‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 43 sur 122 · VOLTAIRE, CONSOLÉ PAR SES AMIS, REPREND SON TRAIN DE ME · texte numérisé non relu

VOLTAIRE, CONSOLÉ PAR SES AMIS, REPREND SON TRAIN DE ME

On a vu (luc M. de VoUaire, après son arrivée à Paris, demeura assez longtemps absorbé dans une grande irislesse. Dans le commencement, presque personne ne i>ouvail lui parler. Il n'y avait guère (]ue l'abbé Mignol, son neveu, et M. Delaleu, son notaire, qui pussent entrer librement chez lui ; et de tous de ses amis, M. de Richelieu et M. d'Argenial étaient en quelque sorte les seules privilégiés. Il les voyait

plus croyable que l'on eût tiouvé chez une dame capable encore de sentir et d'allumer les passions, des lettres d'un oflicier jeune et brillant, tel, par exemple, que M. de Saint-Lambert, lettres dans lesquelles on eût cru se faire mieux valoir en jetant quelque ridicule sur l'âge, les infirmités, la faiblesse d'un compétiteur. Encore, dans cette supposition, csl-il présumable qu'une femme douée de tant de pénétration et qui savait si bien calculer, eût conservé avec soin de tels papiers, qui, d'un moment à l'autre, pouvaient tomber dans les mains de son mari ou dans celles de Voltaire, ou d'autres, \u les chances fâcheuses qu'elle avait à courir dans une ^'rosscsse pénible à l'ûge de quarante-trois ans? Elle ne m'aimail pas! Ces mots sont ici équivoques. Lonj;champ les rapporte-t-il à l'amour? Ce serait une erreur contredite par lui-mrme, car d'après ce qu'il a rapporté précédennnent, le lecteur doit sentir que ces lettres n'eussent rien appris de nouveau à Voltaire, et qu'à cet éprd, il avait mi^me passé par une épreuve plus forte. Les entcnd-il par l'amitié? C'est une erreur encore plus grande-, il est incontestable que, .sous ce rapport, l'intimilé de Vollairc et de madame du Chàlclet dura sans altéraliou jusqu'à la mort de cette dame; et depuis il n'a jamais parlé do sa perte, soit dans ses discours, soit dans ses écrits, sans un prufond snilinii'iil (li> (Idiili-ur et ili- iclmcI. Il s'en Hiul de beaucoup

avec plaisir, et semblait ne pouvoir trouver qu'en eux la consolation et le soutien dont il avait besoin. Il est vrai (ju'ils avaient bien des droits sur lui par l'ancienneté de leur amitié, et la conliance réciproque qui avait toujours régné entre eux trois. Cha(|ue jour, l'un ou l'autre, et souvent tous les deux, venaient passer une partie de la :>oirée près de lui, et s'entretenaient, au coin de son feu, des nouvelles de la cour et de la ville. Ils tâchaient à l'envi de le distraire de ses pensées lugu-

qu'il en ait perdu le souvenir aussi \ite et aussi facilement que le dit l'auteur des Mémoires. Ce qui a fait supporter ce malheur à Voltaire, c'est une cause puissante qui agit sur tout le genre humain ; c'est le temps qui affaiblit tout à la longue, et par degrés insensibles. A cette cause générale s'en joignait chez lui une autre, peut-être aussi forte : la passion de l'étude et du travail, qui ne ral)andonna jamais totalement. Leurs effets ne pouvaient-ils pas être encore accélérés par quelque impulsion secrète de la gloire? Enfin, sa philosophie, la force de sa raison, devaient les seconder efficacement, et contribuer à rétablir le calme dans son unie... (Note de l'éditeur des Mémoires sur VoUaire par Lonchamp et Wagnière, t. II, p. 265-267.)

Nous compléterons cet épisode de la vie de Voltaire par ce passage des Mémoires de Marmontel -.

«... Les chagrins qu'il (Voltaire) avait éprouvés semblaient encore avoir resserré nos liens. De ces chagrins le plus vif un moment fut celui de la mort de madame du Chàtelet, mais à ne rien dissimuler, je reconnus dans cette occasion, comme j'ai fait souvent, la mobilité de son âme. Lorsque j'allai lui témoigner la part que je prenais à son alfliction : « Venez, me a dit-il, en me voyant, venez partager ma douleur. J'ai perdu mon illustre <i amie; je suis au désesjioir, je suis inconsolable. » Moi, à qui il avait dit souvent qu'elle était comme une furie attachée à ses pas, et qui savais qu'ils avaient été plus d'une fois dans leurs querelles aux couteaux tirés l'un contre l'autre, je le laissai pleurer et je parus m'aftligcr avec lui. Seulement pour lui faire apercevoir, dans la cause même de cette mort, quelque motif de consolation, je lui demandai de quoi elle était morte. — « De quoi ! ne le « savez-vous pas? Ah! mon ami ! il me l'a tuée! le brutal. 11 lui a fait un

bres, et, pour y réussir plus facilenienl, il paraît qu'ils s'étaient concertés pour réveiller en lui, bon ^vè mal i^ré, le goût du lliéâtre. C'était le prendre en même temps par son faible et par son fort. Ce stratagème leur réussit à la lin, et il n'est pas douteux qu'ils n'aient par là contribué à consolider la guérison de la maladie moralp de M. de Voltaire, et peut-être le préserver des rechutes. Dès qu'ils se furent aperçus qu'il commençait à se laisser aller vers l'amorce, leurs sollicitations devinrent plus vives et plus pressantes. Ils le forcèrent en quelque sorte à voir du monde, et lui amenèrent plusieurs gens de lettres de sa connaissance, de belles dames les suivirent bientôt, et tous de concert le pressaieiil d'ouvrir son portefeuille, et de ne point priver le public de quelques pièces nouvelles que l'on savait y être... — Mémoires de Longciiamp, t. II, des Mémoires sur VoUaire, par Longciiamp et Wac.nikre. (Paris, Aimé André, I82G.)

« enfant. « C'était de Saint-Laml)crt, de son rival, qu'il me parlait. Et le \oilù nie faisant leloge de cette femme incomparable, et ledoiiblanl de pleurs et de sanglots. Dans ce moment arrive l'intendant Cliauvelin, (|ui lui fait je ne sais quoi conte assez plaisant, et Voltaire de rire aux éclats avec lui. ,Ie ris aussi en m'en allant, de voir dans ce grand homme la facilité d'un enfant à passer d'un extrême à lautro dans les passions qui l'agitaient. Une seule était (ixe en lui et comme inhérente à son âme; c'était l'ambition et l'amour de la gloire, et de tout ce qui flatte et nourrit celte passion, rien ne lui était indiflérent. » M.vumontkl, OKuvrcs complètes (ndiu). t. I, p. i:in. Mri.ioircs Livr. IV. (H. d'A ^

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