‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 10 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

VOLTAIKE (IIEZ LE GRAND-PHIEUR. — VOLTAIRE A SAIM-ANGE 1714-1715.

Dans reiitiôre liberié de la Régence, recoii naissante envers les Vendôme qui l'avaient préparée, il y eut au Temple continuité de fête et recrudescence d'orgie. Commencées le soir, les séances bachiques duraient jiisciu'au jour; quelquefois même, un souper ne finissait (pi'à l'heure où devait commencer l'autre. Voltaire était de ces soupers. « Je sais, se fait-il dire par François P'', dans une Epitre à Vendôme,

(i Je sais que vous avez l'honueur, Me (lit-il, (l'être des orgies De certain aimable Prieur, • Dont les chansons sont si jolies. , . . 1 »

En 1706, à répotjue où Châteauneuf l'avait présenté, il n'avait fait qu'entrevoir ÏAltesse chansonnière, cette année

une situation plus favorable et elle sut se taire dans la société une place respectée. Voltaire, qui aussitôt après sa rentrée avait tenté de venir à son aide, lui donna plus tard encore des preuves de son constant attachement, voilà encore un de ces traits qui, se renouvelant dans des circonstances semblables durant toute sa vie, témoignent en laveur de son cœur, et que dés lors nous ne devons pas laisser se perdre. » (Voltaire. Six conférences de David-Frédéiic Strauss. Ouvrage traduit de l'allemand par Louis Narval. Paris, Reinwald et C\ 1876, p. 16.) — Le procureur, dont il est parlé plus haut, était niaitre Alain, et son étude était située rue Pavée-Saint- Bernard, près les degrés de la place Maubert. (11. d'A.) 1 OEuvres, t. XIII, p. 15. (Note de l'auteur.)

ayant été précisément celle île l'exil du Grand-Prieur ; mais en 1715, il trouva dédommagement dans l'accueil gracieux que lui lit le maître du Temple

Au sortir de ces sociétés brillantes, aprî's une nuit d'orgie, comment Voltaire aurait-il pu s'enfermer dans l'ombre et la poudre du greffe? Aussi laissait-il là maître Alain et ses dossiers pour courir à quelque tète nouvelle, ou il ne s'enfermait que pour faire des vers. Son père était désolé et songeait encore à quelque mesure de rigueur. La désolation du vieillard fut au condde ;'i rap|)anlion du Bourbier * (1714), (]ui suscita tant de colère et de projets de vengeance. 11 allait demander contre son cocpiin de lils une autre lettre de cachet, lorsipie le jeune Cauniarlin, un des liabilués du Temple et des amis de Voltaire, obtint du père irrité la permission de l'emmener à Saint-Ange, près de Fontainebleau, château bâti par François I" pour la duchesse d'Etampes, qui était passé dans la maison des r.aumartin. Là, en effet, ses résolutions d'avenir se [ixèrent, mais non dans le sens qu'aurait voulu le v4eil Arouel. A Saint-Ange il trouva le vieux (laumartin ^ l'ancien élève de Flécliier, (pii le nourrit d'histoire et de littérature Ce (|ue Saint-Simon et tous les contenq)orains

exaltent surioul en lui, c'est sa mémoire prodigieuse, sa science uni(pi(' de toute l'histoire de son lenqis, et le charme de sa convrrs.iiion cl de, son connnerci'. Vollaire ;i dil do son côté :

1 Celait mit' s;iliie diriirée coiitif ses rivaux cl ses juges, car ayant pris pari deux ans auparavant au concours do poésie ouvert par l'Académie française, ce fut Id-uvre d'un de ses concuricnis, un certain alibédu .larry, qui fut couronnée. (W. d'A.)

i Lnms Urbain de t]auniartiu (l('.ô:i-l*'2U). ancien intemlant (ic> finances cl consciilci- d'Kl;il. Il d'A.i

— SS- II Cauniarfin porto en son cerveau De son temps l'histoire vivante •.

Caiimartin est toujours nouveau A mon oreille qu'il enchante ; Car dans sa tête sont écrits Et tous les faits et tous les dits Des grands hommes, des beaux esprits, Mille charmantes bagatelles.

Des chansons vieilles et nouvelles.

Et les annales immortelles Des ridicules de Paris i .

. . . Saint-Ange lui était une retraite commode pour échapper aux reproches de son père et aux vengeances de ses ennemis, un alibi plus commode encore qu'il se hâtait d'invoquer, lorqu'oii lui impulail certaines ordures - (ju'il répandait à Paris.

Il ne parait pas néanmoins avoir fait, cette première fois, un long séjour à Saint-Ange, ayant à revoir des amis du Temple, et à négocier la représentation de son OEdipe^ dont il s'occupait déjà. Mais il y retourna plus d'une fois, de Sully ou d'ailleurs, et il prit l'habitude d'aller s'y reposer des fatigues de la vie parisienne. — L'AïuiÉ MAYNARn. Voltaire, sa vie el ses œuvres. (Paris, Ambroise Bray, 1868), 2 vol. in-8°, t. I.

1 Epître à M. le prince de Vendôme (I71G ou 1717), OEuvres, t. XIII, p. 13. (Note de l'auteur.)

2 Les vers contre le Régent et sa fille la duchesse de Berry. (1\. d'A.)

Page 1