‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 23 sur 122 · LIVRES · texte numérisé non relu

LIVRES

Les contrats sur la ville 1 4,023

Contrat sur M. le duc de Richelieu 4,000

/dew sur le duc de Bouillon 3,250

Pension de M. le duc d'Orléans 1 ,200

Contrat sur M. le duc de Villars 2,100

Idem sur le marquis de Lezeau 2,300

V contrat sur le comte d'Estaing 2,000

Celui sur M . le duc de Guise 2,500

Idem sur le président d'Auneuil 2 ,000

Idem sur M. Fontaine 2,000

Idem sur M. Marchand 2,400

Idem sur la Compagnie des Indes 605

Appointemens d'historiographe de France .... 2,000

Idem de gentilhomme de la chambre. . 1,620

Contrat sur M. le comte de Goesbriant 540

Idem sur iM. de Bourdeille 1 ,000

Loterie royale 2 ,000

2' contrat sur M. Marchand 1 .000

Contrat sur les 2 s. pour livie 9,900

Vivres de l'armée de Flandre 17 ,000

74,038 » Tout ce que possédait M. de Voltaire n'était pas compris dans cet état; on peut inférer que tous les objets de sa fortune réunis ne lui rapportaient guère moins de quatre-vingt mille livres par an, et cela dut encore beaucoup s'augmenter dans la suite. On m'a dit que pendant son séjour en Prusse, il prit part à 1'établi.ssement d'une espèce de Compagnie des Indes que le roi formait au port d'Emden, et qu'il mit deux millions dans cette

nient accusé d'avoir eu des torls avec ses libraires * ; mais ils avaient à leurs ordres toute la canaille littéraire, avides de calomnier la conduite de l'Iiomme dont ils savaient trop qu'ils ne pouvaient étouller les ouvrages. L'orgueilleuse médiocrité; (lueUjues honnnes de mérite blessés d'une supériorité trop

entreprise, mais qu'au bout de deux ou trois ans, la Compagnie s'étant dissoute, faute de succès, il retira ses fonds et les plaça chez plusieuis princes d'Allemagne. Beaucoup de gens pourront s'étonner de ce que M. de Voltaire, avec de si gros revenus, ne chercliût point à consolider sa fortunepar l'acquisition de bonnes terres, et qu'il se plût au contraire à IVpaipiller dans toute l'Kurope. Elle reposait en cfl'et toute entière sur des feuilles de papier ou de parchemin ; ses porte-feuilles étaient pleins de contrais, de lettres de change, de billets à terme, de reconnaissances, d'eflèts du gouvernement. Il eut été diflicile, sans doute, de trouver dans le porte-feuille d'aucun autre homme de lettres autant de manuscrits de celte espèce, et les poètes surtout voient rarement couler chez eux le Pactole avec IHippocrène. .. » Mémoires. p. 331-3.35 du t. II des Mémoires sur Voltaire, par Longchamps et Wagnière. (Paris, Aimé André, 18'26.) (R. d'A )

1 Gondorcet fait ici allusion surtout aux démêlés de Voltaire avec limprimeur-libraire Fran(.'ois .lore, de Rouen. Lors du voyage de Voltaire eu cette ville, en 1731, pour faire publier son llisloire de Charles XII et imprimer la Henriade, Jore lui fut présenté et recommandé par son ami Cideville. La première édition, donnée par Jore, des Lettres philosophiques (173'i). dont il prétendait avoir acheté le manuscrit, quand, au contraire. Voltaire soutenait ne lui avoir donné qu'une simple autorisation d'imprimer, fit nailre de vifs démêlés entre l'auteur et l'éditeur. Ce dernier, poursuivi par ordre supérieur pour le fait de la publication de ces lettres incriminées, fut jeté à la Bastille ; et lors(|u'il eu sortit il était complètement ruiné. Tous les détails de celle aiïaire se trouvent consignés dans un pamphlet de Jore, intitulé VoUariana , où Voltaire est fort mal traite. Il s'en vengea en faisant une pension à Jore, et en lui envoyant, par <leux fois, des secours en Italie où il s'était retiré. Six lettres d'excuses et de renuMciements de Jore à Voltaire sont dfinnées comme pièces justificatives à la suite de la Vie de Voltaire par Condorcet. (II. d'A.)

incontestable; les gens du monde toujours empressés d'avilir des talents et des lumières, objet secret de leur envie; les dévots intéressés à décrier Voltaire pour avoir moins à le craindre : tous s'empressaient d'accueillir les calomnies des libraires et des Zoïles. Mais les preuves de la fausseté de ces imputations subsistent encore avec celles des bienfaits dont Voltaire a comblé quelques-uns de ses calomniateurs ; et nous n'avons pu les voir sans gémir, et sur le malbeur du génie condamné à la calomnie, triste compensation de la gloire, et sur cette honteuse facilité à croire tout ce (jui peut dispenser d'admirer.

\oltaire n'ayant donc besoin, pour sa fortune, ni de cultiver des protecteurs, ni de solliciter des places, ni de négocier avec des libraires, renonça au séjour de la capitale. Jusqu'au ministère du cardinal de Fleuri, et jusqu'à son voyage en Angleterre, il avait vécu dans le plus grand monde. Les princes, les grands, ceux qui étaient à la tête des affaires, les gens à la mode, les femmes les plus brillantes, étaient recherchés par lui et le recherchaient. Partout il plaisait, il était fêté; mais partout il inspirait l'envie et la crainte. Supérieur par ses talents, il l'était encore par l'esprit qu'il montrait dans la conversation ; il y portait tout ce qui rend aimables les gens d'un esprit frivole, et y mêlait les traits d'un esprit supérieur. Né avec le talent de la plaisanterie, ses mots étaient souvent répétés, et c'en était assez pour qu'on donnât le nom de méchanceté à ce qui n'était (jue l'expression vraie de son jugement, rendue fréquente par la tournure naturelle de son esprit.

A son retour d'Angleterre, il sentit (jue, dans les sociétés oîi l'amour-propre et la vanité rassemblent les hommes, il trouverait peu d'amis ; et il cessa de s'y répandre, sans cependant rompre avec elles. Le goût qu'il avait pris pour la magni-

licence, pour la grandeur, pour tout ce qui est brillant et recherché, était devenu une habitude; il le conserva même dans la retraite; ce goût embellit souvent ses ouvrages; il influa quelquefois sur ses jugements. Rendu à sa patrie, il se réduisit à ne vivre habituellement ([u'avec un petit nombre d'amis. Il avait perdu M. de Géiionville et M. de Maisons dont il a pleuré la mort dans des vers si touchants, monuments de cette sensibilité rare et profonde (|ue la nature avait mise dans son cœur, (jue son génie répandit dans ses ouvrages, et qui fut le germe heureux de ce zélé ardent pour le bonheur des hommes, noble et dernière passion de sa vieillesse. Il lui restait M. d'Argenlal, dont la longue vie- n'a été qu'un sentiment de tendresse et d'admiration pour Voltaire, et (jui en fut récompensé par son amitié et sa confiance ; il lui restait MM. de Formonl et de Cideville qui étaient les confidents de ses ouvrages et de ses projets. — (Vie de Voltaire.)

CHAPIÏRt: XVlll.

PRKMIKItS KAI'I'ORTS DE Vol/LVIKi: AVEC LA MARQUISE lu ( ilATKI.KT '.

r,(' fut Dumas d'Aigncberre, un Toulousain bel esprit, l'un <!•■- <cnv;ijn^ d'ddicr do la cour de Sceaux, (|ue Voltaire avait

J Gabiitlli-Ediili»' Le Tonnelier lio Ilreleiiil. marquise du Cliiilelet, ufe à Paris en ITilC. m. en I7î!l. Rlli- clnili.i d.s f.'nl'.inc.- rimL'l.iis l'ilnliei) et

vraisemblablement connu chez la duchesse du Maine, qui les présenta l'un à l'autre : « Mon cher ami, c'était vous (jui m'aviez fait renouveler connaissance, il y a plus de vingt ans, avec cette femme infortunée...'» Voltaire avait alors trente-neuf ans; il était jeune encore et possédait, avec le prestige de

le latin, et coramença même une traduction de Virgile. Mariée au marquis du Châtelet, lieutenant-général, elle vécut avec la même licence que les personnages de la Régence. Elle serait oubliée sans ses relations avec Voltaire, à partir de 1733, dans sa terre de Cirey. Poussée par une vocation réelle pour les sciences exactes, elle concourrut, en 1738, pour le prix de l'Académie des Sciences, sur une question relative à la nature du feu, et publia des Inslilulions de Physique, avec une Analyse de la philosophie de Leibnitz, 1740. Une traduction des Principes de Newton fut publiée après sa mort par Clairaut, 1756, avec un Eloge de l'auteur par Voltaire. M"" du Chcitelet écrivit encore un Traité sur le bonheur, qui renferme des remarques tines, rendues dans un style net et vif, mais d'un esprit sec, positif et matérialiste. Elle ne fut pas exempte du pédantisme de la femme savante-, elle eut moins de sensibilité que d'esprit. On a publié d'elle en 1806, plusieurs Lettres au comte d'Argental. Des détails laissés en manuscrit par M"" de Grafigny ont paru en 1820, sous le titre de Vie privée de Voltaire et de M"" du Châtelet, 1 vol. in-8°, G. M. (Dictionnaire général de Biographie et d'Histoire, parCh.Dézobry et Th. Bachelet (Paris, 18G3), T. I, p. 844. — V. dans la Correspondance complète de madame du Deffand (Paris. 1865), T. II, p. 763, un portrait — très en laid — de madame du Ghfttelet. — Mais d'après M. G. Desnoiresterres, qui s'appuie sur le témoignage de Maupertuis (Iconographie des hommes célèbres [Meimer, 1828-1830], t. III. Fragment d'une lettre à Maupertuis) et sur celui de madame Denis (Lettre de madame Denis à Tliiérot, 10 mai 1718), M°" du Châtelet était loin d'être laide. « L'opinion de M""" de Grafigny lui est aussi favorable, dit-il, et il ajoute : «Voir la gravure de Langlois (1786), d'après le portrait peint par Marie-Anne Loir, d'une expression très vivante, et qui nous semble être de toutes les gravures que nous connaissons de madame du Châtelet incontestablement et la plus ressemblante et la plus heureuse. » {Jeunesse de Voltaire.) (R. d'A.) 1 Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LV, p. 355. Lettre de Vol-

l'écrivain, cette verve éblouissante à laquelle les femmes se laissent prendre souvent plus, disons-le à leur louange, qu'aux séductions vulgaires d'un pliysiiiue avantageux. Nous avons peu de données sur les premiers jours de leur union. C'est dans une lettre datée du 5 juillet i733, que Voltaire parle pour la première fois de madame du Gliàteiet, sans encore la nommer'. Mais nul doute qu'il ne s'écoula un temps notable de pénondjre et de mystères où l'on s'aima en silence, à la dérobée, et sans le couder aux amis. Tout mal logé qu'il était, au moins était-il chez lui, et pouvait-on l'y relancer sans trop se compromettre. Les premières audaces de ce genre eurent lieu en compagnie. Madame du Chàtelet était l'amie de la ducliesse de Saint-Pierre, (|ui se trouvait dans les mêmes conditions qu'elle, en puissance d'un amant ([u'on ne pouvait pas trop alliciier, quoiqu'il fût de qualité. On décida, d'un commun accord, d'aller un beau jour sur[)rendre l'ermite dans sa solitude. Voltaire a célébré celte apparition dans une lettre où il compare ses trois visiteurs aux irois anges (jui se montrèrent à .\braham. L'ange masculin était Louis de Brancas, comte de Forcalquier, le (ils du maréchal. Pour cette fois, on n'accepta pas le souper qu'olfrit le poète, ipii fut sans doute plus heureux dans la suite.

GicI ! que j'onlondrais s'écrier Marianno, ma cuisiiiic'i'c, Si la (liichcssc de Sainl-PieiTC 1)11 Ch;Uolot ot Forcalf|tiicr 2 Venaient sdiipcr dans ma laniiTP !

taire à d'Aipiieberre ; l'aris, '2(1 (ictohre 17i'.i. 11 n'y aurait en (|ne seize on dix-sept ans.

1 Voltaire, OKuvrex romplclcs (lîiiKhot), l. Ll, p. 'lOO. Lcttri' de Voltaire à CidcNiile; le vendredi :!jnillet 17;!3. (Noies de l'auteur.)

* C't'tail un homme fort spirituel, l'nrt aimahie, et qui réunissait à ces

Il est vrai que Voltaire ajoute : a Mais après la fricassée de poulets et les chandelles de Charonnes que ne doit-on pas attendre de votre indulgence ' ! » La passion s'accommode de tout, et c'est une saveur de plus, et des plus délicieuses, que de quitter un instant tous les ralUnements du luxe pour aller dévorer, dans quelque cabaret enlumé, un méchant diner que l'amour assaisonne ; le Champagne qu'offrait le poète valait bien, en tous cas, la fricassée équivoque à laquelle il est fait allusion. Dans la suite, l'on n'eut plus besoin pour se voir du chaperonnage de deux témoins, et l'amour, en s'aguerrissani, se passa bien d'escorte. Cette liaison, fondée sur l'estime et l'admiration réciproques, ne devait que croître avec le temps, et, bientôt, l'on n'allait plus songer, des deux parts à la dérober aux yeux d'un monde, qui n'avait pas le droit, du reste, de s'en indigner. — Glstave Desnoiresti-rres. Voltaire et la société au XVIII siècle. Voltaire à Cirey. (Paris, Didier et C% 1871.)

rtlés brillants un mérite très-réel et très- apprécié. « M. de Forcalquier avait beaucoup plus d'esprit qu'il n'en faut ; mademoiselle de Flamarens disait qu'il éclairait une chambre en y entrant. Gai, un ton noble et facile, un peu avantageux, peignant avec feu tout ce qu'il racontait, et ajoutant quelquefois aux objets ce qui pouvait leur manquer pour les rendre agréables et plus piquans. » — Président Hénault, Mémoires (Dentu, 1855), p. 183. D'.\rgens a dit de lui : « Savant pour lui seul et soigneux de cacher son savoir, il est dans son cabinet aussi bon métaphysicien qu'amant tendre auprès de sa maîtresse. » Lettres juives {ha Haye, Poppi, 176G), t. I. p. 264. Pour parachever ses qualités, il élait fort brave, et eut ses chevaux emportés par un boulet de canon au siège de Kehl, ce que n'a garde de ne pas célébrer Voltaire. OEuvres complètes (Beuchot), t. XIV, p. 3i9. Voir aussi le portait de M. de Forcalquier par madame du DaffAnd. Correspondance complète (Paris, Pion, 18G5), t. II, p, 744, 745. Appendice.

1 Voltaire, OEuvres complètes (Bcuchol), t. LI, p. 454. Lettres de Voltaire à la duchesse de Saint-Pierre. (Notes de l'auteur.)

Page 1