UUPTLRE AVEC JEAN-BAPTISTE ROUSSEAU
En 1722, Voltaire accompagna madame do Rupelmonde en Hollande^. Il voulait voir, à Bruxelles, Rousseau dont il plaignait les malheurs et dont il estimait le talent poétique. L'amour de son art l'emportait sur le juste mépris que le caractère de Rousseau devait lui inspirer. Voltaire le consulta sur son pocme de la Ligue, lui lut VEpiIre à Uranie^, faite pour madame de Rupelmonde, et premier monument de sa liberté de |)enser, comme de son talent pour traiter en vers et rendre populaires les questions de métaphysique ou de morale. De son côté, Rousseau lui récita une ode à la Poslérilé, « qui,
1 Fille (lu iiKiivchal d'Aligre, et veuve du comte de llupelmonde, lue à Villa -Viciosa en 1710. A partir de ce mnmeut. elle se montra plus que galante, d'après les vaudevilles et les chansons du temps. » A une ùme pleine de candeur et à un penchant extriMne ii la tendresse, dit Duvernet [Vie de VoUairc), ellcjoitinait une grande inccriilude sur ce qu'elle devait croire. » Voltaire et elle s'étaient pris de quelque passion, et Voltaire avoua que l'amour se mil en tiers avec eux dans le voyage. Elle était née vers 1(188, et mourut en t7.V2. (R. d'A.)
2 Rn juin. Le voyage se fit à petites journées. En juillet, ils s'arrêtèrent à Camhrai où ils résilient jusqu'au commencement de seplemhre. Après avoir passe à Bruxelles, ils allèrent à La Haye et à Amsterdam et ne lurent de retour à Paris que vers la tin d'octobre. (K. d'A.)
•i Ou le Pour H le Contre, compose d'abord sous le titre tVKpilre à Julie ou a Vranie. (H. d'A ,
comme Voltaire le lui dit alors, à ce (jifon prétend, ne devait pas aller à son adresse ; « et le Jugement de Plulon, allégorie satirique, et cependant aussi promptemenl oubliée que l'ode. Les deux poètes se séparèrent ennemis irréconciliables. Rousseau se déchaîna contre Voltaire, qui ne répondit qu'après quinze ans de patience. On est étonné de voir l'auteur de tant d'épigrammes licencieuses, où les ministres de la religion sont continuellement livrés à la risée et à l'opprobre, donner sérieusement pour cause de sa haine contre Voltaire, sa contenance évaporée pendant la messe, ei VÉpître à Uranie \ Mais Rousseau avait pris le masque de la dévotion ; elle était alors
1 « Je ne puis ni'empêciier, dit Rousseau, de raconter ici de quelle manière je fus informé de son arrivée. M. le comte de Lannoy, que je trouvai à midi cliez M. le marquis de Prié, me demanda ce que c'était qu'un jeune liomme qu'il venait de voir à l'église des Sablons, et qui avait tellement scandalisé tout le monde par ses indécences durant le service, que le peuple avait été sur le point de le mettre dehors. J'appris le moment d'après, par un compliment de Voltaire, que c'était lui-même qui était arrivé dans la ville à minuit, et qui avait commencé à y signaler son arrivée par ce beau -début. » {Lelireào 1736, dans Chaudon, 1" partie, p. 59 et suivantes.) — « Il est vrai, a répondu Vollaive, que j'accompagnai vers l'an 1720 (1722), une dame de la cour de France qui allait en Hollande, Rousseau peut dire, tant qu'il lui plaira, que j'allais à la suite de cette dame-, un domestique emploie volontiers les termes de son état ; chacun parle son langage. Nous pas.'^ùmes par Bruxelles. Rousseau prétend que j'y entendis la messe trèsindévot^ment, et qu'il apprit avec horreur celte indécence de la bouche de M le comte de Lannoy, car il a toujours cité de grands noms sur des choses peu importantes. Je pouvais, en eflet, avoir été un peu indévot à la messe. M. de Lannoy dit cependant que « Rousseau est un menteur qui se sert de .son nom très mal à propos, pour dire une impertinence. » Je ne parlerai pas ainsi. Il se peut, encore une fois, que j'aie eu des distractions à la messe, j'en suis très-fâché. Mais, de bonne foi, est-ce à Rousseau de me le reprocher. » {Aux auteurs de la Bibliothèque française, 20 septembre 1746. — OEuvrcs, t. LU, p. 287 etsuiv.) (R. d'A.)
un asile honorable pour ceux que l'opinion mondaine avait flétris, asile sur et commode que malheureusement la philosophie, qui a fait tant d'autres maux, leur a fermé depuis sans retour. — Gondorcet. {Vie de Voltaire.)