CHAPITRE XXI
LE PBÈSIDENT HÉNAULT A CIKEY.
J'aurois pu raconter lors(iue j'ai parlé de mes voyages aux eaux de Plombières, (pie j'avois passé par Cirey, où madame du Chastelet et Voltaire m'avoient fait inviter. Je les trouvai seuls, et un Père minime en tiers, grand géomètre et professeur de philosophie à Home. Si l'on vouloit faire un tableau à plaisir d'une retraite délicieuse, l'asile de la paix, de l'union, du calme de l'àme, de l'aménité, des talents, de la réciprocité de l'estime, des attraits de la philosophie joints aux charmes de la poésie, on aurait peint Cirey. Un bâtiment simple et élégant, de rez-de-chaussée, des cabinets remplis de méca-
nique et d'instruments de chimie, Voltaire dans son lit commençant, continuant, achevant des ouvrages de tous les genres... J'en partis, et à peine arrivé à Plombières, j'y reçus de Voltaire cette épitre charmante :
0 Déesse de la santé, etc.
que je garde aussi précieusement que bien d'autres qui m'ont tant honoré, du Pape, du roi de Pologne, du roi de Prusse, etc. — Le président Hénault', Mémoires. (Paris, Dentu, i855.)
1 II était président honoraire aux enquêtes, surintendant des finances de la maison de la reine. Fils d'un fermier général, il était né en 1685, et mourut en 1770. 11 semble que toutes les qualités qui donnent de l'esprit, du goût, des grâces ; qui font désirer et rechercher les gens aimables avaient présidé à sa naissance. Le président Hénault était philosophe, poète, musicien, courtisan ; enfin il était tout ce qu'il voulait être, mais avec cette distinction qu'il n'était recherché en rien, et qu'il n'avait l'air d'affecter aucune chose. D'un commerce délicieux et d'un atticisme admirable, il fut recherché par de grandes dames, dont il sut conserver la bienveillance jusque dans les derniers jours de sa vieillesse. La reine entrant un jour chez une duchesse au moment où celle-ci écrivait au président, prit la plume, lui traça quelques mots obligeants, et mit pour toute signature, que ces mots : devinez. Il fit d'abord réponse à la lettre, puis il ajouta •
Ces mots tracés par une main divine
Ne m'ont causé que trouble et qu'embarras ;
C'est trop oser si mon cœur le devine,
C'est être ingrat que ne deviner pas.
Le président Hénault, qui tenait une table splendide et donnait des soupers délicieux, avait trouvé fort mauvais que Voltaire lui dédiât une épitre commençant par ces mots : « Hénault ! fameux par tes soupers ! »
Le président, qui avait déjà acquis une juste célébrité, ne voulait pas que son nom arrivât à la postérité par des soupers, mais bien par ses ouvrages. Et voilà pourquoi il se piqua de ce début. Voltaire changea le commencement par ces vers -.