‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 31 sur 122 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

VOLTAIRE A LA COUR. — SA UÉCEPTION A L'ACADÈMIE. LE VIOLON TUAVENOL.

Le inanjuis d'Argenson fut appelé au ministère'. H mérite d'être compté parmi le petit nombre des gens en place qui ont aimé véritablement la philosophie et le bien public. Son goût pour les lettres l'avait lié avec Voltaire. l\ l'employa plus d'une fois à écrire des manifestes, des déclarations, des dépêches qui pouvaient exiger dans le style de la correction, de la noblesse et de la mesure.

Zaïre savait, de son côté, de quoi était capable le roi de Prusse en amitié comme en politique. » Gustave Desnoirestekres. Voltaire à Cirey. (Paris, Didier, etc., 1871). (R. d'A.)

1 Le 28 novembre 1794. Le marquis d'Arcrenson (1694-1747), avait été condiscibie de Voltaire au collège Louis-le-Grand. Simple de mœurs, on l'appelait à la cour A'Argenson la Bêle. Auteur de plusieurs écrits foit estimés. (R. d'A.)

Tel fut le nianifesle qui devait cire publié par le Prétendant ' à sa descente en Ecosse avec une petite armée française que le duc de Richelieu aurait commandée. Voltaire eut alors l'occasion de travailler avec le comte de Lalli, jacobite zélé, ennemi acharné des Anglais, dont il a depuis défendu la mémoire avec tant de courai^e, lorsqu'un arrêt injuste, exécuté avec barbarie, le sacrilia au ressentiment de quelques employés de la compagnie des Indes.

Mais il eut dans le même temps un appui plus puissant, la marquise de Pompadour, avec la(|uelle il avait été lié lorsqu'elle était encore madame d'Etiolés. Elle le chargea de faire une pièce pour le premier mariage du Dauphin. Une charge de gentilhomme de la chambre, le litre d'historiographe de France, el enfin la protection de la cour, nécessaire pour empêcher la cabale des dévots de lui fermer l'entrée de l'Académie française, furent la récompense de cet ouvrage. C'est à cette occasion qu'il lit ces vers :

Mon Henri quatre et ma Zaïre,

Et mon américaine Alzire.

Me m'ont valu jamais un seul regard du roi ; J'eus beaucoup d'ennemis avec très-peu de gloire ; Les lionneui's et les biens pleuvent enfin sur moi

Pour une farce de la foire.

C'était juger un peu trop sévèrement la Princesse de Navarre, ouvrage rempli d'une galanterie noble el touchante.

Cependant la laveur de la cour ne sullisail pas pour lui ouvrir les portes de l'Académie. Il fut obligé, pour désarmer les dévols, d'écriiT une lettre au |)ère de Latour, où il protestait de son respect pour la religion et, ce qui était plus néces-

i Charles-Iîdouard, fils (le .lacques Sliiarl et petit fils de Jacques II (1720-1788). (K. d'A.)

saire, de son aliaclienienl aux jésuites. Malgré l'adresse avec laquelle il ménage ses expressions dans celte lettre, il valait mieux sans doute renoncer à l'Académie (jue d'avoir la faiblesse de l'écrire : et cette faiblesse serait inexcusable, s'il avait fait ce sacrilice à la vanité de porter un litre qui depuis longtemps ne pouvait i)lus honorer le nom de Voltaire. Mais il le l'aisaii à sa sûreté ; il croyait qu'il trouverait dans l'Académie un appui contre la persécution ; et c'était présumer trop du courage et de la justice de ses confrères.

Dans son discours à l'Académie *, il secoua le premier le joug de l'usage (pii semblait condamner ces discours à n'être qu'une suite de compliments plus encore que d'éloges. Voltaire osa parler dans le sien de littérature et de goùL ; et son exemple est devenu en quelque sorte une loi dont les académiciens gens de lettres osent rarement s'écarter. Mais il n'alla point jusqu'à supprimer les éternels éloges de Richelieu, deSéguier et de Louis XIV ; et jusqu'ici deux ou trois académiciens seulement ont eu le courage de s'en dispenser. Il parla de Crébillon, dans ce discours, avec la noble générosité d'un homme qui ne craint point d'honorer le talent dans un rival, et de donner des armes à ses propres détracteurs.

Un nouvel orage de libelles vint tomber sur lui, et il n'eut pas la force de les mépriser. La police était alors aux ordres d'un homme ^ qui avait passé quehjues mois à la campagne avec madame de Pompadour. On arrêta un malheureux violon de l'Upéra, nommé Travenol, qui, avec l'avocat lligoley de Juvigny ^, colportait ces libelles. Le père de Travenol, vieil-

1 II y fut reçu le 9 mai 1746. (R. d'A.)

2 De Manille. (R. d'A.)

3 Littérateur, né à Dijon, mort en 1788. Il affecta de se mettre au nombre des adversaires de Voltaire, qui ne tit jamais attention à lui. Auteur

lard de (juatre-vingls ans, va chez Voltaire demander la grâce du coupable ; toute sa colère cède au premier cri de l'humanité. Il pleure avec le vieillard, l'embrasse, le console, et court avec lui demander la liberté de son (ils. — Condokcet. {Via de Voltaire.)

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