‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 97 sur 125 · RÉPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE

me brûlais la cervelle à cette tribune même!... » On a su depuis que le pistolet n'était pas chargé.

L'assemblée passa à Tordre du jour sur la proposition faite contre Marat. Dans le même moment , k motion de Danton , tendant à déclarer l'unité de la république, fat votée en ces termes , après avoir été appuyée par Robespierre , Cou thon, Barrère :

« La république française est une et indivisible. » C'étaient deux victoires remportées sur la Gironde. Nous avons cru devoir insister longuement sur cette cinquième séance de la Convention nationale, parce qu'elle contient le germe de l'avenir, et parce qu'elle indique d'une manière nette et précise la violence des passions qui séparaient les deux grandes factions du parti révolutionnaire ; enfin, parce qu'elle montre leurs positions respectives, et les fautes qui se commirent de part et d'autre. Il est encore un fait que nous avons voulu et dû faire ressortir , c'est que la première attaque contre des membres de la Convention a été faite par la Gironde, qui n'a point envoyé Marat, Robespierre et Danton à l'échafaud , non parce qu'elle n'a pas voulu, mais parce qu'elle n'a pas pu pousser les choses jusqu'à cette extrémité.

Si au lieu de se laisser emporter ainsi , les Girondins eussent entendu les paroles conciliatrices de Danton, s'ils eussent compris que cet homme extraordinaire, jeté par la plus violente des nécessités hors des limites de la loi , voulait y rentrer avec le peuple ; que , fatigué lui-même des exigences et de la domination de la Commune, dont quelques membres étaient même auprès de lui des ultrarévolutionnaires, il voulait créer, au sein de la Convention nationale, une force capable d'imposer à tous les partis *, s'ils eussent senti que c'était pour parvenir à ce but que le tribun cherchait à éteindre tous les brandons de discorde , peut-être de grands malheurs auraient été conjurés. Danton, uni avec les membres de la Gironde, et m. 2 a

leur prêtant l'appui de son caractère, de son audace, aurait obtenu une influence d'autant plus grande que l'attaque contre Robespierre n'aurait pas eu lieu , et que, loin de se susciter en lui un adversaire implacable t on pouvait , par l'entremise de Danton , qui lui rendait la force et le courage dans les grands dangers , obtenir le secours de la popularité dont il était investi. Danton échoua dans ses projets de réunion ; les hostilités continuèrent entre les deux partis, imbus des plus fortes préventions l'un contre l'autre. C'est à ce sentiment qu'il faut attribuer le décret, d'ailleurs conforme aux principes, par lequel la Convention , sur la proposition de Lanjuinais, s'interdisait la faculté de choisir des ministres dans son sein. La Constituante avait pris , pour écarter Mirabeau du ministère , la même résolution que les Girondins et les Montagnards venaient d'adopter pour empêcher réciproquement leurs adversaires de se saisir de l'autorité.

Les événemens si importans de Paris, le commencement des hostilités dans le midi , la prise de Chambéry et l'héroïque résistance des Lillois , ont détourné notre attention de la situation dans laquelle se trouvait la grande armée prussienne , repoussée par le canon de Valmy, et désespérant désormais de vaincre des citoyens fiers d'un premier succès, qu'une patriotique exagération appelait une victoire.

La position des deux années était des plus singulières : les troupes prussiennes tournaient le dos à Paris, et l'armée française lui faisait face. Ainsi , théoriquement parlant , cçs deux corps se trouvaient dans une situation fausse et hasardée ; mais Dumouriez avait un immense avantage : ses communications étaient libres avec Vitry et Bar, dont il recevait facilement des approvisionnemens de toute espèce, tandis que les Prussiens se voyaient réduits à prendre un détour immense pour faire arriver des convois de vivres, qui étaient encore forcés de passer par la trouée de

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