‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 38 sur 122 · E\ ROUTE · texte numérisé non relu

E\ ROUTE

M. de Voliaire en arrivant à Paris ne jouissait pas d'une bonne santé. Une lièvre lente le minait sourdement. Le repos et son régime Ticcoutumé auraient pu le calmer et même l'en délivrer, mais il lui était impossible d'y penser dans cette ville où il était toujours en agitation. De jour, c'étaient des visites, des courses continuelles; de nuit, c'étaient des écritures <|ui se prolongeaient prescjue jusqu'au matin; à peine donnait-il quelques heures au sommeil. La lièvre augmenta. Quoique très-fatigué et souffrant, il n'en persista pas moins dans la résolution de partir ; les observations de ses amis sur les dangers de son imprudence furent sans effet. Il me dit de tout disposer pour le départ, et il fallut lui obéir, quoique à regret. Ce n'était pas sans in(|uiétude que je le voyais s'exposer ainsi à une nouvelle fatigue dans l'état de faiblesse où il était. Il supporta assez bien le commencement de la route ; mais, arrivé à Château-Thierry, sa fièvre devint plus forte et son abattement s'accrut; cependant il voulut poursuivre la course, que nous i)Oussàmes jus(|u'à Chàlons, oîi nous nous arrêtâmes à la poste. Là, il fallut rester : il était impossible à

nieiUs (lu parterre empêchèrent la cluile de l'ouvrage, au moins n'y eut-il pas lieu rie chanter victoire. — Gustave Desnoiresterres, Voltaire et la Société au XVIIP siècle. Voltaire à la Cour. (Paris. Didier et C , 1871.)(R.d'A.)

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M. de Voltaire d'aller plus loin; il n'avait plus la force de se soutenir ni de parler. Je fus obligé de le porter de sa voilure dans un lit.

Le soir du sixième jour de notre arrivée à Cliàlons, il nie causa un grand étonnement en me disant de faire tout préparer pour son départ, de payer ce qu'il devait, d'arranger sa malle, de faire en sorte qu'il pût le lendemain de grand matin sortir de Châlons, où il ne voulait point mourir... Le lendemain, tout était prêt et les chevaux attelés, je le portai dans la chaise de poste, enveloppé de sa robe de chambre et d'une couverture par dessus. Je m'assis devant lui et de côté, i)our ne le pas perdre de vue et le soutenir s'il retombait en avant ; j'ajoutai à cette précaution celle d'attacher ensemble les poignées des côtés, ce (jui formait une sorte de barrière pour le retenir en place. C'est ainsi (jue je le conduisis de Châlons à Saint-Dizier, sans qu'il |)roléràl une seule parole... Nous continuâmes notre chemin. Entre Saint-Dizier et Bar-le-Uuc, nous rencontrâmes un laquais que inadame la mar(|uise du Châtelet envoyait en poste à Châlons, pour s'assurer plus particulièrement de l'état du malade, et voir s'il était susceptible d'être transporté jusqu'à Lunéville... Ce laquais retourna sur ses pas, et nous servit de courrier pour faire préparer les chevaux sur la roule, ce qui nous (il perdre moins de temps, et nous permit d'arriver à Nancy dans la soirée, avant la fermeture des portes. Nous descendîmes à la poste, où le la(|uais nous attendait pour savoir si l'on n'avait point (piel(|ue ordre à lui donner. M. de Voltaire me chargea de lui dire, de poursuivre sa roule jiis(|irà Lunéville, aliii (|iie madame du Châtehit eùl plus tôt de ses nouvelles. Huant à lui, il ne pouvait aller plus avant sans beaiieoiip de ris(iues. Exténué de fatigue et d'inanition, il lui fallail nécessairement s'arrêter pour prendre du repos et (luehiue

nourriture. Je le mis dans un bon lit en arrivant, où je lui fis ap|)orler un bouillon. Il le but tout entier avec plaisir... Il me dit (ju'il se sentait (luelque disposition au sommeil ;... ([ue le lendemain matin, à son réveil, nous partirions pour Lunéville...

... Nous partîmes à cinq beures pour Lunéville, où nous arrivâmes aisément le même soir. M. de Voltaire se trouvait alors beaucoup mieux. La présence de madame du Châtelet acheva de le ranimer. En peu de jours, elle lui lit reprendre toute sa gaieté et oublier les tribulations qu'il avait essuyées dans son voyage de Paris. — Mémoires de S. -G. Longciiamp, t. II des Mémoires sur Voltaire, par Longciiamp et Wagnière. (Paris, Aimé André, 1826.)

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