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d'autres moyens de «dut public que le triumvirat , et ees écrits sont signés Maratl » A 'cette terrible apostrophe, l'assemblée se soulève -, les députés les plus rapprochés s'éloignent de Marat en l'injuriant. Il reste calme , et sourit à la vue du tumulte. Gambon redouble ; sa voix méridionale et perçante, qui avait une espèce de déchirement particulier dans la colère, tonne contre la Commune de Paris, à laquelle il présente ses œuvres comme autant de chefs d'accusation-, d'autres députés empêchent de multiplier le nombre des preuves fournies par l'orateur. Les cris de ceux des représentans qui veulent repousser l'accusation sont couverts par des clameurs furieuses. Marat tente en» core un effort pour se faire entendre. « Si Marat parle , s'écrie Louvet, je demande la parole contre lui. » Pourtant Panis parvient à se faire entendre après un long et effroyable tumulte.
Il oppose une dénégation formelle aux prétendues ouvertures faites par lai à Barbaroux , au sujet de la dictature de Robespierre. « Je jure , par la liberté , dit-il , que je n'ai jamais eu d'entretien avec le député de Marseille, que je ne lui ai jamais dit un mot ni de dictature ni de Robespierre. Je ne sais ce que je dois admirer le plus ou de l'invraisemblance ou de la fausseté de la délation ! Quelles sont les preuves qu'il vous a données? quels sont ces témoins? — Moi, s'écrie Rebecqui en se frappant la poitrine des deux mains. — Vous êtes l'ami de Barbaroux et , de plus , le dénonciateur, je vous récuse ! . .. Quant aux opérations du comité de surveillance, qui a été aussi inculpé , je suis prêt aussi à le justifier ! — De quel droit , s'écrie Brissot , a vez-vous décerné des mandats d'arrêt contre des députés? — Du droit qu'avait tout citoyen de sauver la patrie, reprend Panis , qui avoue sans détour tout ce qu'a fait la Commune. L'orateur termine ainsi : « Oui , tel homme nous doit la vie qui nous abreuve aujourd'hui de dégoûts et de calomnies ! Vous rai-
tonnez, après la révolution du 10 août et sons la république, comme au temps de la puissance et des crimes de Louis XVI! Vous l'oubliez lui-môme pour poursuivre les martyrs delà liberté! voilà donc le sort destiné aux citoyens qui l'ont fait triompher! »
Panis était pénétré d'une profonde estime pour Robespierre ; il se prosternait d'admiration devant l'incorruptible , devenu l'idole du jour -, il lui rendait une espèce de culte qui se manifestait par des éloges en face et par une obséquieuse déférence. Assurément si l'on eût proposé Robespierre pour dictateur dans un immense danger , il aurait eu la voix de Panis et celle de plusieurs autres encore; mais quelle distance de cette disposition éventuelle de quelques esprits à- la proposition dont Barbaroux parlait comme d'une ouverture positive et d'une confidence sérieuse, émanée de t'interprète d'un parti qui veut engager un homme! Quant & l'accusation générale intentée à la Commune , Panis avait raison contre ses adversaires ; c'était en effet commettre une étrange et funeste imprudence, c'était oublier tous ses engagemens révolutionnaires , que de choisir , pour inculper les hommes du 10 août et la Commune de Paris , le moment où le canon des ennemis armés pour la ruine de tous les défenseurs de la liberté, tonnait aux portes de la France.
A peine Panis a-t-it quitté la tribune , que Marat s y présente. Un mouvement d'horreur se manifeste dans la grande majorité de l'assemblée. Il va parler ; de violens murmures éclatent. Les cris : Abus! à basl s'élèvent avec fureur. Marat, impassible, considère avec sang-froid tout cet orage. Lacroix réclame en sa faveur la justice de l'assemblée. Enfin le calme se rétablit avec peine, et Maral commence : « J'ai dans cette assemblée un grand nombre d'ennemis personnels... — Tous! tous ! » s'écrient au moins les trois quarts des députés. Le bruit recommence, l'orage gronde de nouveau autour de Marat, qui demeure immo-
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bile ; enfin les vagues retombent , et l'orateur reprend : « J'ai dans cette assemblée nn grand nombre d'ennemis personnels , je les rappelle à la pudeur , je les exhorte k s interdire les clameurs furibondes et les menaces indécentes contre un homme qui a servi la liberté et euxmêmes beaucoup plus qu'ils ne pensent; qu'ils sachent écouter une fois, je n'abuserai pas de leur patience.
« Je rends grâce à la main cachée qui a jeté au milieu de vous un vain fantôme pour épouvanter les hommes timides, diviser les bons citoyens et décrier la députation de Paris.... J'ai frémi plus qu'aucun autre à l'idée des mouvemens terribles du peuple , et c'est pour qu'ils ne fussent point éternellement vains, c'était pour que le peuple ne fût point forcé éternellement de les renouveler , que j'avais désiré qu'ils fussent dirigés par quelque citoyen sage, juste et ferme, pour assurer, une fois pour toutes, le salut et le bonheur public ! Si l'on eût pu sentir la nécessité de cette mesure à l'époque de la prise de la Bastille, cinq cents têtes scélérates seraient tombées à ma voix , et la paix et la liberté étaient affermies pour jamais à cette époque , tandis que , faute d'avoir déployé cette énergie aussi sage que nécessaire, cent mille patriotes ont été égorgés , et cent mille autres sont menacés de l'être ! . . . Toutes les mesures vigoureuses ont paru absurdes à beaucoup d'autres , aux .mandataires du peuple surtout : ils se sont crus beaucoup plus sages; aussi auraient-ils perdu la patrie , si le peuple n'eût foulé aux pieds leurs lâches systèmes ! Mes idées , quelque révoltantes qu'elles parussent , ne tendaient qu'au bonheur public ^ car jamais personne n'aima plus que moi Tordre et le règne des lois justes !
« Telle était mon opinion : je ne l'ai point propagée dans les cercles ; je lai imprimée, je l'ai signée; je la défends , et je n'en rougis point ! Etait-elle extravagante? il fallait me plaindre*, dangereuse? c'était aux hommes plus
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éclairés que moi à ipe combattre, au lieu de provoquer contre moi les poignards des scélérats et les baïonnettes du despotisme !
« On a osé me prêter des vues ambitieuses ! Je ne descendrai pas jusqu'à une justification; voyez-moi, et jugez* moi ! Si j'avais voulu seulement mettre un prix à mon silence, je serais gorgé d'or, et je suis pauvre. Pour servir ma patrie , j'ai bravé la misère, les dangers, les souffrances ; poursuivi sans cesse par des légions d'assassins , j'ai erré trois ans de souterrain en souterrain \ j'ai prêché la vérité , la tête sur le billot. Si Lafayette ou tout autre ennemi de la liberté s'était emparé de ma personne, le plus ardent défenseur du peuple n'existerait plus ! »
Marat nous a toujours inspiré le plus grand éioignement, Marat nous paraissait déshonorer la liberté par son violent et cynique langage , Marat et ses propositions sanguinaires nous faisaient horreur -, mais il ne manquait pas ici d'une certaine profondeur de sens , et peut-être plusieurs de ses accusateurs reconnaissaient-ils en eux-mêmes l'effrayante vérité de ses paroles de sang. Aussi Marat reçut quelques applaudissemens. Après les fureurs qui venaient d'éclater contre lui, nous devons remarquer, comme une circonstance qui caractérise l'état de l'assemblée, le silence au milieu duquel l'ami du peuple prononça son discours. Ce patient accueil était un véritable triomphe, et quand Marat reprit sa place habituelle , ses voisins ne s'éloignèrent pas de lui; ils restèrent sans honte assis à côté de celui qui, un moment auparavant, semblait être un pestiféré. L'assemblée resta un instant immobile, comme étonnée d'ellemême et de ce qu'elle venait d'entendre. Cependant Vergniaud ne voulut point laisser sans réponse le discours du démagogue, «S'il est un malheur, dit-il, pour un représentant du peuple , et sensible pour mon cœur, c'est celui d'être obligé de remplacer à cette tribune un homme chargé de décrets de prise de corps qu'il n'a pas
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purges! ii La colère emportait Yergwaml ; de «ombreux murmures rinterrompent , et Ahret s'écrie : « Je m en bis gloire ! » Chabot interpelle l'orateur : « Sont-ce les décrets du Chàtelet dont on parle? » dit-il. — « Sont<e ceux dont il a été honoré pour aToir terrassé LaJajette ? » ajoute Tallien. Yergniand continue : « (Test le malheur <f être obligé de remplacer un homme contre lequel il a été rendu un décret d'accusation , et qui a élevé sa tête audacieuse au-dessus des lois, un homme enfin tout dégouttant de calomnies , de fiel et de sang ! (Murmures.) — Marat : « Je n'ai jamais calomnié personne , quoique j'aie accusé quelquefois ! ... » Vergniaud lit la fameuse adresse publiée par la Commune le lendemain des massacres de septembre ; mais soit qu'il eût été fiché de ses premiers emportemens, soit qu il fût troublé par quelque autre cause , il ne tira pas de cette pièce tout le parti qu'il pouvait en tirer : sa philippique produisit peu d'effet. Boileau lui succéda , et fut plus heureux que lui. « Marat vous a dit, s'écria-t-il d'une voix furieuse et entrecoupée par la colère , qu'il désirait donner des preuves de son amour pour Tordre et les lois ; eh bien ! Marat provoque une nouvelle insurrection. Voici ce que ce tigre a écrit avec ses griffes de sang dans une feuille qui paraît aujourd'hui : « Une seule réflexion m'accable, c'est que tous mes ejjorts pour sauver le peuple n'aboutiront à rien- sans une nouvelle insurrection! (Murmures d'horreur.) A voir la trempe de la plupart des députés de la Convention nationale, je désespère du salut public l » Un tumulte effroyable s'élève. La voix de Boileau parvient à le dominer. « Rougis , Marat, si tu le peux, et sache, pour mon propre compte , qu'il y a plus de vertu dans ce cœur que de folie dans ta tête! » On applaudit arec violence. L'orateur continue la lecture du factum révolutionnaire de Marat : « Si, dans les huit premières séances , les bases de la constitution ne sont pas posées.... (Le traître ! il sait bien que c'est impossible ! ) n'attendez plus
rien de cette assemblée, vous êtes anéantis pour toujours ! cinquante ans d'anarchie... (que ta yeux exciter, dit l'orateur ) cinquante ans d'anarchie vous attendent , et vous tien sortirez que par un dictateur* vraiment patriote et homme d'état. » Il est impossible de se faire ridée des transports d'indignation qui éclatèrent alors. On s'écrie de tous côtés : Marat à ? Abbaye! à la guillotine ! Boileau réclame le silence. « Attendez , citoyens , voici la sanguinaire finale: O peuple babillard, si tu savais agir l... Je demande que ce monstre soit décrété d'accusation ! » On injurié , on- menace Marat ; des bras même se lèvent sur lui. Après la plus violente opposition et des interruptions sans cesse renaissantes, Marat obtint enfin la parole, malgré Henri Larivière, qui demandait que cet homme fût interpellé purement et simplement d'avouer ou de désavouer récrit cité par Boileau. Marat avait gardé tout son sang-froid. Celui qui jusqu'alors n'avait montré d'audace que dans son journal , qui s'était caché devant Lafayette et au 10 août, semblait, depuis son rôle au comité de surveillance de la Commune , où il avait pris l'initiative des assassinats et assumé presque sur lui la responsabilité des crimes de tous , avoir revêtu un nouveau caractère, et faisait preuve ici du plus grand et du plus difficile courage : ni Robespierre , ni Danton lui-même , ne l'auraient eu dans sa position.
« Je supplie l'assemblée , dit-il, de ne point se livrer à des excès de fureur contre moi! » Alors il essaya de se justifier, en citant un article du jour même , inséré par lui dans une nouvelle feuille , et , profitant habilement de l'effet produit par cet article , dont tous les patriotes pouvaient reconnaître et signer les principes , il ose récriminer, et plaint ses collègues de s'abandonner à la colère. <( Si vous eussiez lancé contre moi un décret d'accusation, cette arme m'aurait soustrait à la rage de mes persécuteurs. » Il appuyait un pistolet sur son front. « Oui , je