‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 9 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

PREMIER VOYAGE DE VOLTAIRE EN HOLLANDE. — SES AMOURS AVEC. MADEMOISELLE DU NOYER.

Une folie, assez excusable à cet âge, rendit son séjour en Hollande très-court ' ; il y trouva cette madame du Noyer, connue par quatre volumes de mémoires très-suspects, et qui présidait alors à la rédaction d'une gazette. Sa lillo, aimable, jolie et intéressante, possédant l'esprit de sa mère sans ses défauts, lit connaître au jeune Arouet cette passion impérieuse qui n'écoute ni les conseils de la raison, ni les lois sévères de la décence. Mademoiselle du Noyer, bonnéte, mais sensible, n'opposa à son amant (jue ces dillicultés, qui rendent l'amour plus vif encore, et bientôt les imprudences irréparables de ces espèces de liaisons iraliirent le secret de leurs cœurs. .Madame du Noyer, malgré l'expérience (pi'elle devait avoir ac(iuise, au lieu d'essayer les conseils de la tendresse maternelle, n'employa (prune autorité absolue et trop sévère dans les femmes (lui ont cessé de plaire. On éluda ses défenses. Des lettres surprises, où l'amour persécuté se répandait en iiimininvs et en reproches, portèrent cette mère

1 (;'tt;iil cil 171;'., et Vi)lt;iirc ;iv;iil alms dix-nour ;iiis. Son pt'ic, no voyanl pas d'issue à la \ie di.ssipéc qnil menait à Paris, résolut de Ion éloigner -. il connaissait de longue dalc le uiorquis do ChiUcauncuf qui venait dV-trc nommé amltassadcur en iloilande ; il le supplia di; voulnir bien se (h:trt'er de .son (ils à tilrr (,'c patte ou dallaclic, et Chàloauiieul' y consentit. Cil. d'.\.;

offensée, à invoquer raulonlé do l'ambassadeur, et celui-ci, pour éviter les scènes, qu'une femme naturellement intriguante aurait pu donner au public, mit l'amant désespéré aux arrêts dans son hôtel.

Ce premier malheur n'était que le prélude de ceux qui devaient suivre. On lui annonça, qu'il fallait partir pour Paris. Les amants concertèrent par lettres les stratagèmes que l'amour inspire pour suppléer à l'absence. Une dernière entrevue était ou du moins paraissait indispensable. « Ce serait vous trahir, écrivait M. Arouet à mademoiselle du Noyer, que de venir vous voir ce soir, il faut absolument que je me prive du bonheur d'être auprès de vous, afin de vous mieux servir. Si vous voulez pourtant changer nos malheurs en plaisirs, il ne tiendra qu'à vous. Envoyez Lisbetle sur les trois heures, je la chargerai d'un paquet, qui contiendra des habillements d'homme, vous vous accommoderez chez elle, et si vous avez assez de bonté pour vouloir bien voir un pauvre prisonnier qui vous adore, vous vous donnerez la peine de venir sur la brune à l'hôtel. »

Ainsi l'Amour aveugle le flattait que des habits d'homme déroberaient sa maîtresse à tous les yeux. Un valet intriguant se charge des détails, et ce périlleux projet s'exécute, comme on le voit par les jolis vers qu'il occasionna le lendemain :

Knfin, je vous ai vu, chainiant objet que j'aime,

Kn cavalier déguise dans ce jour,

.l'ai cru voir Vénus elle-même

Sous la figure de l'Amour.

L'Amour et vous, vous êtes du même âge.

Et sa Mère a moins de beauté ;

Mais malgré ce double avantage, J'ai reconnu bientôt la vérité :

Pimpette, vous étiez trop sage

Pour être une Divinité.

Cette imprudente démarche fut encore découverte et suivie de nouveaux chai^riiis. Il pariit le 18 décembre 1713 pour Paris, avec le ferme projet d'engager M. du Noyer à rappeler sa (ille auprès de lui. Comme son âge et ce qui venait de se passer n'aurait pas donner un grand poids à son éloquence, il parvint à employer la proleclion d'un évcque et les intrigues d'un jésuite '. Rien ne réussit. D'ailleurs, des soins personnels ne lui permirent pas de se livrer tout entier à cette négociation. Son père, effrayé de son début dans le monde, voulait, avec le secours d'une lettre de cachet, lui donner une de ces sortes de leçons (jui influent sur le reste de la vie; son fils, instruit à temps, désarma sa colère, en se jetant dans l'étude d'un procureur, où il promit de seconder les vues de sa famille ^. — Le mahquis de Luchet. Histoire littéraire de M. de Voltaire. (Cassel, 1780 )

1 <r La piomicre chose que je ferai en arrivant à Paris, eerit Voltaire à « son adorable Olympe, ce sera de mettre le P. Tourneniine dans vos « intérêts. » Grâce à ses démarches, grftcc à son influence snr lévéqiie d'Evreiix, parent de M"" du Noyer, le père de Pimpelle consentit à la recevoir chez lui, l'arracha ainsi pour quelque temps à la corruption maternelle, et lui aurait peut-èlre fait contracter un hon mariage si l'intrigante madame du Noyer n'était bientôt parvenue à reconquérir sa hlle, et à la rejeter dans les aventures romanesques, jusqu'à sa malheureuse union avec le prétendu comte de Winterfeld. — IIenui Beaiînui. VoUaire au CoUrgr. (Paris, Amyot, 1807 ) (H. d'A.)

2 Nous compléterons le récit de cet épisode de la vie de Voltaire par ce passage du ro/<rtirc de Strauss : o . . La correspondance continua encore quelque temps après le retour de lamanl ; mais hienlôt la mère décida avec un mimsieur Winlerfcid une union qui se termina aussi malheureusement que la préiédenlc. Rnlin. celle Icmme si fausse mourut eu ITIf), et Olympe (c'était le nom de mademnjselle du Nover), déji) séparée d'avec son mari, revint en France, iiii elle mena au cMPimcncenient une existence diflicile ; mais au tioiil de quel(|ues années, la mort d'un oncle la plaça dans

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