robespierre, le terrible ministre de la justice, qui ne manquait pas d'adresse, laissa tomber le nom de Ma rat, qtfon pourrait appeler, dit-il, le Royou des républicains. Marat a une tête volcanique, il est insociable -, les souterrains dans lesquels il a été obligé de se cacher ont ulcéré son ame.. .. Il est très vrai que quelques citoyens ont pu être républicains par excès ; mais pour quelques individus exagérés , faut-il accuser une députation tout entière? On parle de dictateurs, de triumvirs? Cette accusation est vague , indéterminée ; il faut que les accusateurs la signent.... — Je la signerai, moi, s'écrie brusquement Rebecqui , regardant fixement Robespierre , qui parait insensible à ce qui se passe autour de lui. — Mais , reprend Danton , il y a aussi un parti que je crois apercevoir, qui veut morceler la France, sous le ridicule prétexte d'Une république fédérative. Je m'indigne d'un tel projet , quand les citoyens de Marseille n'ont d'autres vœux que de donner la main aux citoyens de Dunkerque.» Pour calmer tontes les inquiétudes , pour réunir tous les partis , Danton propose de décréter, 1° l'unité de la république française -, 2<* la peine de mort contre quiconque tenterait de détruire cette unité, ou proposerait la dictature, le triumvirat ou le tribunat. (Àpplaudissemens.)

Non content de ce décret, Buzot, qui ne voulait point paraître céder en patriotisme à un Montagnard, pense» qu'il ne suffit pas de déclarer l'unité de la république ,

mais qu'il faut l'effectuer par la réunion proposée d'une force publique prise dans tous les départemens, et mise à la disposition de la Convention nationale ; il demande le renvoi de la motion de Danton à la commission des six , dont la formation avait été décrétée la veille.

Cette manière d'éluder la difficulté ne pouvait convenir a Robespierre , qui demeurait toujours sous le coup de l'accusation portée contre lui par Rebecqui : aussi prit-il la parole immédiatement après Buzot. Yoici une partie de l'improvisation que lui inspira le sentiment de sa position :

« En montant à cette tribune pour répondre à l'accusation portée contre moi, ce n'est point ma propre cause que je vais défendre, mais la cause publique , quand je me justifierai -, vous ne croirez point que je m'occupe de moimême, mais de la patrie. (S'adressant à Rebecqui) : Citoyen, qui avez, eu le courage de m'accuser de vouloir être l'ennemi die mon pays, à la face des représentons du peuple, dans ce même lieu où j ai défendu ses droits , je vous remercie ! je reconnais dans cet acte le civisme qui caractérise la cité célèbre qui vous a député; je vous remercie, car, vous, moi , la patrie , nous gagnerons tous à cette accusation! »

Après cet exorde par lequel il acceptait franchement le défi de ses adversaires , en mêlant habilement sa cause personnelle à l'intérêt de la patrie , l'accusé continue :

« Il est difficile , sans doute , de répondre à une accusation qui n'est pas précisée -, il est difficile de répondre à la plus vague , à la plus chimérique des imputations ; j'y répondrai cependant. Il est des hommes qui succomberaient sous le poids d'une accusation de tyrannie , mais je ne crains point ce malheur : grâces en soient rendues à mes ennemis , grâces en soient rendues à tout ce que j'ai: fait pour la liberté ! C'est moi qui , dans l'Assemblée constituante , ai combattu contre la cour, dédaigné ses présens , méprisé les caresses du parti plus séduisant qui , sous le masque du patriotisme, s'était élevé pour opprimer la li-

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